Afin de préserver l’environnement, le groupe Coldplay a annoncé jeudi qu’il ne partirait pas en tournée pour faire la promotion de son nouvel album. Une décision applaudie par des experts en environnement et des vedettes québécoises. Tous les artistes de scène doivent-ils repenser les séries de spectacles dans d’autres villes ?

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

Le chanteur Chris Martin a annoncé que son groupe ne partirait pas en tournée sans avoir trouvé un moyen de rendre ses spectacles plus verts.

« Dans le domaine du spectacle, comme dans une foule d’autres domaines, ça va prendre des virages fondamentaux », explique Patrick Cigana, conseiller principal au Bureau du développement durable de Polytechnique Montréal. « Ça va prendre des remises en question comme [les membres de Coldplay] le font. 

« Je pense que la plupart des gens n’ont pas idée de l’ampleur des changements qu’il va falloir faire », ajoute-t-il.

En prenant connaissance de la dernière tournée de Coldplay, A Head Full of Dreams Tour, qui a été présentée sur cinq continents, et plus précisément sur 122 scènes, l’écologiste a lancé : « C’est absolument dément. »

Ils étaient en Espagne, deux jours après, en Angleterre. Ils repartaient le lendemain en Allemagne, revenaient en Angleterre. Ce genre de courts vols à répétition, c’est vraiment mortel.

Patrick Cigana, conseiller principal au Bureau du développement durable de Polytechnique Montréal

Il explique que la manière la plus significative pour Coldplay de réduire son empreinte écologique est « de diminuer son nombre d’événements ». Au lieu de prévoir 80 représentations dans une tournée, le groupe pourrait en faire une dizaine. Et aussi, privilégier le transport terrestre, même si ça lui prenait le triple du temps pour faire sa tournée.

La conférencière et auteure « zéro déchet » Mélissa de La Fontaine a un discours similaire. Les artistes de la scène ne doivent pas arrêter de faire de la tournée, mais ils doivent réduire leur empreinte. Par exemple, en rentabilisant leurs déplacements.

Redéfinir la tournée

L’humoriste François Bellefeuille voulait depuis un moment en faire plus pour l’environnement, sans toutefois effrayer son public : « J’ai autant des écolos que des gens qui ne le sont pas pantoute dans mes salles. » En plus d’avoir un numéro sur le sujet dans son spectacle, il a réalisé l’émission balado François Bellefeuille : 3,7 planètes à Radio-Canada, dans laquelle il parle entre autres de son empreinte écologique trop élevée.

Trouver des solutions pour la diminuer ? Oui. Mais pas question d’arrêter de faire des spectacles. « Je fais des efforts environnementaux, mais je n’arrêterai pas la tournée. »

PHOTO PATRICE LA ROCHE, ARCHIVES LE SOLEIL

François Bellefeuille

Le Canadien de Montréal pollue ben plus qu’Émile Bilodeau ! Coldplay, c’est plus du niveau à Céline. C’est à elle qu’il faudrait poser des questions. Pas à nous, qui faisons de petites tournées en auto. Il faut comparer des pommes avec des pommes !

François Bellefeuille, humoriste

Émile Bilodeau est fier de présenter une tournée carboneutre, grâce à Carbone boréal, programme de compensation d’émissions de gaz à effet de serre.

C’est aussi le cas de Laurence Lafond-Beaulne (Milk & Bone), cofondatrice du mouvement Artistes citoyens en tournée (ACT), qui permet d’outiller ses collègues souhaitant réduire leur empreinte environnementale.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Laurence Lafond-Beaulne, de Milk & Bone

« Je crois qu’ACT vient répondre à un besoin. Énormément d’artistes sont emballés. Beaucoup d’entre eux nous disaient qu’ils avaient le désir de faire mieux, mais ils ne savaient pas par où commencer », répond par écrit Laurence Lafond-Beaulne, présentement en Europe pour le travail. « Depuis deux ans, je vois beaucoup de progrès. Enfin, cette industrie commence à se réveiller. »

La seule humoriste membre de l’ACT est Korine Côté, citoyenne écoresponsable depuis belle lurette. Elle fait notamment ses crèmes pour le corps et le visage. Sur scène, son seul accessoire est un tabouret… qu’elle a fait elle-même avec du bois recyclé !

PHOTO PASCAL RATTHÉ, ARCHIVES LE SOLEIL

Korine Côté

Elle ne croit pas que les artistes doivent arrêter d’aller à la rencontre de leur public, mais « ils peuvent repenser la tournée ». Voiture hybride, éclairage avec ampoules DEL, aucune bouteille d’eau jetable en plastique, produits locaux, etc.

« Le divertissement et l’art local, il y a déjà beaucoup de pays qui poussent dans ce sens. On peut aussi le faire ! Surtout que le Québec se suffit de plus en plus sur bien des plans », dit Korine Côté, qui peut qualifier son deuxième one-woman show de « tournée verte ».

Patrick Cigana est d’accord que les citoyens devront consommer plus localement leur divertissement. « Par exemple, en ne prenant pas l’avion jusqu’en Californie pour assister à un événement », dit-il.

Inspirer

La directrice du Conseil québécois des événements écoresponsables, Caroline Voyer, énumère des artistes écoresponsables qui l’impressionnent : Korine Côté, Saratoga, Mario Jean, Claudine Mercier, Qualité Motel, Les Cowboys Fringants…

« Ils sont souvent discrets à ce sujet, et je pense qu’ils ne devraient pas l’être. Il faut que leurs belles actions circulent, parce qu’ils réussissent souvent plus facilement que nous à faire passer le message », dit Mme Voyer.

C’est exactement pour cette raison que François Bellefeuille s’est engagé avec son émission balado. « Dans l’ère du temps, on a arrêté d’écouter les gens. On fait juste juger le messager. Moi, j’ai encore la chance que les gens m’écoutent un peu, alors je continue de les divertir en ouvrant un peu la porte sur ce sujet-là. »

PHOTO TIRÉE DE FACEBOOK

Les membres de Qualité Motel sur leur voilier

Qualité Motel a fait une mini-tournée en voilier, dans le Bas-du-Fleuve, l’été dernier. « Comme Greta Thunberg, on ne dit pas que tout le monde devrait se promener en voilier. C’est plus pour le symbole, pour ouvrir la conversation », dit l’un des membres, Luis Clavis.

Selon lui, grâce notamment au mouvement ACT, de « réels changements » ont lieu au sein de leur milieu, et de plus en plus d’artistes québécois font des tournées vertes. « En tant qu’artiste, il faut demeurer inspirant », conclut Clavis.