Si Shawn Mendes est adulé par les jeunes, ce n’est pas pour rien. Sa pop franchement agréable, son talent flagrant et l’allégresse qu’il inspire lorsqu’il est sur scène font très bon ménage. L’idole de l’heure était au Centre Bell, hier, pour le premier de deux concerts en deux soirs.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

À la suite du passage d’Alessia Cara — qui ouvrait le spectacle —, une immense rose au centre du parterre de l’aréna s’est illuminée. Les admirateurs ont compris que leur chanteur favori arriverait sur scène sous peu. 

Le mot « frénésie » n’est pas assez fort pour décrire la passion que suscite le phénomène Shawn Mendes. 

L’élan qu’il déclenche, par la simple promesse de sa présence, est saisissant. Touchant, également. Nous avons pu apercevoir quelques jeunes filles au bord des larmes, sur le parterre.

Les lumières se sont éteintes. Le Centre Bell a vibré. Et quand il est finalement apparu, pour lancer son spectacle avec Lost in Japan, il a donné raison à ses fans qui cherchaient à lui transmettre tant d’énergie. Car, il l’a montré dès les premiers instants (et jusqu’à la toute fin), sa fougue sur scène ne se dément pas.

Chemise sans manches de couleur sombre, jeans serré noir, il démarre avec aplomb, dégageant une assurance frappante. Le sourire toujours accroché aux lèvres (vraiment, près de deux heures durant, il n’a pas arrêté de sourire), il s’en donne à cœur joie. Et quoi de mieux, vraiment, qu’un artiste qui prend un plaisir (contagieux) à être sur scène ?

La coqueluche de la pop est en pleine tournée mondiale de plus de 100 concerts. Et de là-haut, devant cette foule qui l’adore, il a tout l’air d’avoir le fun de sa vie.

Sur un grand écran circulaire incliné derrière Shawn, l’image d’un Shawn géant est diffusée. Si on y ajoute les deux Shawn sur les écrans de chaque côté de la scène, le visage de Shawn Mendes est multiplié par quatre, à la plus grande joie de ses fans. 

Il passe en alternance de sa guitare acoustique à sa guitare électrique bleu poudre. Lorsqu’il ne s’en sert pas, son instrument pend par-dessus son épaule. There’s Nothing Holding Me Back, chante-t-il ensuite, sur le rythme cadencé de ce titre du deuxième album. Le chanteur demande à son public de chanter avec lui. Et puisque ceux qui aiment Shawn Mendes ne l’aiment pas à moitié, le public hurle chaque mot. Pendant ce temps, il saute sur place, secoue la tête en signe d’appréciation, sa chevelure ondulée lui donnant cet irrésistible air de rock star à la mèche rebelle. 

Foule bruyante

« Montréal ! ! ! », lance le chanteur à au moins 50 reprises durant la soirée, déclenchant chaque fois une clameur à en faire trembler les murs. Shawn Mendes est à Montréal (au fait, il adore Montréal, dira-t-il aussi) et ses admirateurs montréalais sont plus que ravis. Ça se sent bien. Même les toutes jeunes filles s’égosillent et chantent à tue-tête. À leurs côtés, des papas et des mamans qui n’auraient peut-être pas été là, n’eût été leur progéniture, semblent eux aussi passer un bon moment.

Mendes se dit très impressionné par l’ampleur de la foule du Centre Bell chaque fois qu’il y met les pieds. Il calme toutefois l’ambiance en enchaînant avec une version lente de Stitches. Le piano qui l’attendait au centre de la scène est ensuite mis à contribution pour Señorita. Encore une fois, le tempo a été ralenti. L’amoureuse de Mendes, Camilla Cabello, avec qui il interprète la chanson en duo, n’est évidemment pas là (bien que les réseaux sociaux aient dévoilé durant la journée qu’elle l’avait accompagné à Montréal). Mais, il va sans dire, il s’en tire parfaitement seul.

Après Mutual, Mendes passe à Bad Reputation. L’écran incliné se rapproche de la scène, la lumière clignote, la guitare électrique et la batterie s’embrasent. Le chanteur aussi, jouant de son aigu avec une maîtrise enviable. Shawn Mendes montre alors qu’il peut aussi agrémenter sa pop d’un peu de rock.

Ce très bon moment laisse place à une interprétation tout en douceur de Never Be Alone, un de ses plus anciens titres.

Il est remarquable que l’artiste, qui vient de célébrer ses 21 ans, puisse déjà puiser dans un répertoire composé de trois albums. Si cette tournée défend son dernier disque, il est allé piocher jusqu’aux premiers essais de sa discographie à plusieurs reprises. Avec A Little Too Much, Life of the Party et une des premières à avoir séduit les oreilles des jeunes fans, Stitches.

La deuxième scène

Après une demi-douzaine de chansons, le Torontois disparaît un instant, et on se doute qu’on va encore comprendre ce que la rose géante faisait là. Mendes ressurgit sur la scène centrale, s’assoit au piano à queue posé au pied de la fleur (faisant écho au visuel de son dernier album éponyme).

« J’ai monté un medley au piano composé de chansons de chacun de mes albums, annonce-t-il. Restez avec moi. » Ses (excellents) musiciens ne l’accompagnent pas, il ne peut s’appuyer que sur son jeu au piano et peut alors montrer qu’il maîtrise parfaitement la situation. 

Isolé sur sa petite scène, ses boucles châtaines retombant sur son front, il partage un beau moment avec ses fans.

Mentionnons ici les bracelets que chaque personne dans la foule s’est fait offrir en arrivant au Centre Bell et qui s’éclairent ou clignotent au rythme des chansons, changeant de couleur au gré des mélodies. Le dispositif, créé par l’entreprise montréalaise PixMob, a été un joli apport à l’ambiance du concert.

De retour devant le parterre, Mendes interprète Treat You Better, le titre parfait pour jouer avec la foule, la faire chanter.

Particular Taste, Where Were You in the Morning et Fallin’ All in You permettent à l’auteur-compositeur-interprète de montrer son nouveau visage, celui qu’il a présenté avec son nouvel album. Moins juvénile, plus (disons-le franchement)… sexy. Les intonations aiguës à la Justin Timberlake sont bien maîtrisées. Le petit solo de guitare fait aussi son effet.

Le moment « rock star »

Alors que la fin approche, Mendes laisse tomber la guitare pour déambuler à son aise sur la scène, et ainsi mieux interagir avec son public. Un public qui en redemande toujours plus. 

Celui qui s’est d’abord fait connaître en publiant des reprises sur internet retourne vers ses premières amours en reprenant I Wanna Dance With Somebody de Whitney Houston, et, en toute fin de spectacle, Fix You. Après une très jolie interprétation du titre de Coldplay, il termine avec In My Blood. La dernière chanson de la soirée a donné le signal pour l’envolée de confettis finale, les classiques jets de glace carbonique et le lancer de la chemise dans la foule. Un dernier moment « rock star ». Une sortie de scène pleine de panache. Nous avons adoré. 

Shawn Mendes est né sous une bonne étoile. Il a la voix, le look, une aisance sur scène qui n’est pas donnée à tout le monde. 

Ces atouts, il sait en tirer parti. Les anglophones ont le mot parfait pour décrire le phénomène : heartthrob. L’idole qui fait palpiter les cœurs. Mais ce qui est bien, c’est qu’il est plus qu’un charismatique chanteur de sérénades. Il sait divertir. C’est un musicien talentueux, qui semble vraiment prendre son pied sur scène.

Il remet ça ce soir au Centre Bell. Le concert affiche déjà complet.