Yelle, la reine de l’électro-pop français, lance cette semaine le premier extrait de son quatrième album qui devrait sortir à l’automne, enregistré en partie à Montréal avec le beatmaker Billboard. Entrevue avec Yelle en confinement dans sa maison de Bretagne avec son mari — et complice musical – Grand Marnier.

Émilie Côté Émilie Côté
La Presse

Yelle a écrit sa déclaration d’amour à la France « avec un bouquet de points d’interrogation » alors que les mots « confinement » et « distanciation sociale » n’étaient pas dans notre vocabulaire de tous les jours.

En pleine pandémie de coronavirus, le premier extrait du quatrième album de l’artiste française sorti mardi, intitulé Je t’aime encore, prend une autre dimension.

Nous avons tous une sorte de relation amour-haine avec nos gouvernements et nos pays, souligne l’artiste. Elle se désole de voir que le pays de « la romance et du bon-vivre » puisse être aussi ingrat. « La crise migratoire, le traitement des migrants, les gilets jaunes... » énumère-t-elle.

« Peut-on simplement faire les choses de manière humaine ? », lance Yelle.

L’autrice-compositrice-interprète se plaît à écrire des chansons avec « deux niveaux de lecture ». Tout en restant très pop.

Dans Je t’aime encore, l’extrait dévoilé mardi, Yelle souligne le contraste entre son succès planétaire et le sentiment d’avoir constamment à défendre son image en France. « Ça fait 15 ans que j’te fais l’amour, tu m’regardes toujours pas, chante-t-elle. Quand je m’exporte, j’explique rien, j’ai pas besoin de m’expliquer. »

Le clip de la chanson est un plan-séquence, tourné par le documentariste Loïc Prigent, très connu dans le domaine de la mode. Yelle s’y fait couper les cheveux par son ami Charlie Le Mindu, qui a notamment fait des perruques pour Lady Gaga.

« Nous avons réussi à tourner le clip une semaine avant le confinement sans savoir que l’envie de se faire couper les cheveux allait parler aux gens », souligne Yelle.

Je t’aime encore s’éloigne de l’électropop plus hyperactif des tubes comme Je veux te voir et Safari Disco Club. Et ce sera à l’image des neuf autres chansons du quatrième album qui devrait sortir à l’automne. « Je reste dans la pop, mais avec plus de mélancolie et une facette plus sombre. »

« Ma voix a un peu changé depuis mon premier Pop up. Elle est moins haut perchée, souligne-t-elle. Ma voix plus grave sert quelque chose de plus doux, posé. »

Pour Yelle, pas question de changer les plans de sortie de son quatrième opus malgré la crise du coronavirus. « Nous ne voulions pas repousser la sortie du single. On s’est dit : on garde notre planning. »

Surtout que Yelle et son mari — et grand complice musical, Grand Marnier, alias Jean-François Perrier — produiront eux-mêmes la sortie de l’album avec leur label, Recreation Center.

Le couple — amoureux depuis 15 ans — vit à Plérin, en Bretagne. Yelle et Grand Marnier ont aménagé un studio au grenier de leur maison.

« Nous terminons justement le mixage de l’album avec quelqu’un de Montréal », souligne-t-elle.

Et c’est là que Yelle nous apprend que Nk.F (Nikola Feve) habite désormais dans le 514. Des gros noms de la musique en France ont eu recours à ses services, dont Booba, Sébastien Tellier, Orelsan et PNL.

Yelle a aussi collaboré avec le beatmaker montréalais Billboard, de son vrai nom Mathieu Jomphe-Lépine. Ce dernier a collaboré avec Madonna, Britney Spears, Dua Lipa, Robyn et Ariana Grande.

« Nous avons passé une semaine à Montréal avec Billboard », raconte Yelle. Elle remercie par ailleurs le Centre PHI — où elle s’était produite en 2017 — de lui avoir prêté son studio. Yelle en a profité pour passer du temps avec le réalisateur Jérémie Saindon (qui a réalisé certains premiers clips de Yelle) et sa compagne Éli Rose. « Et c’est rigolo, car j’ai finalement rencontré Pierre Lapointe. Une cool rencontre », souligne Yelle.

Parmi les autres collaborateurs de l’album, on retrouvera Oliver Goldstein, Panteros666, le chanteur Voyou, et Tepr, qui reprend du service.

En plus de 15 ans de carrière, Yelle a su s’entourer d’une impressionnante communauté de créateurs. « On fait de la pop en français, ce qui ne nous a empêchés de rien, dit-elle. Je suis curieuse et j’aime les gens éclectiques. »

Un confinement agréable

Yelle se sent privilégiée pendant ce Grand Confinement. « Je vis à la campagne près de la mer. J’ai de la verdure autour de moi. Je peux sortir dans le jardin avec mon chien. »

Et avec la sortie de l’album que le couple produit, elle et Grand Marnier n’ont pas le temps de s’ennuyer. « Pour le moment, on fait comme si la tournée allait exister. Des dates sont en train de se caler. »

Mais Yelle ne se fait pas d’illusions. « Le milieu du spectacle sera l’un des derniers à être remis en route. Il y aura un gros point d’interrogation. »

Il faudra être patient, mais l’attente en vaudra la chandelle. « Je m’imagine mal faire mon métier sans faire de concert. C’est le moment de communion avec les gens. »

> Voyez le clip en entier : https://www.youtube.com/watch?v=YyaGPUu4uiU