Norman Fucking Rockwell ! Le titre à lui seul est intrigant. Surtout lorsqu’on sait que c’est Lana Del Rey qui nous le présente. En juillet dernier, la chanteuse annonçait la sortie de ce sixième album, qui paraît demain. C’était l’événement le plus attendu de l’automne musical, selon la liste annuelle du Billboard. Voici pourquoi.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

Celle que le public chérit

Lana Del Rey, l’artiste glamour à l’aura tragique, à la voix envoûtante, aux références nostalgiques à la culture pop américaine. La poésie mélancolique est si imprégnée dans son œuvre qu’on ne lui reconnaîtrait pas une musique trop lumineuse. Les admirateurs se passionnent pour le personnage torturé, mais il n’est pas seulement question de rendre le tragique romantique. Lana Del Rey raconte ses histoires tristes avec un certain génie, par cette pop triste que d’autres ont adoptée depuis (Lorde, Billie Eilish). Alors, lorsque Lana Del Rey dit que son prochain album est en route, pour beaucoup, c’est un peu Noël avant l’heure.

Qui est Lana Del Rey ?

PHOTO MARIO ANZUONI, ARCHIVES REUTERS

Lana Del Rey signe quelques autographes pour ses admirateurs, à Hollywood. 

Lana Del Rey est multiple. Elle se qualifie elle-même de « gangsta Nancy Sinatra » un jour, dit vouloir être « déjà morte » un autre, s’affiche souvent fragilisée par les dévastations de l’amour, mais également forte face aux ravages infligés à son cœur.

On ne sait plus trop différencier Lana Del Rey d’Elizabeth Grant, la native de New York devenue Del Rey dans les années 2000.

On a manifestement affaire à un personnage, mais jusqu’à quel point ? L’artiste a déjà laissé entendre dans le passé qu’elle a traversé, elle, Elizabeth, de très sombres périodes. Sauf que tout ce qu’elle chante n’est pas ce qu’elle vit…

Elle affirme à Billboard dans une entrevue publiée ce mois-ci que sa vie en tant qu’Elizabeth n’a en fait rien à voir avec les mots que chante Lana.

Les personnages se confondent, se complexifient et, inévitablement, deviennent de plus en plus intéressants.

Cinq albums, beaucoup de succès, beaucoup de haine

PHOTO JEWEL SAMAD, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Lana Del Rey à son arrivée au gala des prix Grammy en 2018 

Avant le succès de Born to Die (2012), la chanteuse (sous le nom Lana Del Ray) a fait paraître un premier album, en 2010, qui est passé inaperçu.

Mais depuis qu’elle est connue, Lana Del Rey est souvent critiquée. Parce qu’on soupçonne la chanson Video Games de ne pas vraiment avoir été autoproduite, comme la chanteuse l’a prétendu.

Parce qu’elle a toujours démenti avoir eu recours à la chirurgie plastique et que certains refusent de la croire.

Parce que sa chanson Get Free sonne vraiment beaucoup comme Creep, de Radiohead.

Parce qu’elle parle beaucoup d’un amour si fort qu’elle ne pourrait vivre sans l’homme auquel elle voue cette passion (ce qui n’est pas une façon très féministe de dépeindre la femme dans un couple, ont grondé certains).

« Parfois, en tant que femme, si vous n’êtes pas facile à déchiffrer, vous êtes considérée comme une folle », observe-t-elle en entrevue avec Billboard.

Qui est Norman Rockwell ?

PHOTO DON EMMERT, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Portrait de Frank Sinatra par l’illustrateur américain Norman Rockwell

Un célèbre illustrateur américain, mort en 1978.

Pourquoi avoir intitulé l’album Norman Fucking Rockwell ! ? Les deux artistes, Del Rey et Rockwell, ont en commun cette exploration du rêve américain, lui dans ses dessins, elle par sa musique.

Dans la nouvelle chanson Venice Bitch, elle nomme l’artiste dans un couplet.

Alors qu’elle testait des harmonies avec le nom du peintre, en studio d’enregistrement, Del Rey a décidé que son album prendrait ce titre.

Pas de longues réflexions, juste une décision subite : Norman Fucking Rockwell !

Des extraits pour patienter

PHOTO CHRIS PIZZELLO, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Le producteur et guitariste Jack Antonoff a remporté quatre prix Grammy en carrière. 

« Un album folk avec une petite “twist” surf. » Voilà comment la musicienne décrit Norman Fucking Rockwell !

Ou du moins ce qu’elle a voulu créer lorsqu’elle a décidé de s’associer avec Jack Antonoff, membre des groupes Bleachers et fun, lauréat de quatre prix Grammy, que l’on connaît aussi pour ses collaborations avec Taylor Swift et Lorde.

Au moment d’écrire ces lignes, plusieurs extraits avaient déjà été distillés.

Ne serait-ce que par la voix aérienne de Lana Del Rey, on n’échappe pas à cette atmosphère un peu lugubre qui la suit au fil de ses disques.

Mais c’est bien vrai, la « twist » musique de plage californienne est là. La reprise de Doin’ Time, du groupe ska Sublime, est d’ailleurs l’affirmation suprême de cette nouvelle influence.

Looking For America

Autre avant-goût du nouveau chapitre de Lana Del Rey, un vidéoclip en deux parties de neuf minutes sur les chansons Fuck It I love You et The Greatest.

Déjà, elle ne reçoit que des éloges. Ce fut également le cas lorsque, dans l’urgence, elle a sorti Looking For America.

Peu après les tueries au Texas et en Ohio, début août, Lana Del Rey a publié sur Instagram cette chanson radicalement politique, qui ne figure pas sur l’album.

IMAGE FOURNIE PAR INTERSCOPE

Norman Fucking Rockwell !, de Lana Del Rey

Le titre (maintenant offert sur toutes les plateformes) raconte qu’elle cherche encore les États-Unis qu’elle aime, dont elle rêve.

Une Amérique « sans les armes, où le drapeau peut voler librement », « sans bombes dans le ciel ».

Pop alternative. Norman Fucking Rockwell !. Lana Del Rey. Polydor, Interscope. Offert demain