Après une longue pause pendant laquelle Mélanie a fabriqué un bébé et Stéphanie un album solo, Les sœurs Boulay sont de retour ensemble avec un troisième album, La mort des étoiles, qui témoigne de notre époque avec force et douceur.

Josée Lapointe Josée Lapointe
La Presse

Si les deux sœurs ont retenu quelque chose de leurs aventures séparées, c’est qu’autant elles ont besoin de vivre des choses de manière individuelle pour s’épanouir, autant elles sont plus fortes ensemble.

Il suffit, de toute façon, de les avoir quelques minutes en face de soi en entrevue pour comprendre le lien qui les unit – la manière dont chacune écoute intensément l’autre parler en ne la quittant pas des yeux, leur façon de ne jamais se contredire vraiment, de compléter leur pensée sans se couper la parole pour autant.

Alors que la plupart des groupes qui prennent des pauses ne reviennent jamais ensemble, rappellent-elles, Mélanie et Stéphanie Boulay ont donc décidé de se « rechoisir consciemment ».

Pour ma part, je ne ferais pas cette job-là si je n’avais pas ma sœur comme acolyte. Je ne comprends pas, pour vrai, comment les gens font pour être seuls dans ça.

Mélanie Boulay

Stéphanie, qui a connu l’expérience solo, est d’accord. Et n’en apprécie que davantage le retour au duo. « Je me sens plus adéquate à deux. Et ça permet de partager le fardeau de l’anxiété. »

« La tournée, ajoute Mélanie, c’est de la solitude, mais c’est mieux quand c’est partagé avec des gens que tu aimes, sinon tu te perds. Déjà qu’on se perd souvent sur la route, même ensemble. »

Stéphanie opine. « Oui. Nous autres, c’est une tournée, un burn-out. On n’a pas encore trouvé la formule magique pour ne pas tomber là-dedans. » La tournée qui vient de commencer leur semble cependant plus équilibrée, constate Mélanie. « On a le luxe de dire non à certaines choses, on fait le tri, c’est un horaire qui nous convient vraiment. »

Intuition

Après huit ans de carrière, les deux sœurs – la brune Mélanie, 29 ans, et la blonde Stéphanie, 31 ans – ont pris de l’assurance, font davantage confiance à leur instinct – « On est drivées à l’intuition, c’est presque ésotérique » – et se reconnaissent à peine dans les deux toutes jeunes femmes qu’elles étaient à l’époque.

« J’étais comme une fin d’ado quand ça a commencé à lever… J’ai fait beaucoup de partys ! », rigole Mélanie, qui se souvient combien elle était « assoiffée d’aventure et de liberté ».

« Moi, j’étais extrêmement insécure… J’étais tellement éteinte », lance Stéphanie. Mélanie précise qu’elle aussi, malgré les apparences. « C’est vrai, mais tu étais plus d’aplomb que moi, répond Stéphanie en la regardant. Tu as toujours été plus d’aplomb. »

Les deux sœurs sont heureuses de ce qu’elles sont devenues – « Mais c’est sûr qu’il nous reste beaucoup de travail à faire ! » –, mais sont aussi fières et surprises de voir à quel point leur troisième disque était attendu. « Ça fait quoi, trois ans qu’on n’a rien sorti ? rappelle Mélanie. Les gens pourraient se dire : “On les a oubliées et elles ne nous ont pas manqué tant que ça.” »

Mais ce n’est pas le cas. Elles ont enfilé les entrevues toute la semaine – « C’est ben extraordinaire que tous ces gens-là aient envie de nous entendre ! » –, ce qui réjouit les deux artistes qui se pincent encore quand elles se retrouvent sur une scène avec Éric Lapointe ou Marjo, comme ce fut le cas cet été.

« Ça, ça me fait brailler », lance Stéphanie, qui garde bien précieusement la vidéo captée lors de la prestation du duo avec Richard Desjardins, il y a deux ans, pendant un spectacle hommage.

Mélanie est tout aussi reconnaissante. « Mes idoles de jeunesse, celles de mes parents, des gens qui ont marqué l’histoire du Québec, je les regardais ti-cul et je les trouvais tellement impressionnants… et là, je fais des tounes avec eux ! »

Durer

La durée reste un enjeu de taille dans ce milieu où « la vie moyenne d’un artiste est de cinq ans », estiment-elles. Après huit ans, les deux auteures-compositrices-interprètes sont donc fières d’avoir « franchi le cap » et ne tiennent rien pour acquis.

« On ne s’est jamais assises sur nos trophées, affirme Stéphanie. On s’est toujours demandé comment on pouvait faire mieux… on fait encore des ateliers d’écriture ! On est très conscientes que ça peut s’arrêter demain matin. »

L’accueil pour les nouvelles chansons, depuis qu’elles ont recommencé à faire des spectacles, leur donne pour l’instant une bonne erre d’aller, et semble aussi les soulager d’un certain poids.

On est tellement contentes ! Ça aurait pu rester Shooter de fort et Mappemonde pour tout le reste de notre vie, mais là, on sent que ce n’est pas ça, que des nouvelles tounes se rajoutent au goût des gens.

Stéphanie Boulay

C’est que si elles ont changé en huit ans, le monde s’est tout autant transformé et les thèmes abordés sur l’album en sont le reflet. « On est perméables en général ! », lancent les sœurs, qui se disent « happées violemment » par ce qui se passe autour d’elles.

« C’est comme des claques en pleine face », déclare Mélanie, qui refuse de vivre dans le déni. Elles sont donc « pas mal sorties du nombril pour aller à l’extérieur ». « La mort des étoiles est plus universel. C’est un je qui parle de nous. »

L’écoanxiété – « parce qu’il n’y a plus d’autre option » –, l’après #moiaussi, le féminisme – Au doigt est presque une suite à Une sorcière comme les autres d’Anne Sylvestre –, toutes ces préoccupations se reflètent dans ce disque généreux traversé par l’amour et une certaine lumière.

Ample et généreux, La mort des étoiles est porté par des harmonies fabuleuses et des mélodies soignées, de la gravité, mais aussi un peu de légèreté, et la moitié des chansons est habillée par des arrangements de cordes.

« C’est un souhait qu’on portait et ça arrivait à point avec ce qu’on avait envie de dire, dit Mélanie. Il y a un côté post-apocalyptique dans les cordes, un peu dramatique, qui permet d’accéder à une autre palette d’émotions. On n’arrête pas de dire qu’on a fait cet album comme si c’était le dernier même si c’est pas le dernier, mais ça va dans ce sens, on se gâte, on se paie la totale, on réalise nos rêves. » Ensemble.

IMAGE FOURNIE PAR GROSSE BOÎTE

La mort des étoiles, Les sœurs Boulay, Grosse Boîte