Rien à voir avec Johnny Hallyday, mais Laurence Nerbonne avait comme mission, jeudi au Club Soda, d’allumer le FEU, titre d’un deuxième album solo paru en avril dernier.

Charles-Éric Blais-Poulin Charles-Éric Blais-Poulin
La Presse

Allait-elle pouvoir, sur scène et dans la foule, propager les 14 brûlots pop-trap qui ont succédé à un XO plus rose bonbon que rouge flamme ? Plutôt oui que non, mais pas tout à fait non plus. Parce qu’une réalisation et des sonorités dignes des queens du « hip-pop » américain exigent une scénographie en conséquence. Alors que les moyens, évidemment, ne le sont pas…

Laurence Nerbonne, vêtue d’un combishort noir érotico-militaire, a brisé le silence sur une intro instrumentale, avant de prendre le volant de l’entraînante Ride Alone. Pour pallier l’absence du fringant partenaire de disque FouKi, la contribution de quatre danseuses dirigées par la chorégraphe urbaine Lakessha Pierre Colon. La troupe reviendra dynamiser la moitié des pistes suivantes.

Toujours sur Rebound, un léger stress empêchait la connexion totale avec le parterre clairsemé, constitué d’un public volontaire, paritaire et bigarré. « Je suis un peu grippée, a averti Laurence Nerbonne avant d’entonner le tube de 2016 Montréal XO. Désolée pour ma voix rauque, mais il y a du monde qui trouve ça sexy. »

Pas question d’annuler « un premier Club Soda », a poursuivi la blonde chanteuse. Un choix courageux qui a fini par payer dans « la partie sérieuse du spectacle » amorcée avec Money Ca$h, réjouissante parodie « bling-bling » et « trapisante ». 

Avant d’être rejointe par ses danseuses — et récompensée par une pluie de billets de banque factices —, Laurence Nerbonne avait demandé qui, dans la salle, préférait le bonheur à l’argent. À main levée, ça se valait. La quasi-totalité des spectateurs voulaient les deux.

L’amazone, qui a livré presque intégralement FEU et environ la moitié de XO, allait prendre son erre d’aller pour de bon, multipliant les allers-retours entre le devant de la scène, sa boîte à rythmes et son inhalateur contre l’asthme. Le corps n’était sans doute pas à 100 % et, malgré de vaillants efforts pour n’en rien laisser paraître, la prestation en pâtissait légèrement. Mais pas la complicité avec les musiciens Vithou Thurber (clavier), Joseph Perreault (batterie) et Amélie Mandeville, qui viendra faire rugir sa guitare sur les très pop Danser à contretemps et Fausses idoles.

Arts visuels

Le spectacle, que Laurence Nerbonne a pu roder — dans un format réduit — quelques fois en festivals cet été et dans son Gatineau natal en octobre, témoigne d’une affection particulière pour les arts visuels. Aussi peintre, la chanteuse s’élevait devant cinq colonnes de néons rouges et des projections tour à tour abstraites, gangsta et textuelles.

Un des moments forts du concert a coïncidé avec l’arrivée du collectif hip-hop L’Amalgame, qui a servi une Correction bien plus festive que sévère. La table était mise pour le retour triomphal de Laurence Nerbonne sur l’inédite Première ministre, un « banger » à saveur politique qui fera certainement son chemin sur l’internet prochainement.

Mi-pop star, mi-rappeuse, l’artiste de 34 ans a conclu sa performance avec deux des chansons les plus sulfureuses et les plus pertinentes de FEU, #MeToo et ses « fuck you » libérateurs — un contingent de doigts d’honneur pointait le plafond du Club Soda — et Back Off, dont le clip — la chanteuse opère une trachéotomie à un agent misogyne — fait écho à son attitude badass et girl power sur les planches.

Le public était majoritairement constitué de jeunes adultes, assurément les mêmes qui plébiscitent Ariana Grande, Billie Eilish ou Rihanna. Il fait bon voir ce public dodeliner ou décoller au plafond sur des paroles francophones et pas connes du tout.

Voilà une option plus mature et moins lisse que les quelques égéries québécoises de la pop dansante, celles-là à des années-lumière des femmes libres et valeureusement vulgaires qui bousculent les codes au sud de la frontière.

Ce FEU mérite d’être perfectionné, et à l’évidence, Laurence Nerbonne aura hâte de le défendre dans une meilleure forme physique. Le vent, à tout le moins, souffle fort et dans la bonne direction…