L’intemporel Alain Souchon vient illuminer l’automne avec un premier disque solo de chansons originales en 11 ans, Âme fifties, qui sortira vendredi. Nous avons discuté mélancolie, famille et Rolling Stones avec le chanteur français à la jeunesse éternelle.

Josée Lapointe Josée Lapointe
La Presse

Au bout du fil, on a l’impression que sa voix n’a pas pris une ride. Même sensation en écoutant Âme fifties, son 15e album studio en 45 ans – le tout premier, J’ai dix ans, a vu le jour en 1974.

« J’ai de la chance, comme je n’ai pas un gros ventre non plus, que ma voix se conserve à peu près », dit le chanteur de 75 ans, qui a par ailleurs écrit une chanson fort réjouissante sur la perte de cheveux et dont le refrain va comme suit : On s’ramène les cheveux/vers l’avant/en les lavant/Pour que tout soit un peu/comme avant.

« C’est comme ça, nous, les garçons, on perd nos cheveux, alors quand ça s’en va, c’est triste ! », répond Alain Souchon, qui a choisi l’autodérision avec cette histoire de « cafard capillaire » et qui s’en amuse beaucoup.

Le chanteur n’a pas chômé depuis 11 ans puisqu’il a enregistré en 2011 un album de comptines qui ont marqué son enfance, À cause d’elles, et un disque en duo avec Laurent Voulzy, en 2014, avec lequel il a fait deux bonnes années de tournée.

« Ce disque a été assez long à faire car on a des personnalités très différentes. Ce n’est pas anodin, écrire des chansons. On dit ce qu’on pense, on regarde le monde d’une certaine manière, et Laurent et moi avons chacun la nôtre. Il fallait que ça s’arrime. »

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Âme fifties est né entre autres de son désir de collaborer de nouveau avec ses fils, Pierre et Ours (Charles), qui avaient travaillé avec lui sur le troisième volet du conte musical Le soldat rose, il y a deux ans. On les retrouve partout sur ce nouvel album de dix chansons : à l’écriture, à la composition, à la production, comme musiciens.

Je n’avais pas forcément envie de faire un album. J’ai quand même 97 ans maintenant ! Mais j’avais déjà des textes, mes fils m’ont dit c’est super, c’est bon, alors ont est allés faire de la musique ensemble et c’était très agréable pour moi.

Alain Souchon

Créer avec ses fils est pas mal synonyme de bonheur pour lui. « On se voit, on mange le dimanche de la tarte aux pommes et c’est bien. Mais si, en plus, on fait quelque chose ensemble, ça crée des liens encore plus forts. »

Alain Souchon a aussi travaillé avec des amis avec qui il avait envie de passer du temps. Ses vieux copains Voulzy, évidemment, qui a composé la musique de la nostalgique Irène, et David McNeil, qui signe avec lui le texte Debussy-Gabriel Fauré. Vincent Delerm, qui joue du piano sur On s’aimait. Le comédien et animateur Edouard Baer, avec qui il a croisé la plume sur la très jolie Presque.

« Ça fait longtemps qu’on se fréquente. Il aime les chansons, il est gentil et drôle, je lui ai dit : “Allez, on la fait.” »

Toutes les chansons d’Âme fifties portent cependant la touche Souchon, la mélancolie légère, le romantisme absolu, les mélodies simples et accrocheuses. Ce qui explique probablement son côté intemporel.

« Je suis un musicien basique. J’ai fait une chanson qui s’appelle On s’aimait, il y a deux accords ! Laurent Voulzy, quand je lui ai fait écouter ça, il a levé les yeux au ciel. Lui, il fait des trucs super raffinés comme Brassens, des neuvièmes diminués, des accords de passage, ça me dépasse complètement ! », s’exclame l’auteur-compositeur, qui apprécie autant la simplicité de Guy Béart que… l’efficacité des Rolling Stones.

« C’est paradoxal, je sais. Mais Béart fait de jolies chansons, très simples musicalement. Et les Stones, dès qu’on les entend, on saute en l’air ! Let’s spend the night together (il chante à l’autre du bout du fil), j’adore ça, ça me rend fou. »

Mélancolie

On retrouve aussi intact son univers très cinématographique, fait de petites histoires délicates et d’éléments de culture populaire placés ici et là. « J’aime concrétiser un décor et que, dans le décor, il y ait des émotions. Pas juste chanter “Reviens chérie, je t’aimais tant”… »

Âme fifties, la chanson titre, est par exemple truffée de références culturelles qui ont meublé sa jeunesse, de Jeanne Moreau à la guerre d’Algérie.

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« J’ai découvert le monde pendant les années 50, et cette chanson est comme une photo de ce monde. Ça ne veut pas dire que je le regrette. Ça veut dire qu’il était comme ça. »

Mais il l’avoue, la mélancolie reste sa marque de commerce. Il reprend même deux phrases du poète Pierre de Ronsard, qu’il a mises en musique et qui résument assez bien cet état permanent qu’il a.

Jamais l’homme avant qu’il meure ne demeure/heureux parfaitement/Car toujours avec la liesse la tristesse/se mêle secrètement, chante-t-il sur Ronsard Alabama. Des paroles qui semblent avoir été écrites pour lui… il y a cinq siècles !

« Ronsard est toujours assez concis et rapide. Ses deux tourments dans la vie étaient que les filles dont il était amoureux ne voulaient pas de lui, et la finalité de la mort. J’adore ça ! C’est vrai, c’est ça, la vie : l’amour et la mort. On pense tout le temps qu’on va mourir et on pense tout le temps que les filles sont jolies. Le reste est anecdotique. »

IMAGE FOURNIE PAR WARNER

Âme fifties, d’Alain Souchon

Chanson. Âme fifties. Alain Souchon. Warner. Disponible en format numérique le 18 octobre et en format physique le 25 octobre.