Grande nouvelle pour les fans de Fred Fortin : il sort aujourd’hui un album intitulé Microdose. Douze morceaux de rock brut gossés en solitaire dans le bois, destinés à nourrir son spectacle en formule homme-orchestre.

Alexandre Vigneault Alexandre Vigneault
La Presse

Il a « l’angoisse facile », qu’il dit. Il ne faut donc pas trop s’étonner que Fred Fortin dise que, lorsqu’il fait de la musique, il cherche moins à se casser la tête qu’à avoir du fun. Sur scène avec Galaxie, seul en formule homme-orchestre ou quand il monte à son chalet-studio du Lac-Saint-Jean et qu’il allume ses machines pour sculpter de nouvelles chansons en ne suivant que son instinct d’artisan.

« Je décroche vraiment [là-bas]. Ici, à Montréal, je n’ai pas de local. J’ai une petite pièce au sous-sol, mais ma fille est à côté. Quand on peut m’entendre, je paranoïe, avoue-t-il. J’haïs ça. » Son refuge au Lac-Saint-Jean, c’est sa bulle de création. Pas d’oreilles indiscrètes, pas de jugement. Sauf le sien.

Fred Fortin n’avait pas vraiment le projet de faire un disque quand il est retourné dans le bois pour échafauder de nouvelles chansons. Il songeait à un EP, peut-être, mais surtout à amener un peu de neuf au spectacle homme-orchestre qu’il promène encore un peu partout cet automne. « J’en ai eu assez pour faire un album », dit-il.

Du personnel aux personnages

L’idée de départ était de faire des « tounes » très personnelles. Il en a fait trois ou quatre sur ce mode-là (« Elles ne sont pas nécessairement sur l’album », précise-t-il), mais est vite parti ailleurs. 

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Le son de son nouvel album est brut, les textes sont rêches et l’approche, directe. « Mon but était de garder ça artisanal », dit-il.

« Même avec ce qui est personnel, je finis par prendre une distance. C’est comme si, au bout du compte, tu ne te souvenais plus que ça vient de toi. »

Microdose est très « premier jet », explique Fred Fortin. Le son est brut, les textes sont rêches et l’approche est directe. « Mon but était de garder ça artisanal », dit-il. Une fois passé la chanson-titre, un morceau léger qui multiplie les clins d’œil au folk ascendant hippie, on a surtout affaire à des morceaux aux constructions complexes, souvent rock, nourris au blues et au fuzz. Cracher en l’air, par exemple, est de ces morceaux qui rincent les oreilles.

On le reconnaît dans Led Zeppline, où il raconte — avec beaucoup d’autodérision — une chicane entre ses enfants. Un peu moins dans Redneck, même s’il dit qu’il a toujours eu des 4 x 4 et des motoneiges. On s’amuse devant certaines tournures de phrases (« Donne-moi une cigarette et je serai le roi », dans King Size). On se demande aussi parfois si Fred Fortin fait exprès d’égarer l’auditeur dans cette galerie de personnages esquissés à la va-vite.

PHOTO FOURNIE PAR GROSSE BOÎTE

Microdose, de Fred Fortin

Pantoute. Il profite juste de sa liberté.

« Dans la chanson québécoise, pendant longtemps, on a eu tendance à vouloir croire ce que l’auteur ou l’interprète dit, qu’il met ses tripes sur la table. Moi, j’ai toujours plus vu la musique comme un véhicule de personnages. Je trouve ça plus provocant. »

Il a déjà eu la volonté de se faire une banque de textes pour ensuite se garder « le fun » de faire la musique. Ça n’a pas duré. « Asteure, je fais plus les deux en même temps. J’essaie de trouver tout de suite mes phrases sur mes mélodies, pour que ça sonne plus naturel, explique-t-il. Tu ne te ramasses plus avec des phrases comptées en pieds. J’aime ça, faire des brisures.

“Si c’est croche, c’est croche”, ajoute Fred Fortin. Il assume. Il aime ce côté naturel, brut. La spontanéité. “Des fois, je ne me pose pas trop de questions, dit-il. J’aime aussi prendre cette liberté-là.”