Le Mile-Ex End en est à sa troisième édition. La portion musicale de ce tout jeune festival à l’allure de fête de quartier a débuté vendredi. 

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

Sous le viaduc Van Horne—Rosemont, on est accueillis par les camions de bouffe et les tables de pique-nique. Et par la musique en provenance de la scène Mile-Ex, la plus grande, directement sous la grande structure de béton. Moins petite que l’autre scène (dressée quelques mètres plus loin), elle reste de taille très modeste. 

Et c’est bien comme ça. Le Mile-Ex End a ce charmant air de fête de quartier qui lui donne un cachet particulier. Quand il y a foule, en soirée, ça reste un amas agréable de spectateurs. On déambule sans difficulté, il y a toujours de la place où s’asseoir, entre l’espace vert et le mobilier urbain.

Adam Naas

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Adam Naas



Peu après 18 h 30, sur la plus petite des scènes (Mile-End), le Français Adam Naas et ses trois musiciens prennent place tandis que le soleil se fait déjà timide. C’est venteux et frais, comme peuvent l’être ces soirées de fin de mois d’août.

Puis, la voix de Naas envahit l’atmosphère et d’un coup, on sent moins le vent. Il fait chaud quand il chante. Sa voix soul est sensuelle et puissante à la fois.

Les yeux lourdement maquillés de noir, les cheveux plaqués vers l’arrière, une large chemise sur un t-shirt blanc, il captive. Les médias français disent de lui qu’il est le parfait mélange de Prince et Childish Gambino... Et c’est la meilleure description que l’on pourrait trouver d’Adam Naas. Un savoureux amalgame des deux styles, avec beaucoup d’une originalité qui ne vient que de lui. Il fait un peu penser à Hubert Lenoir. Il chante en anglais des chansons pour aller s’embrasser dans les buissons (sa suggestion, avant d’interpréter The Love), d’autres pour danser, toujours avec une intensité ensorcelante.

Devant lui, le public est d’une intéressante hétérogénéité. Les jeunes couples côtoient les petites familles, les jeunes adultes du Mile-Ex et du Mile-End, les spectateurs plus âgés et ceux qui ont encore besoin que l’on dépose sur leurs petites oreilles des casques qui leur bloquent le son. C’est l’effet Mile-Ex End. De nouveau, ce petit air intime de célébration de quartier.

La Force

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La Montréalaise La Force.

Plus tard en soirée, deux membres du groupe The Broken Social Scene débarquent au Mile-Ex End. D’abord, la Montréalaise La Force.

Alors que la lumière du jour a cédé la place à celle des ampoules suspendues sous le viaduc, Ariel Engle (de son vrai nom) propose sa musique. Sa musique à elle. Pas celle de son groupe, pas celle du duo qu’elle a brièvement formé avec son mari (sur scène avec elle vendredi), mais une musique née d’elle seulement. Vêtue d’une combinaison verte kaki, l’auteure-compositrice-interprète présente des chansons « écrites dans les rues de Montréal », imprégnées de la ville. Quoi de mieux pour un événement si ardemment montréalais ? 

Elle chante alors un titre « écrit au coin de des Pins et Saint-Laurent », fortement teinté d’accents orientaux. Plusieurs de ses chansons jouent dans ces tons, agencés à de la pop, du rock et de l’électro.

S’amusant avec un son parfois plus expérimental, la chanteuse convainc rapidement le public. On est loin de ce que propose les bien-aimés Broken Social Scene. Le projet solo d’Engle, entrepris il n’y a même pas deux ans, a une saveur unique, prometteuse.

Feist

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Feist

Pour conclure cette première soirée, Feist (Leslie Feist) prend la scène principale. Mais juste avant, elle se joint à son amie Ariel pour sa dernière chanson.

Les deux femmes réapparaissent sur l’autre scène quelques instants plus tard. La Force aide à introduire le spectacle, dans de magnifiques harmonies. Puis, Feist prend les choses en main seule.

Et elle offre une excellente performance. L’expérimentée Néo-Écossaise, dans sa jolie robe blanche, est ce qu’on appelle une rock star (ou, disons, folk star). Elle a la voix, les mélodies, le jeu de guitare intempestif et l’attitude.

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La chanteuse tente le plus possible de s’adresser à l’auditoire en français. Elle est sincèrement touchée d’entendre les Montréalais chanter par cœur les mots de ses chansons — comme s’il n’était pas évident que sa prolifique carrière d’une dizaine d’années puisse lui offrir de tels moments.

La toile de fond intimiste est idéale pour ce moment de magie qu’offre Leslie Feist. Le public distrait (et, donc, bruyant) en arrière de la foule ou les petits pépins techniques au niveau du son en début de performance n’ont su troubler cet agréable moment.