C’était soir de lancement, mercredi, pour la 14e édition de M pour Montréal. À la Sala Rossa, boulevard Saint-Laurent, les mélomanes ont eu droit à une soirée toute féminine : Prado, Naya Ali et Lydia Képinski étaient à l’affiche. 

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

Sous la lumière tamisée des lustres vieillots de la sympathique Sala Rossa, la soirée a commencé avec Prado. La petite salle était encore loin d’être pleine, mais plusieurs ont manifesté un grand enthousiasme à l’arrivée sur scène de la chanteuse.

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Prado

Accompagnée de sa machine à sons (renfermant des beats solides), malgré une ambiance plutôt à plat dans la foule, Prado a été des plus divertissantes. Elle n’a eu que faire des bruyantes conversations au fond de la salle. Elle a dansé, a fait aller sa jolie voix.

La Sala Rossa accueillait un public d’une belle hétérogénéité. La vitrine M pour Montréal ne classe pas les artistes dans des cases aux couleurs unies. Le rap, le R&B et la pop un peu rock se retrouvaient ainsi sous le même toit, hier. Le public de l’un devient le public de l’autre. 

Et puis, il y a tous ces représentants de l’industrie (les principaux responsables des conversations bruyantes), laissez-passer autour du cou, venus prendre des notes. 

Rafraîchissante

Plusieurs ont dû consigner le nom de Naya Ali dans leur liste d’artistes à garder à l’œil. 

Quand 22 h ont sonné, la salle s’est finalement remplie. Elle débordait presque à l’arrivée de la jeune artiste montréalaise d’origine éthiopienne. Naya Ali est l’une des rares figures féminines du rap au Québec à prendre assez de galon ces derniers temps pour se faire remarquer par le « mainstream ». Apparue l’an dernier seulement, la jeune femme a une proposition ultra-actuelle, rafraîchissante.

Hier, on aurait dit une superstar du hip-hop dans son ensemble tout noir (à la Drake), ses grills, sa casquette et son attitude. 

On discerne les influences américaines dans sa proposition et ça nous plaît. Elle passe du rap aux refrains chantés, sur de lourdes basses. Des fois, ça sonne presque comme du Cardi B. Mais, surtout, ça sonne comme du Naya Ali. C’est frontal et assumé. Ça reflète la confiance sans bornes de la rappeuse, qu’elle met aussi à profit sur scène. Elle révèle en live une énergie hallucinante aussi. Elle n’est pas de ceux qui sautillent dans tous les sens sur scène, elle reste plutôt statique, mais manifeste une présence imposante.

Naya Ali a souvent dit que le flow de Kendrick Lamar l’inspire. Le sien s’en approche dangereusement. Pendant Ra Ra, elle nous a mitraillé des mots articulés et assemblés à la perfection.

Higher Self, pièce titre de son EP, a mis la table pour une nouveauté issue de son album à paraître, For Yuh. Une chanson un peu différente de ce qu’elle fait d’habitude. Avec une mélodie dansante au refrain pop et entraînant, où le rap est absent pour laisser toute la place au chant, elle a été surprenante. Ça donne envie d’en entendre plus.

Après Come up, un autre titre inédit, Godspeed (elle en a profité pour indiquer que ce sera également l’intitulé de son album), un autre « banger » de bon augure pour la suite de la carrière d’Ali — qui n’a débuté, rappelons-le, que très récemment.

La courte performance s’est conclue en force sur Get It Right, avec une Naya Ali dans la foule, transmettant une dernière fois son énergie à un public conquis.

Sans frontières

La Montréalaise promet dans les quelques chansons qu’elle a fait paraître cette dernière année (et celles qui suivront bientôt, dont on a eu un avant-goût) un rap international qui pourra s’exporter sans obstacle. Une fois sur scène pour les déclamer, Naya Ali donne vraiment vie à ses textes aux airs qui n’ont rien à envier à certaines grandes figures du hip-hop (à part la visibilité, mais ça ne devrait pas tarder). C’est également, sans contredit, une interprète très talentueuse. Ce qui va de toute évidence lui permettre de percer. 

Au moment d’écrire ces lignes, Lydia Képinski (la seule franco de la soirée !) s’amenait sur scène pour faire durer les réjouissances jusqu’aux 12 coups de minuit grâce à son talent charmant et nonchalant.