Entre son premier album Brown et son second brown baby gone, la Brown Family a composé des dizaines de chansons. Les frères Greg (Dead Obies) et David (K6A) Beaudin-Kerr, accompagnés de leur père Robin Kerr (Uprising), ont des élans créatifs qu’ils se plaisent à explorer. Le résultat, parfois, les surprend.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

« Plusieurs choses qu’on a tentées clashaient avec notre style en famille, dit Greg. Ça ne faisait pas toujours bien ressortir le père, par exemple. » Pour le trio, il est important de donner sa juste part à chacun des styles qu’ils font coexister dans leurs morceaux. S’il est musicalement intéressant de créer ces fusions, l’exercice n’est pas des plus simples.

« Il y a eu beaucoup d’essais-erreurs, beaucoup de moments où on ressortait du studio excités, mais en se réécoutant, ça n’allait vraiment pas », explique David, alias Jam. 

Avant d’en arriver à cet album, brown baby gone, paru le 15 novembre, le groupe a créé de nombreuses chansons qu’il n’a finalement jamais gardées. « On doit en avoir 50, affirme Greg. On ne se disait pas que c’étaient des essais quand on les faisait, mais il a fallu tâter le terrain sur plein d’affaires. »

Quand ils se sont décidés à monter la nouvelle galette, ils ont « scrappé » tout ce qu’ils avaient fait pour s’engager dans la « zone » Brown Family, qu’ils ont pu mieux définir par leurs multiples tentatives. 

Pas que leur premier essai ne leur ressemblait pas. L’énergie du métissage entre le rap québ des fils et le reggae soul du père était déjà là. Mais brown baby gone « pousse l’affaire plus loin », affirme Greg. « Dans la musique, dans ce qu’on dit. On a amené ça plus loin avec les outils qu’on a aujourd’hui, avec le fait qu’on se connaît mieux entre nous, en sachant plus où chaque chemin peut nous mener. » 

Le nouvel album est une fusion de rap alternatif (passant de l’old school à la franche modernité) à laquelle se mêlent reggae, soul, funk et même une pointe de rock.

IMAGE FOURNIE PAR LES DISQUES 7IÈME CIEL

brown baby gone, de Brown Family

C’est plus organique, plus senti. Les beats actuels sont parfois assez génériques. Mais nous, on veut faire sentir la force de Brown, quand on arrive avec nos instruments, par exemple.

Greg Beaudin-Kerr

Le groupe marie « les outils new school » à de « vieux procédés, comme de jouer une pièce live et des solos de guitare », explique David.

« On est mieux outillés, ajoute David, qui s’occupe de la majorité de la partie instrumentale. Je sais plus ce que je fais et on a des collaborateurs super talentueux avec nous pour cet album-là. » La collaboration avec de nombreux musiciens de l’entourage du groupe, dont Toast Dawg, Vnce Carter, DJ Manifest, Sébastien Blais ou Quiet Mike, a porté ses fruits.

Tout faire

Plus difficile de créer en famille ? Pas nécessairement, répond David. En fait, le grand défi de la Brown Family est surtout de bien incorporer la voix de Robin, le père, aux créations des fils. « C’est [lui] qui est le plus difficile à faire fitter, poursuit David. C’est lui qui est le plus en dehors de son élément. Et on veut lui rendre justice le plus possible. »

Souvent, David et Greg ont déjà une base de travail qu’ils ont confectionnée (de nuit, la plupart du temps) en studio. Une musique, des couplets. Robin tente ensuite d’apposer ses refrains.

Mon père est beaucoup dans les idées super impulsives. Une musique part et il va se mettre à jouer avec et tout créer en même temps.

Greg Beaudin-Kerr

S’il n’est pas habitué à chanter sur des chansons déjà à moitié construites, plutôt qu’en live avec un groupe, Robin Kerr est maintenant plus à l’aise de le faire, guidé par ses fils. Il faut aussi dire que Robin n’a pas beaucoup de connaissances en hip-hop, ce qui peut être déstabilisant au moment de trouver de l’inspiration. « Il n’en écoute pas du tout. Il sait c’est qui Jay-Z, mettons », s’amuse Greg. David en rajoute : « Il dit que Biggie, c’est son rappeur préféré, mais c’est tout. »

Les essais qui fonctionnent moins laissent parfois place à « quelque chose d’incroyable, qui ne ressemble à rien », dit Greg. Et c’est là qu’ils savent qu’ils tiennent quelque chose. « C’est super inspirant, ajoute-t-il. Juste d’avoir des styles différents dans une même chanson, un album qui va dans toutes les directions, mais qui se tient quand même. »

Soirée de lancement au Ministère, le 22 novembre à 20 h 30.

Rap. brown baby gone. Brown Family. Disques 7ième Ciel.

Consultez le bandcamp de Brown Family : https://brownmtl.bandcamp.com/