(Paris) « On a cassé la planète, il est où le SAV ? », chante Suzane, 28 ans, artiste électro française, préoccupée par une pollution globale et « flippante », avec une vidéo tournée à Mbeubeuss, au Sénégal, dans un des plus grands dépotoirs à ciel ouvert du monde.

Philippe GRELARD
Agence France-Presse

L’idée d’Il est où le SAV (Service après-vente) ? a jailli chez cette artiste lors d’un voyage en bus, en tournée en Chine. « La couleur du ciel, à Shanghai, les Chinois ne la voient pas tous les jours. Je me suis rendu compte que je ne voyais pas le visage des gens avec cet épais nuage noir constant », raconte-t-elle à l’AFP. « C’est un futur apocalyptique, c’est très triste d’en arriver à ça, et en Chine ils en sont déjà là ».

Par association d’idées, la chanteuse a dès lors envie de « montrer la réalité des déchets, et pas dans un clip (avec trucage) sur fond vert ». Sa production se renseigne sur des dépotoirs à ciel ouvert en Malaisie, Thaïlande, Indonésie, mais le sujet « dérange ». Le seul accord vient du Sénégal, à Mbeubeuss, près de Dakar, un des plus grands du monde — 114 hectares de détritus — recensés par l’ONG Waste Atlas Partnership.

Le clip réalisé par Gregory Orhel, mis en ligne ce mardi, fait défiler les « images fortes », comme ces personnages en train d’asphyxier, le visage recouvert de plastique translucide. « On décrit une réalité, avec des images dures, mais aussi solaires, car il y a un peu d’espoir : au loin, on voyait des palmiers, de la faune, peut-être qu’on ne va pas tout ensevelir, qu’on va garder des bouts de terre intacts », poursuit Suzane.

« Chamboulée »

Le tournage l’a « chamboulée ». Elle ne s’attendait pas à voir une « décharge avec des gens qui y vivent ». La Française qu’elle est, habituée à des enfants scolarisés en journée, les voit là-bas « pied nus, ramassant des détritus sans protection, au milieu de vieillards, de femmes, tous ces gens qui travaillent pour une misère alors que les déchets ont “de la valeur”… ».

« J’ai écrit cette chanson (où Témé Tan pose aussi sa voix), car j’étais très concernée par le sujet : c’est un cercle vicieux, est-ce qu’on peut l’arrêter ? ».

Mais elle fait confiance « aux futures générations » et espère « qu’on est plusieurs à y croire ».

Pour revenir à la musique, ce nouveau clip est une marche de plus vers un premier album « pour janvier 2020 ». Le temps s’accélère depuis sa prestation lors d’un concert le 3 juillet 2019 à la mairie de Paris.

« Vingt-huit ans de vie dans un album »

« C’était dingo ! Ça criait “Aya ! Aya !” (pour Aya Nakamura, autre artiste tête d’affiche ce soir-là), je me suis sentie dans l’arène (rires). Mais les Parisiens ont été tellement bienveillants, les “Aya !” sont devenus “Suzane ! Suzane !”, ça m’a remplie d’énergie et de confiance, ce dont j’avais besoin à ce moment », se souvient la Française. « J’ai stressé au moins trois semaines à l’avance, mais, sur scène, j’ai réussi à en profiter, je m’en souviendrai toute ma vie ».

Son spectacle tout en énergie, avec une danse quasi martiale, en combinaison façon Uma Thurman dans Kill Bill (mais bleue et pas jaune), marque les esprits.

Dans la foulée, les chiffres tombent : c’est la chanteuse la plus programmée l’été en festivals en France, avec 32 dates. « J’avoue, j’ai un peu halluciné. Je découvre la tournée, je n’en ai jamais fait avant. Mais c’était génial, j’ai passé un superbe été, entre petits et grands festivals ».

Et maintenant, le disque. « Il faut que ça arrive, l’accouchement se fait long (rires). On est dans une phase de peaufinage, j’ai hâte, c’est 28 ans de vie dans un album physique. Que ça existe, je trouve ça assez fou ».