Le temps ne semble pas avoir d’emprise sur Lenny Kravitz. C’est un peu moins vrai pour sa musique, mais on convient que son rock funky vieillit très bien. Après avoir été privés de sa visite pendant près de 11 ans, ses fans québécois pourront en juger par eux-mêmes, vendredi prochain à Montréal et le lendemain à Trois-Rivières. Une chose est sûre, le musicien de 55 ans est en pleine forme.

Pierre-Marc Durivage Pierre-Marc Durivage
La Presse

« J’ai vraiment hâte de jouer au Québec, j’ai envie de faire vibrer les gens, nous a dit l’auteur-compositeur-interprète en faisant référence au titre de son plus récent album Raise Vibration. Et j’ai toujours conservé de bons souvenirs du Canada ; c’est d’ailleurs ici que j’ai reçu mon premier disque d’or pour Let Love Rule. »

Au moment de notre entretien, lundi dernier, le musicien savourait les derniers jours d’une pause de deux mois avant d’entreprendre le troisième et dernier volet d’une tournée marathon qui, à terme, l’aura mené dans près de 100 villes en Europe et dans les Amériques. Les spectacles du Québec devraient reprendre la formule de ceux donnés par Kravitz en Europe au printemps, en faisant davantage de place aux chansons du nouvel album, qui a connu un beau succès en Europe, bien qu’il soit passé plus ou moins inaperçu chez nous. « Les gens ont très bien accueilli les nouvelles chansons, ils les acceptent pour ce qu’elles sont, nous a dit le chanteur new-yorkais. Pour notre part, on a vraiment du plaisir à les jouer, c’est comme si on les interprétait depuis des années. »

Même si Raise Vibration a une saveur plus funk, Lenny Kravitz insiste pour dire qu’il n’a pas cherché à se réinventer. Il proteste d’ailleurs quand on lui demande s’il a pensé à un public plus jeune en composant les chansons de l’album, sorti il y a presque un an. « Je fais ce qui m’inspire », a-t-il affirmé.

Je ne pense pas à qui que ce soit quand je compose, je ne vise pas un public en particulier. J’ouvre mon esprit créatif, il s’agit simplement de m’exprimer par la musique.

Lenny Kravitz

Lenny Kravitz est néanmoins conscient que son rock ne résonne plus aussi fort qu’en 1993, à l’époque où Are You Gonna Go My Way cartonnait sur les ondes des radios qui se gavaient de guitares bien grasses. « Est-ce que le rock va revenir au premier plan ? Je ne crois pas, a suggéré l’auteur du tube Rock and Roll Is Dead. C’est le far west en ce moment ; les jeunes jouent de tout, c’est donc une question de conserver un bon équilibre de styles. Mais bien sûr que le rock fait encore partie de l’équation ; il y a beaucoup de jeunes qui jouent du rock, beaucoup veulent apprendre à jouer de la guitare, ils veulent maîtriser cette forme d’expression. »

Aller voir Kravitz et sa bande sur scène pourrait d’ailleurs être une bonne idée pour les jeunes qui veulent s’inspirer des meilleurs. En plus d’une pétillante section de cuivres, le groove est assuré par la fluide et percutante bassiste Gail Ann Dorsey, ancienne complice de David Bowie. Toutefois, c’est encore une fois Craig Ross qui retient l’attention sur scène, probablement l’un des guitaristes rock les plus sous-estimés de sa génération. Associé à Lenny Kravitz depuis près de 30 ans, il a participé à l’écriture de plusieurs succès du chanteur et a contribué au processus créatif de Raise Vibration. « C’est à la fois un musicien de génie et une magnifique âme, a affirmé Kravitz. Je remercie Dieu de pouvoir compter sur lui. Il est comme un prolongement de moi-même, comme un bras ou une main supplémentaire. Sur la scène ou en studio, on n’a pas besoin de se dire quoi que ce soit, tout se fait naturellement. Et au-delà de tout, c’est mon meilleur ami. »

Lenny Kravitz ne sent donc absolument pas le besoin de jouer d’autre chose que de la guitare sur scène, même s’il a pris l’habitude d’enregistrer la plupart des instruments quand il est en studio. Il s’est déjà installé derrière la batterie en spectacle dans le passé, mais il restera à l’avant-scène cette fois. « J’ai un très bon groupe, alors je joue de la guitare, c’est ce que je fais de mieux, a-t-il dit. Je ne dis pas que ça n’arrivera plus jamais. En fait, je vais certainement rejouer d’autres instruments sur scène un jour. Évidemment pas tous en même temps, à moins que l’on trouve une façon de me cloner ! »

Lenny Kravitz, le 30 août à Montréal au Centre Bell et le 31 août à Trois-Rivières à l’Amphitéâtre Cogeco