(New York) Le ton monte entre Taylor Swift et son ancien label, qu’elle accuse de l’empêcher de chanter ses propres chansons avec, au centre, la question des droits de ses enregistrements.

Maggy DONALDSON
Agence France-Presse

Il s’agit d’une nouvelle étape dans le contentieux qui oppose la princesse de la pop au magnat de l’industrie musicale Scooter Braun.

En juin, la société de l’homme d’affaires a racheté la maison de disques de Taylor Swift, Big Machine, qui a la propriété des enregistrements réalisés par la chanteuse pour ses six premiers albums.

Arrivée en fin de contrat en novembre 2018, l’artiste de 29 ans a rejoint Universal, avec lequel elle a sorti son septième opus, Lover, et expliqué publiquement que Big Machine ne lui avait pas permis de récupérer les droits de ses enregistrements.

Jeudi, elle a accusé dans un billet de blogue Scooter Braun et Scott Borchetta, fondateur de Big Machine, d’avoir prévenu son équipe qu’elle n’était même pas autorisée à chanter ses vieilles chansons à la télévision.

«Cela reviendrait à ré-enregistrer (s) a musique avant qu’(elle) n’ait le droit de le faire, l’année prochaine», auraient expliqué les deux dirigeants, selon Taylor Swift.

AFP

Scooter Braun

En août, celle qui a commencé sa carrière dans le country avait annoncé vouloir réenregistrer ses morceaux pour reprendre le contrôle de ses œuvres, projet qu’elle a encore confirmé jeudi.

Selon Taylor Swift, ces menaces risquent de l’empêcher de chanter une compilation de ses plus grands tubes lors de la cérémonie des American Music Awards (AMA) le 24 novembre.

Elles la privent également, selon elle, d’utiliser des morceaux et de vieilles vidéos dans un documentaire sur sa vie produit par Netflix.

Tout pour les «masters»

Vendredi, Big Machine a contre-attaqué, dénonçant de «fausses informations».

«Nous n’avons jamais dit que Taylor ne pouvait pas chanter aux AMA ou bloqué son documentaire Netflix», a assuré la maison de disques dans un message publié sur son site. «D’ailleurs, nous n’avons pas le droit de l’empêcher de chanter en direct où que ce soit.»

La maison de disques va plus loin et affirme que la chanteuse lui doit, contractuellement, «des millions de dollars».

Toujours selon le groupe, des discussions ont été menées ces derniers mois entre les deux parties et «nous étions optimistes quant à une possible résolution, jusqu’à hier», jeudi.

Les dirigeants lui reprochent d’en avoir «appelé à ses fans de manière calculée, ce qui a des conséquences importantes sur la sécurité de nos employés et de leurs familles».

Ils ont néanmoins fait un nouvel appel au dialogue, l’accusant d’avoir refusé un échange direct jusqu’ici.

La question des droits n’est pas nouvelle dans l’industrie du disque.

AP

Prince

Prince est probablement l’artiste qui a incarné le plus ce combat des artistes pour avoir la propriété de leurs «masters», ou bande-mères, les enregistrements originaux.

Après plusieurs années de combat contre Warner Bros., dont il se disait l’«esclave», il avait finalement été libéré de son contrat en 1996.

«Si tu ne contrôles pas tes masters, ce sont eux qui te contrôlent», avait-il déclaré au magazine Rolling Stone en 1996.

Dans beaucoup de contrats, le producteur est désigné comme propriétaire des masters, contrepartie de sa prise de risque financière.

Comme dans le cas de Taylor Swift, qui a conclu son premier engagement à 15 ans alors qu’elle était inconnue, le rapport de force au moment de la signature du contrat est souvent favorable à la maison de disque.

Certains artistes ont néanmoins obtenu le contrôle de leurs enregistrements, notamment Rihanna, U2 ou Jay-Z, souvent en les rachetant à prix d’or une fois devenus célèbres.

REUTERS

Rihanna

Certains jeunes artistes y sont aussi parvenus plus récemment, parmi lesquels le rappeur XXXTentacion, assassiné en 2018.

«Signer et garder les plus grands artistes du monde, ou même un nouveau venu que les maisons de disques s’arrachent, est devenu beaucoup plus cher», explique Larry Miller, directeur du programme d’économie de la musique à l’université de New York (NYU).

«Certaines maisons sont parfois prêtes à faire des choses contraires à la façon dont fonctionne leur modèle économique.»

Les labels n’en conservent pas moins globalement la main, grâce à leur capacité à «faire» une star.

Si produire de la musique est désormais accessible à tous, reconnaît Larry Miller, «il y a une grosse différence entre être un talent à découvrir et avoir une armée de gens qui travaillent à faire de vous le plus grand artiste.»