Des musiciens de l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) étaient de retour à la Maison symphonique mercredi pour enregistrer deux concerts à ensembles réduits qui seront diffusés sur le web jeudi, à 19 h. Presque seule dans la salle de 2100 places, notre journaliste Émilie Côté a assisté à ce retour très attendu sur scène, en compagnie du photographe Martin Chamberland.

Émilie Côté Émilie Côté
La Presse

« Notre cœur d’orchestre s’est remis à battre », dit la violoniste de l’OSM Marianne Dugal. « À moitié, précise-t-elle. Il manque 80 des nôtres aujourd’hui… »

Cette semaine, des musiciens de l’OSM ont pu retourner pour la première fois à la Maison symphonique. Ils ont répété et capté deux concerts — à ensembles réduits — qui seront diffusés ce jeudi soir. Un ensemble à cordes a interprété la pièce Divertimento no 1 en ré majeur, K. 136, de Mozart, alors qu’un ensemble à vents a enregistré Sérénade en ré mineur, op. 44, B. 77, de Dvořák.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Les musiciens de l’OSM croisés mercredi étaient heureux de se retrouver en chair et en os après trois mois d’interactions virtuelles.

« Nous sommes contents d’être ici, mais c’est doux-amer, souligne Marianne Dugal. On ne peut pas encore retrouver notre vrai ADN d’orchestre. Mais dans les circonstances, on se compte chanceux d’être ici. »

Au cœur de la pandémie, nous avions l’impression que nous n’allions jamais revenir. Le retour se fait lentement, mais sûrement.

Marianne Dugal, 2e associée, violon solo, OSM

C’était en effet un grand privilège de humer à nouveau l’air d’une salle de spectacle — celui de la spectaculaire Maison symphonique de surcroît ! Et d’y voir un concert de l’OSM au cœur d’une Place des Arts déserte.

Les 15 musiciens réunis sur scène mercredi matin à deux mètres de distance portaient un couvre-visage (confectionné par la violoniste Marie Lacasse). C’était saisissant à quel point toute l’interprétation et l’interaction entre eux passaient par le regard.

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Jouer du violon avec un masque demande un peu plus de pratique, car le bout de tissu sur le menton peut faire glisser l’instrument.

Avoir un bout de tissu entre son visage et la mentonnière de son violon ? « C’est très glissant », confirme Andrew Wan, violon solo de l’OSM. « Mais c’est un signe de solidarité et de santé. »

Le violoniste agissait à titre de chef pour l’ensemble à cordes, mais de façon informelle. « Questions ou commentaires ? », lançait-il après chacun des trois mouvements de la pièce de Mozart.

C’était exceptionnel de voir les musiciens discuter amicalement en mode musique de chambre. Entre deux captations, chacun y allait de ses remarques et de ses observations. « Il faut un meilleur ensemble à la mesure 89 », disait l’un. « Je ralentirais le tempo », ajoutait l’autre.

Le Divertimento de Mozart est vivifiant, souligne avec raison Andrew Wan. Des airs enjoués et allègres, de circonstances pour l’été qui frappe à nos portes.

Règles sanitaires strictes

Les musiciens de l’OSM croisés mercredi étaient heureux de se retrouver en chair et en os après trois mois d’interactions virtuelles.

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Les loges étant fermées, des tables avaient été aménagées dans un lobby.

Or, ils devaient respecter la règle de deux mètres de distance. Avant d’entrer dans la Maison symphonique, tous les travailleurs et les visiteurs ont dû faire prendre leur température. Les loges étant fermées, des tables avaient été aménagées dans un lobby.

« Nous voulons prouver que c’est possible pour nos musiciens d’être dans la Maison symphonique sans crainte avec des règles sanitaires strictes », souligne Madeleine Careau, chef de la direction de l’OSM.

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Avant d’entrer dans la Maison symphonique, tous les travailleurs et les visiteurs ont dû faire prendre leur température.

Mme Careau tient à « saluer » la décision de la ministre de la Culture, Nathalie Roy, d’avoir autorisé la captation de spectacles en salle depuis lundi dernier. « Nous continuons de réclamer des choses, mais quand on nous en donne, il faut les prendre », lance-t-elle.

J’étais émue aux larmes d’entendre de la musique en direct. La matière de base de notre métier, c’est le spectacle vivant.

Madeleine Careau, chef de la direction de l’OSM

Avec la pandémie et le confinement, l’OSM a dû annuler 70 concerts. À commencer par celui prévu en mars à New York, à Carnegie Hall. Mais surtout le grand évènement gratuit du 7 août sur l’Esplanade du Parc olympique, où le maestro Kent Nagano devait dire au revoir aux Montréalais avec la Symphonie no. 9 de Beethoven, qui se termine de façon grandiose avec l’Hymne à la joie.

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Avec la pandémie et le confinement, l’OSM a dû annuler 70 concerts. À commencer par celui prévu en mars à New York, à Carnegie Hall. Mais surtout le grand évènement gratuit du 7 août sur l’Esplanade du Parc olympique, où le maestro Kent Nagano devait dire au revoir aux Montréalais.

Ce n’est que partie remise pour ce dernier concert à titre de directeur musical de l’OSM. « Je lui parle régulièrement. Le maestro est passé par plusieurs étapes. Il a vécu une immense tristesse au début, du désarroi… surtout qu’il était déjà sincèrement triste de quitter Montréal », détaille Mme Careau.

Kent Nagano est actuellement chez lui, à Paris. « Là, l’espoir renaît. Il a écrit un message merveilleux aux musiciens cette semaine, indique Mme Careau. Et ce n’est pas un secret : on a le projet de le ramener la saison prochaine pour lui dire au revoir comme du monde ! Nous nous sommes même entendus sur des dates… »

« Il veut revenir à Montréal », assure Mme Careau.

Les musiciens de l’OSM aussi veulent le revoir. « Il ne peut pas partir comme cela », dit Marianne Dugal.

> Relisez l’entrevue du maestro Nagano avec Mario Girard

Deux ensembles de musiciens de l’OSM présenteront les pièces Divertimento no 1 en ré majeur, K. 136, de Mozart et Sérénade en ré mineur, op. 44, B. 77, de Dvořák lors d’un concert sans public qui sera diffusé sur la page Facebook et sur le site de l’OSM ce jeudi, à 19 h.

> Consultez le site de l’OSM

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