Le dernier album d’Half Moon Run, A Blemish in the Great Light, est paru vendredi. Après ses deux premières offrandes, qui s’inscrivaient dans une certaine continuité, le quatuor montréalais a conjugué le son qu’on lui connaît à une toute nouvelle identité qu’il s’est forgée ces dernières années. La Presse a demandé à Dylan Philips, batteur du groupe, de retracer la genèse de quelques chansons de ce nouvel opus.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

Then Again

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Then Again est la plus ancienne chanson sur le nouvel album. « On l’a écrite à l’époque de Sun Leads Me On [leur deuxième album], explique Dylan. Mais on n’avait pas réussi à l’enregistrer. On l’a retravaillée et on a trouvé un arrangement qu’on aimait. » C’est finalement la première chanson issue du nouvel opus que le groupe a fait paraître. « C’est une bonne introduction à l’album, parce que ça fait écho au son antérieur de Half Moon Run. » Depuis sa première version il y a des années, la chanson a été modifiée plusieurs fois. À quel moment les musiciens ont-ils décidé qu’ils tenaient la « bonne » version ? « Il n’y a jamais un moment où tout le monde a une illumination et on sait que c’est la bonne, dit le batteur. Mais il y a un moment où il faut être prêt à arrêter de travailler sur une pièce. Ce n’est pas toujours un bon feeling. Mais des fois, après des mois, avec du recul, on se dit que, finalement, on a fait du bon travail. »

Flesh & Blood

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Flesh & Blood a aussi eu plusieurs vies. « Ç’a été une des plus difficiles à arranger. On avait quelques idées, mais ce n’était jamais clair. Devon [Portielje, chanteur et parolier du groupe] n’est pas arrivé avec refrain et couplets déjà prêts. Il avait des idées et on s’est rassemblés autour de ça. » Flesh & Blood est un « mash-up » d’au moins deux ou trois idées différentes, dit Dylan. « La phrase du refrain, “Better than my own flesh and blood”, vient aussi de l’époque de Sun Leads Me On. Le prérefrain venait d’une idée de Dev datant d’avant la création du band. Les couplets, c’était quelque chose de nouveau, qu’on a créé récemment. Ça a vraiment pris du temps pour tout assembler et trouver le bon groove. »

Black Diamond

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« La création de Black Diamond a été presque instantanée, affirme Dylan. C’est vraiment le fun, ces moments-là ! » Half Moon Run compose des mélodies complexes, aux arrangements foisonnants. Cette fois, la simplicité a primé. « J’ai l’habitude de jouer un million d’instruments en même temps. Une main sur le drum, l’autre sur le clavier, en chantant en même temps. Pour celle-là, j’étais juste assis au piano, Isaac était sur le drum, Conner à la basse et Devon chantait avec sa guitare acoustique. Comme un band normal ! C’était relax et agréable. » Si les harmonies d’Half Moon Run font partie de leur signature depuis leurs débuts, Black Diamond est un exemple d’une volonté d’intégrer encore plus de ces assemblages de voix à leurs créations. « Pour nous, dès le début, ç’a été naturel d’harmoniser beaucoup. Mais [cette fois], c’était plus conscient. On s’est dit qu’on allait trouver les bons moments pour les incorporer dans les chansons. »

Undercurrent

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Comme avec la chanson Throes sur l’album Sun Leads Me On, Half Moon Run a incorporé un interlude de piano sur son récent opus. Et comme pour Throes, c’est Dylan qui a composé et qui joue le morceau, intitulé Undercurrent. « Je l’avais déjà écrite, dit le batteur, qui joue également du clavier et chante sur l’album ainsi qu’en concert. [Le piano] fait partie de l’identité du band, même si ça vient surtout de moi. On avait parlé de faire des choses instrumentales pour lier les chansons. Avec tous les différents éléments qui se trouvent sur l’album, c’est un moment de repos, de calme. » S’il souhaite un jour sortir son propre album de compositions au piano, celle-ci, Dylan a voulu « la donner au groupe ». Le piano est d’ailleurs beaucoup plus présent sur A Blemish in the Great Light. « C’est mon premier instrument, donc j’ai peut-être un [parti pris], mais je trouve que ça sonne bien avec tout, observe Dylan. Et ça donne une énergie plus calme, plus mature. »

Jello On My Mind

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Jello on my Mind ne sonne comme aucune autre chanson d’Half Moon Run. « Devon avait eu l’idée pendant le dernier cycle de tournée, raconte Dylan. Je ne sais pas si c’était nécessairement une proposition de chanson qu’il voulait qu’on fasse en tant que band. » Finalement, le groupe l’a adoptée. « On a essayé d’aller ailleurs avec celle-ci. Avec Razorblades et New Truth aussi [qui ont été composées dans la même période]. On n’a jamais eu peur d’essayer de nouvelles choses. Il n’y a jamais eu de règles. Mais chaque fois, il y avait des choses qui se ressemblaient dans ce qu’on créait […] Pour une chanson comme celle-là, on a vraiment voulu oublier tout ce qu’on a fait avant et faire quelque chose de complètement différent. Avant de l’essayer, on ne savait pas où on allait. Mais on y est allés. Et même si l’envie nous venait d’arrêter ce qu’on était en train de faire, on se disait qu’il ne fallait pas arrêter. »

New Truth

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New Truth est une des favorites du groupe. Dylan aime sa « vibe, le feeling qu’elle donne ». « Tu flottes, dit-il. J’adore le résultat final. Les sons sont différents que d’habitude, mais ça fonctionne. Je trouve que les paroles de Devon sont les meilleures qu’il a écrites. » Au début, il n’y avait pas de mots, raconte le musicien. Tout a commencé avec cette ambiance atmosphérique. Le kick du drum. L’orgue joué par Conner. « On a flotté sur cette vibe-là sur une longue période de temps. Et un jour, Dev est arrivé dans notre espace de jam et nous a dit qu’il avait une idée. Il voulait qu’on chante “There is no truth but the new truth”, d’un ton monotone, à répétition. Au début, on n’était vraiment pas sûrs ! [rires] Mais c’est devenu l’identité de la chanson. »

Critique et lancement

De nouveaux sommets avec A Blemish in the Great Light : ★★★★

IMAGE FOURNIE PAR GLASSNOTE RECORDS

A Blemish in the Great Light, de Half Moon Run,

Half Moon Run a établi, dès son premier essai, qu’il possède une indéniable adresse, musicalement parlant. Les chansons que créent ces quatre musiciens, d’une splendide complexité instrumentale, en sont le gage. Pour ce troisième opus, réalisé par Joe Chiccarelli (The Strokes, The Shins), ils ne se sont pas reposés sur leurs lauriers. Le populaire groupe montréalais, au contraire, fait preuve d’inventivité. Non pas face à tout ce qui se fait en matière d’indie-folk rock (cet album ne marquera pas l’histoire du genre), mais par rapport à ses précédentes créations. Auprès de chansons résolument Half Moon Run-esque (Then Again, Flesh & Blood) cohabitent des compositions audacieuses. Avec la sexy Jello on my Mind, le rock des années 70 fait subitement irruption, précédé par le délicat interlude au piano Undercurrent et suivi par la (parfaite) finale, New Truth, comme un rêve. On sent, en naviguant cet album, qu’il est né d’un besoin d’explorer, de se dépasser.
L’homogénéité n’a pas été le mot d’ordre, mais ce n’est pas plus mal. Les différents styles abordés coexistent en harmonie. Et, parlant d’harmonies, Half Moon Run a très bien fait de miser à fond sur les chants à plusieurs voix (le prérefrain de la vindicative Yani’s Song, par exemple, est simplement génial). Devon Portielje ne déçoit pas non plus au chapitre de la poésie qu’il appose sur les mélodies. Il faudra peut-être plusieurs écoutes à certains, surtout pour les admirateurs de la première heure, qui s’attendaient à une continuité sans revirement. Mais plus on écoute A Blemish in the Great Light, plus on apprécie sa qualité. 

Lancement et Halloween réussis

Devon, Conner, Isaac et Dylan étaient déguisés en groupe des années 70. Vestes à motifs, lunettes rondes, bandeaux dans les cheveux et pantalons à pattes d’éléphant. Des monstres, protagonistes de films et autres personnages en tout genre s’entassaient à l’abri des intempéries dans un MTelus bondé. Les billets s’étaient vendus en une dizaine de minutes. Half Moon Run n’a aucune difficulté à réunir son public. Et pour cette soirée de lancement costumée, ils ont voulu faire plaisir à leurs fidèles admirateurs en leur servant leurs classiques que tout le monde connaissait par cœur. Puis, avec Then Again, Favourite Boy, Flesh & Blood, Razorblade et Jello on my Mind, ils ont présenté des nouveautés dont les tonalités contrastent parfois avec celles auxquelles ils ont habitué leurs admirateurs. Attentifs durant les interprétations, ils les ont acclamés après chaque chanson issue du nouvel album (et tout le reste du temps aussi), à quelques heures de sa parution. « Nos fans de Montréal sont les meilleurs », a lancé Conner. Le quatuor Esca était de la soirée et comme toutes les fois où Half Moon Run joint ses forces à celles des musiciennes, les instruments à cordes ont magnifiquement enjolivé le folk rythmé (on adore les moments frénétiques instrumentaux où les musiciens se lâchent sur scène) ou délicat (on a aussi adoré l’interprétation acoustique et intime de Sun Leads Me On) des rockeurs. La tournée sera lancée dans les prochains jours en Angleterre, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Autriche, en Suisse et France, se poursuivra en Amérique du Nord, avant de se conclure en Europe.