Il faut un certain talent pour raconter des histoires tragiques, sur une musique mélancolique et sombre, d’un bout à l’autre d’un album, tout en donnant envie de l’écouter en boucle. Le troisième disque des Lumineers, commodément intitulé III, fait exactement cela.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

III, aussi, parce que dix chansons y sont présentées en trois chapitres. On y fait chaque fois la rencontre d’un membre de la famille Sparks. Trois générations d’un clan hanté par les ravages de la dépendance. Les conséquences sur la descendance d’un mal qui ronge tout sur son passage.

La mère, Gloria Sparks, alcoolique, donne naissance à Jimmy. Elle ne peut dégriser assez pour tenir son bébé dans ses bras, chante Wesley Schultz (qui signe les textes) dans Donna. Jimmy devient père et alcoolique à son tour. Il enseigne à son garçon, Junior, à se méfier de tout et de tous. Junior Sparks (sur)vit avec le poids des tragédies traversées par ses aînés.

Rien de bien joyeux, donc. Les superbes mélodies folk rock imitent les textes et se font lourdes, dramatiques (pour la plupart). Pourtant, on ne se lasse pas d’écouter cette histoire fignolée avec adresse.

Schultz et son comeneur, le batteur Jeremiah Fraites, ont puisé dans les tréfonds d’expériences personnelles sombres. En y ajoutant une dose de fiction tragique, ils ont créé leur œuvre la plus émotive. La plus complète et probablement la plus réussie également.

Musicalement, chaque note (pianos et cordes omniprésents, ainsi que les habituelles guitares acoustiques et batteries saccadées) transmet l’émotion brute des mots avec une justesse poignante. Jimmy Sparks, Life in the City, Leader of the Landslide sont parmi les plus belles, tandis que l’entraînante Gloria vient rappeler les Lumineers des deux premiers albums.

La voix éraillée et expressive de Wesley Schultz est mise de l’avant comme jamais auparavant. Comme dans Salt and the Sea, où elle se perche là où le chanteur ne l’a pas souvent menée.

IMAGE FOURNIE PAR DUALTONE MUSIC GROUP

III, des Lumineers

On n’assiste pas à la performance vocale du siècle, mais Schultz chante juste et, surtout, sait transmettre par sa voix la souffrance que l’histoire de III raconte.

On ne peut forcer l’art, mais on aurait souhaité que les trois dernières chansons de l’album soient également incluses dans le concept. Parce qu’elles se détachent de la narration, la rupture se fait sentir, alors que les dix premières formaient un tout solide.

Rien de trop pénalisant ici. La même aura taciturne que le reste de l’album émane de la chanson Old Lady. Et puis la reprise de Democracy, de Leonard Cohen, est simplement superbe. La finale, Soundtrack Song, est un ovni. On ne sait pas trop ce qu’elle fait là… mais on l’apprécie quand même.

Alors que The Lumineers nous présente ce travail colossal — neuf vidéoclips accompagnent les chansons de la famille Sparks —, on se demande même comment ils pourront mieux faire la prochaine fois.

★★★★

Folk rock. III. The Lumineers. Dualtone Music Group.