Nos vies sont jalonnées de premières fois… et certaines sont plus marquantes que d’autres. Chaque vendredi au cours de l’été, une personne nous raconte quel impact une décision ou un événement a pu avoir sur son existence.

Sarah Rahmouni
La Presse

Tout droit sortie de l’église, c’est dans un cabaret de son quartier de Cleveland, aux États-Unis, que la chanteuse Michelle Sweeney, qui poursuit sa carrière à Montréal, s’est produite pour la première fois sur scène, à l’âge de 15 ans.

La chanteuse se souvient encore de ses jambes tremblantes, qu’elle a tenté de dissimuler en dansant sur scène, mais aussi de l’air ébahi des membres de sa famille assis dans la salle. Avant de monter sur scène d’un pas décidé ce jour-là, elle s’était longuement préparée à interpréter And I’m Telling You, I’m Not Going de Jennifer Holliday, qu’elle avait répétée, en boucle, seule dans sa chambre. Sa performance a épaté toute la salle.

La carrière de Michelle Sweeney a pris son envol quelques années plus tard, après son arrivée à Montréal en 1985, notamment grâce à l’ancien propriétaire du cabaret House of Jazz, Georges Durst. Le défunt « roi de la nuit » au Québec lui a donné accès à des scènes mythiques du jazz de la métropole, comme le Bijou, le Monte Carlo ou le Rising Sun.

Michelle Sweeney ne se voit pas seulement comme une chanteuse de jazz. Elle trouve l’étiquette trop réductrice. Chez elle, en Ohio, c’est d’ailleurs le soul, un style afro-américain dérivé du gospel et du rhythm’n’blues (R&B), qu’elle a d’abord maîtrisé. « Le gospel a été mon premier amour », confie-t-elle. Elle se souvient encore d’entendre résonner dans l’église les airs de Jesus Loves Me. Le soul l’inspire toujours, dit-elle, même si, à l’époque, il ne lui avait pas ouvert toutes les portes.

Après son premier tour de chant, son oncle Melvin a fait la tournée des restaurants et cabarets du quartier pour la présenter aux différents propriétaires. Avec un succès mitigé.

Un jour, au Kinsman Grill de Cleveland, l’artiste de funk Michael Calhoun a assisté à l’une de ses performances. Son verdict : « Close but no cigar ! » (« Presque, mais pas tout à fait ! ») « Je m’en souviendrai toujours », lance Mme Sweeney en riant aux éclats.

« On ne me laissait pas chanter en début de soirée, on attendait toujours le départ des premiers clients pour me laisser la scène, juste au cas où. »

La jeune adolescente s’est mise à répéter sans arrêt dans son garage. « Je chantais la même chanson plus d’une centaine de fois par jour », jusqu’à se mettre toute la maison à dos, explique-t-elle. Un travail ardu qui a fini par porter ses fruits : « Tu es devenue un cigare Montecristo », lui a un jour dit une amie de longue date.

Michelle Sweeney se souvient aussi de ses premières apparitions sur scène, quand sa grand-mère, Edna Mae Butler, l’encourageait… à sa façon. « Si le bon Dieu te l’a donné, il peut te le reprendre », disait la femme de caractère à propos de son talent. Le sourire aux lèvres, Michelle Sweeney explique qu’il n’y avait rien de tel pour lui redonner confiance lorsque la nervosité s’emparait d’elle.

Mais le bon Dieu a été clément avec elle et sa voix l’a menée dans plusieurs villes du monde, jusqu’à Montréal, où elle a partagé la scène avec plusieurs grands noms. Et où elle a donné naissance à ses deux enfants, Keena et Michael Sweeney.

Ces jours-ci, on peut l’entendre régulièrement à la Maison du jazz de Laval. Pour elle, monter sur scène est une vocation. Au-delà d’un divertissement, le jazz est un art puissant, dit-elle, qui l’a toujours soutenue dans les moments les plus difficiles. C’est cette force qu’elle veut transmettre à ceux qui viennent la voir sur scène.