Six mois après avoir remporté La voix, Geneviève Jodoin arrive avec l’album J’ai toujours su, un bagage d’expériences et le désir de continuer à tracer son chemin.

Josée Lapointe Josée Lapointe
La Presse

« Je fais la même chose qu’avant, sauf que là, tout le monde le sait », nous confie la chanteuse, qui apprécie d’être enfin entourée et soutenue par une équipe. « Ce n’est pas une pression, juste un cadeau. Après tout ce temps à ramer toute seule, là j’ai tout ce monde pour ramer avec moi. »

J’ai toujours su est officiellement le quatrième album de Geneviève Jodoin, qu’on a aussi connue comme choriste de Belle et Bum pendant des années. Le résultat est encore mieux que tout ce dont elle avait rêvé – d’autant plus qu’elle a dû travailler plus rapidement que d’habitude.

« Il fallait que ça se passe, alors que j’ai toujours été du genre à mettre les chansons à la mijoteuse. Il a fallu que je m’ouvre plus que normal et que je fasse preuve d’humilité. »

Le noyau de collaborateurs reste cependant le même, à commencer par son chum, le bassiste Frédéric Boudreault, qui a réalisé l’album et écrit la plupart des textes. Et les musiciens, avec qui elle travaille depuis 20 ans.

« Fred a écrit des textes très forts pour cet album », dit Geneviève Jodoin, qui signe, seule ou avec d’autres, la majorité des musiques.

Je voulais [que les musiques] restent simples, qu’elles ne soient pas compliquées, pour que les textes aient toute la place.

Geneviève Jodoin

La chanteuse, qui apprécie la poésie simple de ses chansons et leurs images limpides « que tout le monde peut s’approprier », a toujours aimé travailler avec son amoureux, avec qui elle partage tout – parents de trois enfants, ils sont aussi propriétaires d’une auberge à L’Isle-aux-Coudres.

« On a commencé notre vie en faisant de la musique ensemble. Tout le reste a suivi. Avec les enfants, c’est ce qu’on fait de mieux ! » Mais elle a aussi fait appel à d’autres auteurs – Marc Séguin, David Portelance, Nicolas Boulerice –, question de sortir de l’univers très personnel qu’ils ont créé. « C’est intense, je sais que ça peut devenir étourdissant. »

Splendeur de la nature

Geneviève Jodoin nous a raconté tout cela au téléphone vendredi matin, directement de sa maison de Charlevoix, après avoir fait le lancement et la tournée médiatique à Montréal et à Québec. « Je vois le grand fleuve qui tangue, il est un peu fâché aujourd’hui, je vois Baie-Saint-Paul, la neige… »

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Geneviève Jodoin lors de son lancement à La Tulipe,
la semaine dernière, à Montréal

Normal, donc, que l’album soit teinté de la grandeur et de la beauté du territoire, ainsi que de la nécessité de le conserver. La suite du monde, pour Geneviève Jodoin, est importante.

« Quand tu mets trois enfants au monde et que tu es entourée d’eau, tu as toujours cette crainte et ce désir de préserver cette nature. C’est une richesse qu’on a au Québec. »

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C’est une des « missions » qu’elle s’est données, entre autres parce qu’elle n’a « plus rien à prouver », explique-t-elle. Parmi celles-ci figure aussi l’importance de faire connaître les grands poètes d’ici. C’est pourquoi elle a repris Les gens de mon pays de Vigneault, après avoir porté pendant des années Pendant que – dont à La voix.

« Pendant que avait eu son temps de glace. Je ne ressentais pas le besoin de l’inclure dans l’album, mais je sais que je vais la chanter toute ma vie. » Elle a donc mis Les gens de mon pays « au goût du jour », dans l’objectif de mettre en valeur chacun des mots de ce « monument de chanson ».

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« C’est un de mes grands défis d’interprète. Je veux donner aux gens l’envie d’écouter leurs poètes. C’est précieux. Vigneault, Desjardins, c’est leur culture, leur langue, il faut les faire vivre. »

Suivre son instinct

Dans J’ai toujours su, qui ouvre l’album, Geneviève Jodoin chante « J’ai toujours su/Que je chanterais toujours ». C’était pour elle une façon de se présenter, une sorte de carte de visite abordant les thèmes principaux de sa vie.

« Ça parle de cette petite voix intérieure qu’il faut écouter. C’est ce qui m’a poussée à m’inscrire à La voix, et ça m’a donné accès à un public que je n’aurais jamais eu. Alors je me dis qu’il faut écouter plus souvent cette petite voix. Je suis une battante, je n’ai jamais cessé d’y croire, sauf que des fois, la vie t’aide pas ben ben. »

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Geneviève Jodoin s’est fiée à son instinct et ne le regrette pas. Avoir 41 ans, un parcours déjà bien rempli et trois enfants lui donne certainement un autre regard sur son art, son métier et ce qu’elle a envie de dire – ce n’est pas pour rien que l’enfance et la transmission sont au cœur de ses chansons.

Le rapport au temps, les parents qui sont partis… Plus on vieillit, plus on réalise ce qu’ils nous ont légué. Et on a envie que nos enfants reçoivent aussi cet héritage.

Geneviève Jodoin

Et elle a compris surtout qu’il fallait les encourager à ne pas ralentir !

« La vie passe tellement vite, tu clignes des yeux et tu dis : voyons, je ne sais pas pourquoi je veux les empêcher de faire ce qu’ils veulent faire ! J’ai plutôt envie de leur dire : faites comme moi. Foncez. »

Geneviève Jodoin compte se reposer, annonce une tournée pour l’automne 2020 et souhaite à son album « une vie éternelle ».

« Je n’ai jamais été à la mode, alors je ne peux pas vraiment me démoder. Je suis tellement à côté de la track de ce qui se passe musicalement ! Et je pense que c’est une qualité. J’espère qu’il se rendra aux gens et qu’ils auront envie de venir l’entendre en spectacle, pour que je leur raconte les histoires des chansons, comment elles sont nées. J’ai hâte qu’il vive sur scène, cet album. »

IMAGE FOURNIE PAR MUSICOR

J’ai toujours su, de Geneviève Jodoin, Musicor.