(Paris) « Donald Trump a besoin d’un psy », lâche Common, figure du rap conscient, venu défendre à Paris l’album Let Love, qui parle de guérison sur le divan, de l’amour porté à sa mère, à sa fille, ou encore de l’agression sexuelle dont il fut victime enfant.

Philippe GRELARD
Agence France-Presse

« Donald Trump a besoin d’un psy, absolument ! », rebondit le rappeur, rencontré samedi avant son show à l’Élysée Montmartre et interrogé sur la psychothérapie citée dans la chanson Good morning love. « Le narcissisme (de Trump) peut être traité par la psychothérapie. Pour tout leader-même un bon mais Trump a prouvé qu’il n’était pas un bon leader-suivre une psychothérapie devrait faire partie du programme », poursuit Lonnie Rashid Lynn Jr, son vrai nom, assis dans sa loge, dans son sweat à capuche bleu clair.

Plus généralement, le travail sur soi lui tient à cœur, à 47 ans, « pour être plus ouvert, plus confiant, pour m’accepter. C’est un voyage intérieur ».  

Il a dû faire face à un traumatisme enfoui dans les replis de son subconscient, revenu à la surface récemment : une agression sexuelle dont il a été victime vers l’âge de neuf ans lors d’une visite dans une partie éloignée de sa famille (il n’a jamais donné de nom, seulement un alias, Brandon).  

« Part de féminin »

Le natif de Chicago l’a d’abord révélé dans ses mémoires Let Love have the last word sorties au printemps, avant de mentionner cet épisode dans Memories of home sur son dernier album, paru le 30 août. Une anomalie dans un milieu du rap où les fêlures sont rarement mises en avant.

« C’est un moyen de dire ce que j’ai traversé, une façon d’y faire face, explique-t-il de sa voix posée. Le dire publiquement, c’est dire qu’il ne faut pas en avoir honte, donner une chance aux autres de s’ouvrir, car dans la communauté noire, nous ne parlons pas de ça d’habitude ».

Crâne glabre, barbe finement taillée, épaules travaillées en salle de muscu, il n’a pas peur non plus de montrer sa « part de féminin », comme dans Fifth Story, histoire d’adultère qui épouse le point de vue de la femme et qui se finit mal pour l’homme.

Il y dévoile au passage son art du storytelling : « Dans cette chanson, le cake (qui déclenche les soupçons de la femme, car acheté pour une autre) est comme un personnage, j’aime raconter des histoires, comme dans les films Pulp fiction, Usual suspects, Le Parrain », admet celui qui est aussi acteur, métier qui l’a conduit à déménager à Los Angeles.

« Le rap ce n’est pas une carrière »

D’autres femmes sont à l’honneur dans cet album. Forever your love est une ode à sa mère : « Elle a été opérée-maintenant elle va mieux-ça m’a fait réaliser à quel point je l’aime. Elle m’a tout donné pour m’épanouir ».

« Au départ, elle m’a dit “mais c’est quoi le rap ? ”, elle ne savait pas ce que c’était. Elle me disait “passe tes diplômes, le rap ce n’est pas une carrière”. Je lui disais que c’était mon rêve. Elle m’a dit “je te donne un an pour essayer”. Mais ce fut un peu plus… », se souvient-il.

L’ancien compagnon de la chanteuse Erykah Badu évoque aussi dans « Show me that you love » comment il a grandi en tant que père quand sa fille lui a reproché de ne pas avoir été assez présent.

Enfin, il consacre une chanson- HER Love -à une autre figure féminine… la musique hip-hop. Les textes intimes et les failles de Common sont ses pierres à l’édifice.  

« J’aime la culure hip-hop, qui m’a permis de m’exprimer, d’apprendre sur moi-même. Il y a KRS-One, NWA, De la Soul, et plus proches de nous Meek Mill, Lil Uzi, Chance, Noname, Rapsody. Le hip-hop est l’expression de ce qu’ils ou elles sont.  Comme pour moi, parler de psychothérapie, c’est une façon de pousser la culture hip-hop plus loin encore ».