« Seasons have changed », chante Fany Dumais. L’été terminé, l’automne se transformant peu à peu en hiver, l’auteure-compositrice-interprète entre dans une saison de création foisonnante.

Natalia Wysocka
La Presse

Tout a commencé en 2013 lors d’un séjour au Club Med, aux Bahamas. Des musiciens ne se sont pas pointés pour un spectacle. Fany Dumais s’est manifestée à leur place. « Hé, je peux chanter, moi. » Mal pris, et probablement impressionnés par son audace, les patrons de l’hôtel lui ont donné carte blanche. Elle a monté un concert d’une heure. Le succès a été tel que pendant les sept mois suivants, elle s’est produite soir après soir, devant 300 vacanciers au bord de la mer. Au programme : des classiques, du jazz, de la pop, Summertime.

C’est vraiment là que j’ai compris que oui, je pouvais me lancer en musique. Je suis revenue à Montréal en me disant que j’allais faire une carrière artistique. Sans trop savoir où m’en aller.

Fany Dumais

Elle dit ça, mais Fany savait exactement où aller. Elle fait partie de ces gens qui ont mille et une idées, qui foncent, qui ne baissent pas les bras. Quittant le décor paradisiaque des îles, elle a investi la faune du centre-ville de Montréal. Et cogné à la porte du Thursday’s, bar montréalais établi de la rue Crescent. « Je leur ai proposé : je chante pendant une soirée. Si ça ne marche pas, je m’en vais. » Vous l’aurez deviné : elle est restée. Faisant vibrer hebdomadairement la clientèle, pendant deux ans, avec des succès des années 70 et 80. « De gros shows. »

Des airs de communauté

Grande admiratrice de Kim Richardson, Fany Dumais a une voix aux accents soul, riche, profonde. Qui sait se faire délicate aussi. Sensible. Chose qu’elle met si bien de l’avant dans ses propres compositions folk. Car cette autodidacte qui a grandi à Tremblant chante tout le temps. Elle adore chanter. Presque autant que d’organiser des événements, de rassembler des gens.

Elle l’a fait ces dernières années au Bistro du Club Sportif MAA, fermé depuis pour rénovations. Dans cet autre lieu atypique qu’elle a investi, Fany a lancé les bien nommées Soirées Jazz and Lounge. Accompagnée de ses musiciens, elle interprétait des standards pour les membres et leurs invités. Un peu d’Ella Fitzgerald après une séance de squash, un succès-souvenir de Diana Krall après un cours de spinning.

J’ai vite compris que je voulais créer des moments pour se retrouver, pour créer une communauté. Sans nécessairement être le centre de l’intérêt tout le temps.

Fany Dumais

Fidèle cliente du club de jazz Upstairs, elle s’est donc inspirée de son ambiance feutrée et intime pour concevoir une autre série de concerts, nommée Scotch et Piano, officiée par le musicien Chris Tauchner. Puis, l’été dernier, elle a enfilé sa robe glamour pour chanter au Ritz-Carlton. Et dès novembre, c’est au Club Atwater, une autre institution sportive, que cette passionnée de la scène reprendra du service pour offrir des reprises de classiques du répertoire.

Histoire classique peut-être, nous dit-elle ici, mais bien des choses ont évolué depuis qu’elle a vécu une peine d’amour terrassante. De celles qui donnent leur nom aux plus grandes et profondes peines du genre. C’est de la tristesse qu’elle a tiré l’envie d’attraper une guitare et d’apprendre à en jouer. Toute seule. C’est de là que sont nées les quatre chansons de son premier EP paru en janvier, Seasons Have Changed. « À un moment donné, il faut se lancer ! lance-t-elle à son tour. J’ai voulu offrir des textes très fragiles, très crus, qui parlent de mon cœur brisé. » Elle ajoute : « Un cœur brisé qui se relève. » Et qui rêve encore, souvent, de partir, de tout quitter, de voyager. Car Fany Dumais ne se pose jamais bien longtemps.

Album en vue

Elle prépare d’ailleurs déjà son premier long-jeu, tout en français, qui sortira l’an prochain. « J’ai appris à me connaître à travers mes premières compositions. Maintenant, je veux frapper fort. » Elle en offrira un aperçu ce soir, lors de son concert au Verre Bouteille. Et puisqu’elle est une fille de gang, elle sera évidemment entourée pour l’occasion — et bien. Des guitaristes Louis Thibault et Alexandre Caron, du bassiste Marc-Antoine Forget, de la drummeuse Lysandre Bourdage et du violoncelliste Guillaume Veillet. Ce dernier qui, remarque la musicienne, « a vraiment ajouté la touche nécessaire pour faire entrer le plus de gens possible dans [son] univers ».

Un univers fait de sensualité, de fragilité, de force. De confiance. « Je me sens prête en tant qu’artiste. Assumée. J’ai quelque chose à dire. »

À nous d’écouter, maintenant.

En plateau double avec Nolton Lake au Verre Bouteille, ce soir à 20 h, et au Bistro du Club Atwater dans le cadre du lancement des soirées Jazz Lounge, le jeudi 21 novembre à 18 h.

> Écoutez Tu me brûleras de Fany Dumais : https://www.youtube.com/watch?v=Sck0dMpEDvc