Canadien comme Justin Bieber, Shawn Mendes n’a rien de l’allure un peu mauvais garçon de son compatriote. Au contraire, ce crooner des temps modernes conquiert le grand public par son charisme. Et quelle conquête ! Cinq ans après son premier simple, Shawn Mendes est la sensation de l’heure. Il viendra faire palpiter les cœurs montréalais deux soirs de suite, mardi et mercredi, au Centre Bell. Portrait en cinq temps.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

Propulsé par Vine

On a d’abord entendu parler de Shawn Mendes grâce à la défunte application Vine, qui permettait de publier de courtes vidéos de six secondes, qui jouaient en boucle. C’était en 2013 et le Torontois n’avait que 15 ans. Né en 1998 d’une mère britannique et d’un père portugais, Shawn Mendes a été attiré très jeune par les projecteurs. S’il a d’abord voulu être acteur (il a même auditionné pour Disney… avant de se rendre compte qu’il était trop nerveux pour apprendre des textes), il s’est ensuite tourné vers la musique. Au début de la décennie, il a appris à jouer de la guitare (en regardant des vidéos sur YouTube) ; en 2013, il a publié des reprises sur Vine ; en 2014, il occupait le troisième rang parmi les musiciens les plus suivis sur la plateforme. Et cette année-là, Island Records l’a pris sous son aile. Aussi simple que ça. Poursuivant ses études parallèlement à sa carrière musicale, il a été intimidé à l’école. « Les gens étaient cruels au début », a-t-il raconté au Guardian. Mais ça ne l’a pas arrêté.

Pop adolescente

Le premier album de Mendes, Handwritten, sort au printemps 2014. Numéro un au palmarès Billboard dès sa parution, ce premier opus est une pépite pop dont les mélodies sont tout droit sorties du livre de recettes des succès populaires. Les paroles ne dépeignent qu’une chose : l’amour adolescent. Mais l’auteur-compositeur, qui s’accompagne à la guitare acoustique, sait (très bien) chanter. Après avoir gagné beaucoup d’attention en ligne, c’est le début de la vraie consécration pour le Canadien, qui marche dans les pas d’un certain Justin Bieber. À 16 ans, Mendes devient le plus jeune artiste à classer un de ses albums au sommet du palmarès Billboard depuis Bieber avec My World 2.0 (2010).

Extrait de Stitches, de Shawn Mendes

Des records

En 2016, Mendes réalise son rêve de jeunesse de devenir acteur (il apparaît dans un épisode de la série The 100) tout en sortant son deuxième opus, Illuminate. Sa tournée mondiale subséquente affiche complet en quelques minutes. Les disques d’or et platine pleuvent. Forbes inclut Mendes dans son top 30 des adolescents les plus influents de l’année. Un an plus tard, il prend le troisième rang des plus jeunes artistes à obtenir trois numéros un dans le classement des chansons pop de Billboard. Et puisqu’il est question de records, sa chanson In My Blood, premier extrait de son album suivant, fait de lui le premier artiste à récolter quatre numéros un avant de souffler ses 20 bougies. Les nombreuses entrevues qu’il donne à l’époque tracent le portrait d’un jeune homme qui a gardé les pieds sur terre. Mais succès ne veut pas dire plénitude pour le chanteur, qui se qualifie lui-même de « névrosé ». Au contraire. Au sommet de sa popularité, l’an dernier, il a admis dans un entretien au magazine Rolling Stone que « sa plus grande crainte » était de devenir « sans importance ».

Extrait d’In My Blood, de Shawn Mendes

D’ado à jeune adulte

S’il n’écrit pas toutes ses chansons, Mendes signe tout de même certains de ses succès. À la sortie de l’album Shawn Mendes, au printemps dernier, on remarque que sa voix a gagné en maturité (ce qui risque d’arriver quand on traverse sa puberté tout en devenant une vedette pop), et ses mots aussi. Moins acoustique, plus résolument pop (Bruno Mars et Justin Timberlake semblent avoir inspiré quelques rythmes et inflexions de sa voix), l’opus ne manque pas sa cible. Trois en trois ! Ed Sheeran, Ryan Tedder, John Mayer et Khalid comptent parmi les collaborateurs de l’opus ; le Montréalais Kaytranada conçoit le remix du titre Where Were You in the Morning ?, sorti quelques mois plus tard. Le duo Señorita, chanté avec son amoureuse, Camila Cabello, sort cet été et fait un tabac. Il chante encore et toujours des chansons d’amour – il dira lui-même en entrevue qu’il est conscient d’être perçu comme un « prince charmant » –, mais Mendes a vieilli depuis les années Vine. Il pose en sous-vêtements pour Calvin Klein, se présente sur scène en complet, s’engage auprès de causes caritatives.

Extrait de Señorita, de Shawn Mendes et Camila Cabello

Prince de la pop ?

En avril dernier, Shawn Mendes a figuré sur la couverture du magazine The Observer. En lettres roses sur son portrait, on peut lire les mots « prince de la pop ». Ce titre peut être attribué un peu trop librement. Mais le succès de Shawn Mendes semble en effet le désigner comme digne héritier des Justin – Timberlake et Bieber. Phénomène international, le chanteur est de ceux qui font crier, pleurer et s’évanouir ses fans. Ses vidéos ont été regardées six milliards de fois. Il compte 42 millions d’abonnés Instagram. Chaque jour, des articles sont publiés sur sa vie, privée (surtout) ou publique. La presse a fait ses choux gras de sa relation avec Camila Cabello. Mais Mendes a confié au Guardian en avril dernier que cette popularité est tout ce qu’il connaît. « Si je marchais dans la rue et que personne ne me reconnaissait, ce serait trop étrange », a-t-il dit. D’ailleurs, il s’est donné comme règle de ne jamais refuser de prendre un égoportrait avec un admirateur. Ils seront sûrement des centaines à garder l’œil ouvert dans les rues de Montréal la semaine prochaine…

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DU GUARDIAN

En avril dernier, Shawn Mendes a fait la une du magazine The Observer. En lettres roses sur son portrait, on peut lire les mots « prince de la pop ».

Au Centre Bell les 20 et 21 août

Première partie : Alessia Cara