Le musicien montréalais Vince James présente ces jours-ci son projet le plus abouti, l’album qui célèbre son entrée dans le « club des artistes » et qui dictera la suite. Discussion autour d’un début de parcours aussi diversifié qu’heureux.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

31 octobre 2019. Vince James se produit avant Half Moon Run au MTelus, à Montréal. Dans l’esprit de la thématique Halloween, les membres du groupe sont déguisés en « droogies », la bande de voyous du film Orange mécanique. Le public est séduit. L’ovation, d’un rare enthousiasme pour une première partie, en témoigne.

Cinq mois plus tard, nous discutons au téléphone avec Vince pour préparer ce portrait. C’est à son tour de lancer son disque, Entertainers Club. Les circonstances ne sont pas idéales — ses prochains spectacles, y compris son propre lancement, sont reportés —, mais elles ne le sont pour personne.

En attendant de pouvoir présenter son opus sur scène, il savoure le sentiment d’avoir terminé un projet à la hauteur de ses ambitions. Le titre réfère d’ailleurs à cette étape franchie. « Je sentais que j’étais rentré dans le “club de l’entertainment”, explique Vince James. J’ai commencé à côtoyer des artistes que j’aime beaucoup, à faire des rencontres intéressantes. C’est le sentiment d’être rendu à un autre niveau. Je suis le petit rookie dans cette espèce de club, et c’est beau à voir. »

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Le meneur de la formation qui porte son nom pilotait jusqu’à récemment un projet solo. Juste avant le début de la création d’Entertainers Club, il s’est entouré d’autres musiciens. Un bassiste-multi-instrumentiste (Antonin Mercier), un batteur (Thomas Léger), un saxophoniste (Sebastian Reale Hernandez). Ces ajouts ont permis à Vince James de complexifier son offre, sur disque et sur scène.

Chanteur par défaut

Le premier album de Vince James, Cherry Blue, sorti en 2018, avait été créé en solitaire, même si le groupe était déjà formé. Il avait été conçu comme une sorte de « trame sonore » d’un film réalisé par son coloc et ami Mathew Turner. « J’ai beaucoup aimé créer à partir de l’image, manipuler l’émotion des scènes avec le son. Ça m’a fait prendre des directions que je n’aurais pas prises autrement. »

L’approche a été tout autre pour Entertainers Club, qui a été conçu en partie en groupe. Les autres membres ont en effet apporté leur contribution à la moitié des chansons. Seule constante : « J’ai créé les maquettes de musique et j’ai ensuite mis les mots dessus, explique le jeune vingtenaire. Éventuellement, j’aimerais faire l’inverse [écrire les paroles avant la musique], mais pour l’instant, c’est ce qui fonctionne pour moi. »

Bien que Vince James écrive des paroles depuis longtemps, le chant n’est arrivé que très tard. Et par défaut plutôt que par passion, avoue-t-il.

La musique a toujours été présente dans sa vie, même si sa famille n’est « pas particulièrement musicale », raconte le musicien originaire de Charlemagne, installé à Montréal depuis quelques années.

Très jeune, il s’amusait à la guitare et au piano. Plus tard, il s’est mis à produire des chansons. « J’avais des maquettes audio, je me demandais ce que j’allais faire côté vocal. De fil en aiguille, je suis devenu chanteur », dit celui qui a étudié en conception sonore à l’Institut Trebas.

Par le fruit du hasard, il a rencontré d’autres musiciens. Au parc La Fontaine, où il allait régulièrement jammer, il a fait la connaissance du rappeur FouKi et d’autres membres de son collectif La Fourmilière, dont LaF. Ils collaborent, Vince conçoit des sons pour eux, chante à l’occasion avec eux, même si leurs styles n’ont a priori rien à voir.

C’est que le musicien aux nombreux talents ne ferme aucune porte : musique de films, production, conception sonore… Vince James veut sa carrière plurielle — même si le « rush d’adrénaline » de la scène est inégalable, avoue-t-il. Ses amis (Mathew Turner, Éric Léveillé, Jérôme Thivierge) et lui ont même récemment fondé leur propre société de production (de spectacles, d’expositions artistiques), elle aussi nommée Entertainers Club. « La vie fait les choses, I’ll go with the flow  », lance-t-il au bout du fil.

IMAGE FOURNIE PAR VINCE JAMES

Pochette de l’album Entertainers Club, de Vince James

La rencontre avec Half Moon Run

La musique d’Entertainers Club fait penser aux Arctic Monkeys des dernières années. L’influence de Half Moon Run, le groupe favori du musicien, est aussi incontestable. Un mariage de mélancolie mélodieuse et de rock sulfureux.

Parlant de Half Moon Run, c’est une autre rencontre fortuite qui a amené Vince James à faire sa première partie au MTelus. Les deux formations répétaient dans des locaux adjacents. « Ils nous ont entendus et nous ont demandé de jouer leur première partie, résume Vince. On a fait un premier spectacle plus petit et après, le MTelus. »

Ce spectacle a marqué un tournant pour Vince James. « C’était complètement dingue, se remémore-t-il. Je ne m’attendais pas à [cette réaction du public]. Je ne m’attendais à rien, en fait. Je voulais juste montrer ce que j’avais à offrir. C’est un rêve de jeune garçon qui s’est réalisé, je vais m’en rappeler jusqu’à la fin de ma vie. »

Indie rock, Entertainers Club, Vince James, Autoproduit.