L’un des plus influents pianistes de jazz de sa génération, Alfred « McCoy » Tyner, est décédé vendredi à l’âge de 81 ans.

Pierre Saint-Arnaud La Presse canadienne

La nouvelle a été annoncée par sa famille sur sa page Facebook. Aucun détail n’a été donné sur les causes et circonstances du décès.

Bien qu’il ait été membre d’ensembles connus à la fin des années 1950, dont le Jazztet de Benny Golson et Art Farmer, c’est en devenant à 21 ans le pianiste du mythique quatuor du saxophoniste John Coltrane que McCoy Tyner s’est taillé une place de choix dans le panthéon du jazz moderne.

La présence de McCoy Tyner, compositeur tout autant que pianiste virtuose, dans ce quatuor de 1960 à 1965 est l’un des éléments-clés qui a fait de cet ensemble un des incontournables du jazz de l’époque.

John Coltrane disait de lui qu’il avait un son unique en raison d’un phrasé qui donnait une clarté inhabituelle aux progressions harmoniques, ce qui lui permettait d’improviser au saxophone sans se soucier de l’harmonie.

Influencé par les pianistes Bud Powell — son voisin à Philadelphie — Art Tatum et Thelonious Monk, McCoy Tyner a développé sa propre approche harmonique, exploitant les accords avec la main gauche au centre du clavier. Son phrasé, à la fois riche et aéré, sa touche à la fois percussive et lyrique allait faire de lui une référence pour le piano jazz moderne, au même titre que les Bill Evans, Herbie Hancock ou Chick Corea.

PHOTO ROBERT ATANASOVSKI, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

McCoy Tyner en 2004

La présence de McCoy Tyner au sein du John Coltrane Quartet, en compagnie du batteur Elvin Jones et du contrebassiste Jimmy Garrison, lui permettra en décembre 1964 d’être au cœur d’un des chefs-d’œuvre de l’histoire du jazz, l’album A Love Supreme, qui allait paver la voie au passage de Coltrane vers le free jazz.

Tyner, beaucoup plus lyrique, allait choisir peu de temps après d’aller dans sa propre direction, avec un succès mitigé dans les premières années. Cependant, sa carrière allait retrouver son lustre à partir de 1972, lorsqu’il fut mis sous contrat par l’étiquette Milestone.

Plusieurs albums marquants ont jalonné sa carrière par la suite ainsi que des collaborations remarquables avec des musiciens tels que les saxophonistes Sonny Fortune, Azar Lawrence, Gary Bartz, le violoniste John Blake et le batteur Alphonse Mouzon. En 1978, il fait une tournée remarquée avec le Milestone Jazzstars comprenant Sonny Rollins au saxophone ténor, Ron Carter à la contrebasse et Al Foster à la batterie.

McCoy Tyner est l’un des rares pianistes de cette génération à avoir boudé le piano électrique ou les claviers électroniques, affirmant que le piano acoustique était comme une extension de son corps, mais sa musique a constamment mêlé les esthétiques du jazz modal, du hard bop avec de fréquents éléments de jazz fusion et de free jazz.

Il a poursuivi une carrière prolifique durant des décennies par la suite, enregistrant pour les étiquettes Columbia, Blue Note, Elektra et autres.