Alex Nevsky lance vendredi Chemin sauvage, un album à la pop beaucoup moins explosive que celle qu’on retrouve sur ses prédécesseurs Himalaya mon amour et Nos eldorados. Rencontre avec une vedette populaire qui n’hésite pas à se remettre en question.

Josée Lapointe Josée Lapointe
La Presse

« On prendra le temps de vivre / De regarder l’hydrangée rosir », chante Alex Nevsky dans On dérobera, chanson toute douce placée en plein cœur de ce quatrième album, et qui en est la pièce centrale à ses yeux.

« Cette phrase, c’est un genre de mantra. Je l’ai écrite lorsque j’ai fait l’atelier de Gilles Vigneault en 2017, et j’ai envie de la respecter. C’est un peu un idéal. »

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Prendre le temps de vivre : c’est ce qu’il a fait en déménageant avec son amoureuse à la campagne. Et s’éloigner de la frénésie de la ville aura été « la meilleure décision » pour lui, nous raconte un Alex Nevsky tout en doutes et en interrogations, incapable de prendre du recul face à un album fabriqué dans l’urgence – il l’a terminé en septembre –, et encore moins d’utiliser la langue de bois pour en parler.

« Je ne sais même pas de quoi il parle, je commence à peine à le comprendre ! », dit le chanteur, qui n’a pas encore tout à fait métabolisé ces quelques mois intensifs de création.

« Je n’ai pas écrit une ligne pendant un an et demi. Puis, à la fin du mois de mars, je suis revenu de 50 jours au Mexique, et je me suis souvenu que j’avais un disque à faire et qu’on m’attendait. Mais j’ai toujours été comme ça. Mes travaux scolaires, je les terminais toujours la nuit précédant la remise. »

Collaborations

Il rêvait de faire un album piano-voix-cordes et cinq chansons dans cet esprit étaient déjà écrites, « les plus belles et les plus poétiques », qui ont été mises de côté pour plus tard. Il se retrouve plutôt avec un disque de collaborations, travaillé dans l’esprit hip-hop, gardant les couplets de l’une, les rythmes de l’autre, la ligne mélodique d’une troisième.

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« Dans le hip-hop moderne, quand tu regardes les crédits, ils sont souvent 38 pour une toune de 2 minutes 20 ! J’ai réalisé que ça se peut, partir d’une place et arriver à une autre en emmenant plein de gens avec moi. C’est une démarche d’ouverture aux autres, d’accepter que les gens ont des talents que je n’ai pas. »

Alaclair Ensemble, Claudia Bouvette, Claudia Bell, Laurence Lafond-Beaulne, Ruffsound, Benny Adam et Eman ont donc été des inspirateurs pour lui – « On a beaucoup travaillé en aller-retour » – et lui ont permis de se renouveler en restant lui-même. « Même les trucs que je n’ai pas écrits me ressemblent parce que c’est comme ça qu’ils me voient ! », dit celui qui vit dans la peur de se répéter… et de devenir mononcle.

Je pensais que j’allais devenir straight avec l’arrivée de ma fille, et cette question de la peur de vieillir revient sur l’album.

Alex Nevsky

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Plusieurs fois pendant l’entrevue, Alex Nevsky se demandera tout haut s’il n’est pas dépassé – il a d’ailleurs travaillé avec deux réalisateurs, Gabriel Gagnon et Clément Leduc, qui lui ont permis d’aller « chercher une modernité sans tomber trop dedans ». D’où le résultat, qui s’éloigne franchement de la pop pure qu’il a offerte sur ses précédents albums.

« Gab et Clément, ils ne sont pas fans du tout des Coloriés, d’On leur a fait croire ou de Fanny. Ils comprennent que des gens aiment ça, mais eux, ça les emmerde pas mal. Alors je savais qu’en travaillant avec eux, ce n’est pas ça que j’allais faire. Après, le public aurait peut-être aimé que je reste dans la même ride. Mais ce n’est pas vrai que je suis pris dans ça. Je vais arrêter de faire de la musique si ça arrive, parce que je vais m’ennuyer. »

Attentes

Alex Nevsky avoue qu’il vit dans la crainte que Chemin sauvage soit « un gros flop » – « J’étais comme ça avec tous mes albums, mais à un moment donné, ça va être vrai ! » –, a hâte de reprendre la route dans une tournée qu’il promet hop la vie, et a l’intention de sortir son album piano-voix-cordes dans moins de deux ans. « Et là, ça risque d’être un projet très, très triste. »

Et non, il ne fera pas un album de hip-hop, même s’il en écoute beaucoup. Travailler avec Alaclair Ensemble aura littéralement été un rêve de fan tellement qu’on n’entend plus sa voix sur la chanson !

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« Je ne serais pas capable de faire du hip-hop. Ils sont rendus trop loin et je suis trop vieux », dit le chanteur de 33 ans, qui est très sensible aux perceptions.

« J’ai commencé avec un public radio-canadien même si je faisais de la pop. C’est étrange comment ça bouge, comment tu deviens une mode, comment tu es dépassé rapidement, où tu te situes par rapport à ce que tu as fait. En 2014, j’ai été choix de la critique à l’ADISQ, ce qui serait impensable aujourd’hui même si j’ai fait un album plus intéressant qu’Himalaya mon amour. C’est pour ça que je prends du recul. »

La paternité a de toute façon changé ses objectifs, et Alex Nevsky rêve pas mal plus de réussir sa famille et sa vie que de succès. « C’est pour ça que j’ai encore envie de parler d’amour, et de comment le garder vivant. »

Pour les jeunes qui rêvent de faire carrière dans la chanson, l’ex-coach de La voix n’a qu’un conseil : prenez votre temps.

« J’en ai vu plein s’emballer. Ils ont écrit une toune et ils veulent partir en tournée. Avec l’instantané de la fame et de l’image, les gens transposent ça sur un métier d’artisan, mais ils sont trop pressés. C’est peut-être plus facile avec le rap d’intégrer les codes et d’exceller, plus que dans la chanson ? Mais peut-être aussi que je me trompe et que je suis déjà un mononcle qui réfléchit à voix haute. »

IMAGE FOURNIE PAR MUSICOR

Chemin Sauvage, d’Alex Nevsky

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