D’abord, des nouvelles d’une docteure ; c’est dans l’air du temps. 

Catherine Perrin Catherine Perrin
collaboration spéciale

Julie Sirois-Leclerc, médecin d’urgence à l’Institut de cardiologie et à l’Hôpital de Saint-Eustache (l’un des centres COVID désignés), travaille six ou sept jours par semaine en ce moment, comme nombre de ses collègues. Les hôpitaux de la région de Montréal, se préparant à accueillir de nombreux cas de COVID-19, transfèrent leurs patients en cardiologie vers l’Institut de cardiologie, y augmentant le rythme de travail. À Saint-Eustache, la Dre Sirois-Leclerc doit affronter l’important (et long) protocole de protection au moindre cas suspect.

PHOTO FOURNIE PAR JULIE SIROIS-LECLERC

Julie Sirois-Leclerc, hautboïste et médecin, aux côtés de ses enfants

Son conjoint enseignant s’occupe de leurs deux jeunes enfants, pendant qu’elle soigne et contribue à préparer la suite. Au moment de notre conversation, la Dre Sirois-Leclerc était en quarantaine depuis 24 heures : un nez qui coule impose un test. Aucun risque à prendre. En fin d’après-midi, le résultat heureusement négatif lui parvenait, juste à temps pour un prochain quart de travail, le soir même.

En ce moment, son hautbois est donc bien tranquille dans sa boîte : ses prochains concerts ont d’ailleurs été annulés.

Car Julie a une double vie : médecin et musicienne. On l’entend à l’occasion avec les Violons du Roy et plus régulièrement avec le Nouvel Ensemble moderne.

Le hautbois, instrument beaucoup plus rare que la flûte traversière ou la clarinette (plus répandues dans les écoles secondaires), se distingue par son anche double. On doit souffler en pinçant les lèvres sur ces deux lamelles de roseau fragile, qu’il faut aussi tailler selon un code presque chirurgical. Voilà un défi particulier pour ceux qui tombent sous le charme du hautbois ; c’est beaucoup de bricolage et d’entretien qui s’ajoute à la pratique.

J’ai donc été surprise de réaliser qu’au moins trois hautboïstes professionnels de la région ont une double vie.

Rémi Collard, immense talent qui avait obtenu à 26 ans le poste de hautbois solo à l’Orchestre symphonique de Hambourg, est rentré au pays en 1991, après 12 ans en Europe. Depuis de nombreuses années, il est planificateur financier chez IG Gestion de patrimoine, tout en jouant régulièrement en concert.

Lui aussi est occupé par la crise actuelle : « On passe beaucoup de temps à conseiller les clients, à réévaluer la situation de ceux qui ont l’âge de la retraite, entre autres. On n’est pas, comme en 2008, dans une crise de confiance envers les institutions financières, mais il y a beaucoup d’émotivité. »

PHOTO ANNE ÉTHIER, FOURNIE PAR FLORENCE BLAIN MBAYE

Florence Blain Mbaye, hautboïste et comédienne

Quant à Florence Blain Mbaye, elle vit à double dose le vide qui frappe beaucoup de travailleurs culturels, puisqu’elle est hautboïste et… comédienne.

On l’avait découverte dans le film L’autre maison, de Mathieu Roy, on la voit régulièrement au petit écran, et elle devait être de la prochaine production du TNM, Lysis. Florence reste calme, pour l’instant, et poursuit une routine de mise en forme qu’elle a conçue sur mesure : « Une demi-heure de hautbois, de la technique et des études, 20 minutes de diction et de travail de voix, puis de l’entraînement physique. »

Que transportent-ils d’une carrière à l’autre ? Tous les trois parlent de la discipline acquise en étudiant la musique, mais plus encore.

Florence Blain Mbaye évoque la capacité à transmettre une émotion, développée par la musique, mais surtout « le sens de l’écoute, si important entre partenaires de jeu ».

Julie Sirois-Leclerc est certaine que sa gestion du stress en médecine d’urgence, tout comme sa capacité à fournir un effort long et soutenu, a été développée en musique.

En ce moment, c’est l’importance du travail d’équipe qui la frappe : « On a un niveau de collaboration incroyable : on se consulte entre collègues de différents centres, il y a une solidarité, des liens forts qui se créent. »

Rémi Collard parle de l’autonomie, indispensable pour le musicien autant que pour le spécialiste des finances qui doit gérer sa clientèle, acceptant des horaires atypiques et de nombreux déplacements. 

D’autre part, Rémi est convaincu que sa façon assez personnelle de mémoriser la musique, avec des schémas mentaux quasi mathématiques, l’a bien préparé à comprendre le monde de la finance.

Tous trois ont choisi le hautbois très jeunes, entre l’âge de 8 et 11 ans. Ils viennent de familles où on faisait de la musique : une grande sœur ou un grand frère ouvrait le chemin, rapportant des instruments de l’école.

En ces temps de confinement, si vos enfants font de la musique, n’hésitez pas à les encourager : ils ont peut-être… deux carrières devant eux !

Leur moment de hautbois préféré

Florence Blain Mbaye : « Aaah ! Le solo du mouvement lent du concerto en sol de Ravel, sublime ! » C’est du cor anglais, l’instrument plus grave dont presque tous les hautboïstes jouent aussi.

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Julie Sirois-Leclerc : « Le début du concerto de Richard Strauss, joué par Alex Klein [virtuose brésilien qui a fait carrière à Chicago, maintenant établi à Calgary] : c’est le son parfait, chaleureux et rond. »

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Rémi Collard : « Le premier air de la Cantate BWV202 de Bach… en regrettant de ne pas le jouer tel que prévu ce printemps, avec la Sinfonia de l’Ouest… »

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