Pierre Lapointe a écrit 9 des 12 chansons de son nouvel album Pour déjouer l’ennui en collaboration avec des amis. Le résultat est quelque chose de « totalement moi, mais différent », explique le prolifique auteur-compositeur-interprète. Voyage dans la constellation Lapointe.

Josée Lapointe Josée Lapointe
La Presse

Tatouage

(Pierre Lapointe)

Pour déjouer l’ennui est le troisième album de Pierre Lapointe en trois ans, mais dans les faits, ils ont tous été fabriqués dans la même période. « Je n’ai pas réfléchi et j’ai juste écrit des chansons, raconte-t-il. Comme elles parlaient d’elles-mêmes, des familles se sont créées. C’est un exercice de direction artistique comme un autre. » Il y a eu la famille orchestrale La science du cœur, puis la famille rock des Beaux sans-cœur (Ton corps est déjà froid), et voici aujourd’hui la famille Pour déjouer l’ennui. Un album beau et délicat, réalisé par Albin de la Simone, et dont la première chanson, Tatouage, annonce bien l’esprit. « Un groupe s’est créé naturellement autour des guitares. J’en ai parlé beaucoup avec Albin. J’écoutais du Mano Charlemagne, des comptines créoles, de la musique brésilienne et cubaine. Je voulais faire mon album Buena Vista Social Club, entre jazz, musique du monde et chanson française. » Résultat : une « petite révolution personnelle » provoquée par la simplicité du projet, et une douceur qui s’est imposée même dans la voix. « Tatouage, c’est un parent qui dit à son enfant : “Je vais tellement t’aimer que ça te servira toujours à apaiser ta peine”. Tu ne dis pas ça en gueulant ! »

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Pour déjouer l’ennui 

(Pierre Lapointe, Hubert Lenoir et Julien Chiasson)

PHOTO GEOFF ROBINS, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Hubert Lenoir

C’est après avoir entendu le premier album de The Seasons, donc bien avant qu’Hubert Lenoir ne devienne Hubert Lenoir, que Pierre Lapointe a dit aux frères Chiasson qu’il voulait écrire une chanson avec eux. « Tout le monde avec qui je travaille, c’est pas mal des petits nerds de musique. Hubert, il écrivait des chansons avec son frère à 12 ans ! L’air de rien, ils sont dans la jeune vingtaine, et ils ont un talent anormal pour cet âge. C’est assez rare. » Le titre de la chanson est devenu celui de l’album « parce qu’il est passe-partout ». « Ça peut être l’ennui face à la vie, des ennuis en général, l’ennui qu’on ressent envers une relation qui n’existe plus. Et puis graphiquement, ça marche bien ! J’aimais aussi que cette phrase ait été écrite par les gars, c’est un beau clin d’œil à l’idée de collaboration qui résume l’album. »

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Le monarque des Indes

(Pierre Lapointe, Albin de la Simone)

PHOTO JOËL SAGET, AGENCE FRANCE-PRESSE

Albin de la Simone

L’album porte la marque d’Albin de la Simone comme réalisateur. « On a maintenant une trace indélébile de notre amitié, qui s’est cristallisée autour d’un projet », dit Pierre Lapointe à propos de l’auteur-compositeur-interprète français, qu’il connaît depuis le début des années 2000. Qu’est-ce qui fait sa force ? « On porte le même sentiment un peu puriste par rapport à la chanson francophone. Je savais que je pouvais le laisser aller et que j’aimerais ça. C’est sa patte, mais aussi celle de toute notre gang d’amis musiciens, Philippe Brault, Nicolas Basque, José Major, Joseph Marchand, qui ont apporté leurs couleurs… » Les deux amis ont aussi écrit trois chansons ensemble, dont Le monarque des Indes, « la chanson qui me fait le plus plaisir sur l’album parce qu’elle représente exactement ce que j’avais en tête. » L’écrin minutieux qu’a créé Albin de la Simone autour de ses chansons fait du bien à Pierre Lapointe, heureux d’arriver avec « du doux et du simple ». « Tout est tellement réfléchi chez moi, je suis toujours dans une démarche intellectuelle – mais pas dans ma vie personnelle ! Alors ça m’apaise, et j’espère que les gens vont ressentir la même chose. »

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Amour bohème

(Amélie Mandeville, Félix Dyotte, Pierre Lapointe)

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Amélie Mandeville

« À partir du moment où tu rentres dans mon circuit, c’est rare que tu vas en sortir. J’aime être entouré de gens qui me parlent franchement. » Félix Dyotte (qui signe une autre chanson sur l’album) et Amélie Mandeville, qui ont accompagné Pierre Lapointe sur la tournée Punkt en 2013-2014, font partie de cette constellation qui l’aide à faire émaner des choses plus grandes que lui. « Pendant la tournée, je leur disais : “c’est con, à trois on est une usine à chansons”. Alors je leur ai imposé de s’asseoir pour écrire. On a travaillé sur une ébauche, et quand l’album a commencé à se dessiner, on l’a terminé. Ils chantent aussi sur certaines chansons. » Amour bohème a donc déjà presque cinq ans, et même si la chanson est triste, c’est pour lui un beau souvenir de cette tournée, ainsi que de la dynamique entre eux trois. « Écrire une chanson, c’est comme s’envoyer une carte postale du passé parce qu’on la rechante et la réentend constamment. »

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Vivre ma peine

(Paroles de Pierre Lapointe, musique de Daniel Bélanger)

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Daniel Bélanger 

C’est la deuxième collaboration entre Pierre Lapointe et Daniel Bélanger, la première figurant sur La science du cœur. « Les deux chansons ont été faites en même temps », raconte Pierre Lapointe, qui a envoyé ses textes au vétéran auteur-compositeur-interprète, qui lui a retourné ensuite des musiques. Pierre Lapointe chérit particulièrement cette collaboration. « C’est important dans une vie, Daniel Bélanger. Et même s’il est plus pudique que moi, je pense qu’il est content, que ça lui fait plaisir à lui aussi. » Le chanteur reste un modèle et une inspiration pour Pierre Lapointe, un exemple de durée. « Mais pour savoir durer, c’est bête, il faut travailler. S’assurer de ne pas s’endormir. Daniel a gardé cette rigueur, il va tous les jours dans son studio. C’est un travaillant. Quand il présente quelque chose, on sent l’énergie en dessous et ça ne peut que susciter admiration et respect. C’est sûr que je rêve d’une carrière comme la sienne ! Et quand je vois comment il travaille, comment il est professionnel… j’apprends de lui. Chaque collaboration est un stage d’observation. »

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Vendredi 13

(Philippe B)

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE

Philippe B

Philippe B est aussi un vieux complice de Pierre Lapointe, qui l’a accompagné sur La forêt des mal-aimés. « On ne s’est jamais lâchés depuis. Je l’ai influencé, et il m’a influencé. » Pour Pierre Lapointe, Philippe B est un grand auteur de chansons, à l’écriture forte, raffinée et racée. « Je lui ai dit que je voulais être interprète seulement une fois dans ma vie, et que ce soit lui l’auteur. Je lui ai demandé de décrire un moment d’intimité qu’il pense avoir saisi dans ma vie et il l’a fait, avec une justesse folle. J’ai décidé de terminer l’album avec celle-là, c’est comme un moment suspendu et je trouve que ça finit bien. Et c’est pour moi une forme d’hommage à un ami. »

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Qu’est-ce qu’on y peut 

(Pierre Lapointe, Clara Luciani)

PHOTO CATHERINE LEFEBVRE COLLABORATION SPÉCIALE

Clara Luciani

Clara Luciani est une des stars montantes de la nouvelle chanson française, et Pierre Lapointe a eu un vrai coup de foudre amical pour elle. De cette forte connexion est née cette chanson, « [s]on premier duo écrit en duo ! », créé entre deux fous rires. « On avait sorti la chanson au printemps et elle ne devait pas être sur le disque. Mais elle est tellement belle, je trouvais ça poche qu’elle disparaisse. Je préférais qu’elle se retrouve dans un corpus. Et finalement, c’est la seule pièce de l’album avec du piano. » Elle correspond cependant aux thèmes de l’album, qui tournent pas mal tous autour de l’amour. « La peur de la mort et le besoin d’exister dans le cœur de l’autre, c’est juste ça la vie. Quand tu as compris, tu as beau te péter la tête partout pour trouver d’autres thèmes, il n’y a pas grand-chose que tu peux dire. Le défi est de décrire quelque chose qui l’a été un milliard de fois, et que tu as décrit toi-même un milliard de fois. C’est là que les collaborations arrivent. Ça t’aide à sortir de tes vieux réflexes avec des gens qui vont t’aider à briller. »

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IMAGE FOURNIE PAR AUDIOGRAM

Pour déjouer l’ennui, de Pierre Lapointe, Audiogram