Paul Piché conclut sa tournée 40 printemps , 42 représentations et 75 000 spectateurs plus tard, avec un album de duos sur lequel il interprète quelques-uns de ses plus grands succès. Nous en avons décortiqué sept avec lui, question de revenir dans le passé… mais aussi de parler du présent.

Josée Lapointe Josée Lapointe
La Presse

Les classiques

Heureux d’un printemps, avec Patrice Michaud

PHOTO ULYSSE LEMERISE, COLLABORATION SPECIALE, ARCHIVES LA PRESSE

Patrice Michaud

Paul Piché était au volant de sa voiture lorsqu’il a eu ce flash : « Heureux d’un printemps qui m’chauffe la couenne / Triste d’avoir manqué encore un hiver », phrase qu’on chante encore plus de 40 ans plus tard. « J’étais sur Saint-Joseph, j’ai tourné à gauche sur Christophe-Colomb et je me suis stationné pour l’écrire sur un bout de feuille, se souvient-il. Je n’avais aucune idée de quoi la chanson allait parler. J’aimais l’hiver et en même temps j’étais content qu’il commence à faire chaud. Je pense que cette ambiguïté que j’avais est vraiment un marqueur de notre identité. » À l’époque, Paul Piché ne se destinait pas à enregistrer ses chansons, qu’il interprétait pour les groupes populaires et dans des manifs. « C’était comme un journal personnel. » Aujourd’hui, c’est Heureux d’un printemps qui ouvre l’album, et le chanteur est particulièrement fier que ce soit la voix de Patrice Michaud qu’on entende en premier. « C’est son ton, avec la guitare typique de la toune. Ça décrit bien le disque et c’est émouvant en partant. »

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Le folklore

La gigue à Mitchounano, avec Vincent Vallières

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Vincent Vallières

Mitchounano, c’est le nom de Paul Piché en langue crie : le chanteur a passé beaucoup de temps aux côtés des Cris à la Baie-James comme archéologue pendant les années 70. « Ça a changé ma vie à plusieurs égards. Cette chanson parle d’une époque, des combats et des blessures de la société, Forillon, Mirabel, la Baie-James, mais qui redeviennent d’actualité. Parce que toutes les causes, que ce soit l’environnement, la justice sociale, le nationalisme ou le féminisme, on ne peut pas s’asseoir dessus. » Dans cette chanson comme dans plusieurs autres, la musique folklorique aura été le véhicule d’un propos très actuel. Si le folklore était très présent dans sa famille, le musicien a puisé ses inspirations du côté tant de Brel que de Pauline Julien, dans la musique américaine et chez la branche irlandaise de sa mère. « Mais oui, c’est une époque où le folklore redevenait attirant, et j’ai mis l’épaule à la roue de ce retour qui était une innovation. »

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La douceur

Le temps d’aimer, avec Ingrid St-Pierre

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

Ingrid St-Pierre

Ce duo porté par l’interprétation sensible d’Ingrid St-Pierre représente bien le côté tendre de Paul Piché. « Oui, je suis un chanteur engagé, mais c’est une job que je n’ai pas choisi de faire. Je nomme mes émotions, et ça inclut l’amour, la mort, l’amitié, la tendresse… la solidarité aussi, ça m’émeut. » Son deuxième album, L’escalier, qui suivait l’immense succès de À qui appartient l’beau temps ?, était déjà une volonté d’aller ailleurs. « Je m’étais donné cette liberté. Je ne suis pas qu’un chanteur engagé, mais je le suis quand même parce que c’est ma nature, parce que je suis une personne engagée », dit le chanteur qui aurait pu difficilement faire autrement. « Depuis toujours, je regarde les nouvelles à tous les postes, je lis tous les journaux, comme il y en a qui regardent Netflix. »

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L’engagement

La rame, avec Damien Robitaille

Composée après l’échec du référendum de 1980, La rame est une chanson sur la patience que demande l’engagement « pour les causes en général ». « Même si on perd, il ne faut pas arrêter. Et il faut protéger les acquis, sinon on recule ! Mais rien ne se passe rapidement quand tu veux du changement, tu ne peux pas rénover la société comme tu rénoves la maison. Et qui de mieux que Damien Robitaille, un Franco-Ontarien qui arrive du fond du lac Huron, pour chanter ça avec moi ! » La vie est une bataille, et la société avance lentement mais sûrement, ajoute le chanteur, qui est heureux de la prise de conscience actuelle. « En environnement, c’est terrible, les mauvaises nouvelles. La seule bonne nouvelle est cette prise de conscience qui a grandi, ce que je n’aurais pas pu dire il y a 10 ans quand je me battais pour les rivières. Ça crée beaucoup d’espoir : on peut changer le monde, mais il faut ramer. »

La fidélité

Sur ma peau, avec Laurence Jalbert

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Laurence Jalbert

Paul Piché se souvient encore du spectacle de la fête nationale de 1990. « On était allés chercher Laurence, elle venait de commencer… » S’il a invité sa vieille amie à chanter Sur ma peau avec lui, c’est qu’il est une personne fidèle. « J’aime les choses à long terme et je ne suis pas vite en général, alors ça adonne bien ! » C’est d’ailleurs son vieux complice Rick Haworth qui a réalisé l’album. « Rick, on le reconnaît, c’est lui, mon son. L’album au complet est un beau marqueur pour les musiciens avec qui je travaille depuis des décennies. Ces chansons ont évolué avec le temps et le public, c’est une belle chance de graver ça avec eux. »

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La durée

Chu pas mal mal parti, avec Yann Perreau

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE 

Yann Perreau

Paul Piché s’estime chanceux d’avoir traversé le temps et les générations, mais il est incapable d’expliquer pourquoi il a duré. « C’est un cadeau, surtout que je n’étais même pas sûr que je voulais faire ça dans la vie ! Mais je ne sais pas ma recette. Pourquoi, comment ? Peut-être que d’avoir pris le temps d’écrire et de composer quand je sentais les vraies inspirations, ça compte. » Peut-être aussi qu’il a mis le doigt sur des émotions vraies. Chu pas mal mal parti, l’une de ses premières chansons – fataliste « mais qui finit bien » –, écrite alors qu’il restait encore chez ses parents, parle d’une sorte de découragement propre à l’adolescence ou aux jeunes adultes. « C’est la fatigue. On voudrait que ça se passe tellement rapidement qu’on trouve ça décourageant. C’est l’inspiration de cette chanson : soit tu continues à ramer, sois tu crèves. Et si tu lâches, ça veut dire qu’ils ont gagné, les ta… »

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La langue

Un château de sable, avec 2Frères

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Sonny et Erik Caouette, de 2Frères

L’auteur-compositeur-interprète aime jouer avec la langue et les mots, et Un château de sable, l’un de ses plus grands succès des années 80, en est la preuve. « Avec le couplet en espagnol, j’ai voulu montrer les subtilités de chaque langue. C’était aussi une façon de souhaiter la bienvenue aux latinos, qui étaient de plus en plus présents dans l’immigration. C’est une chanson très nationaliste, mais aussi une façon de défendre les différences, ainsi que notre propre différence », explique Paul Piché, qui se souvient qu’il nageait à contre-courant en cette période postréférendaire où chaque parcelle d’engagement, indépendantiste ou autre, était considérée comme quétaine. « Mais il ne faut pas se décourager et il faut être soi-même. Si tu rames avec le vent dans la face, tu n’as pas la même position qu’avec le vent dans le dos, où tu peux même monter une petite voile pour avancer. Sinon, tu te baisses un peu et tu laisses passer une couple d’affaires. »

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En spectacle à la Place Bell le 1er mai 2020

PHOTO TIRÉE DU SITE D’AUDIOGRAM 

40 printemps, album de duos sur lequel Paul Piché interprète quelques-uns de ses plus grands succès.