Parfois, une chanson s’installe dans notre cœur pour toujours. Cet été, des personnalités racontent l’histoire qui se cache derrière une œuvre qui les habite depuis des années.

Samuel Larochelle Samuel Larochelle
Collaboration spéciale

Dans la trame sonore de la vie de la comédienne, chanteuse, metteure en scène et auteure, une chanson se démarque tout spécialement : La Llorona de la chanteuse mexicaine Chavela Vargas, muse de Pedro Almodóvar et amante de Frida Kahlo. « Chavela possède une voix extrêmement bizarre, comme un tremblement de terre, explique Ines Talbi. C’est comme une espèce de vibration incroyable qui fait automatiquement vivre une émotion. Elle se faisait appeler la Piaf du Mexique. »

La jeune femme a entendu la chanson à l’adolescence, alors qu’elle étudiait à l’École nationale de cirque. 

« J’ai fait mon premier numéro professionnel de trapèze sur cette chanson-là, environ huit mois plus tard, dans un spectacle de rue durant l’été. Je l’avais choisie parce que je la trouvais hyper vibrante. »

Automatiquement, la chanson lui rappelle son adolescence, ses années de cirque et l’époque à laquelle elle a été initiée aux histoires de gitans au cinéma, comme dans le film Chat noir, chat blanc du réalisateur Emir Kusturica. L’influence a été si forte qu’elle a elle-même vécu une période de nomadisme en Europe. « J’ai travaillé pendant un an dans un cirque tzigane à Paris. Il y a quelque chose avec ce peuple-là qui m’inspire beaucoup. J’ai l’impression qu’il y a un lien avec mon ADN relié au peuple berbère. J’ai toujours été mystifiée aussi par les peuples autochtones. »

Elle se dit fascinée par les peuples en mouvement, spécialement lorsqu’elle entre en contact avec leur art. « Ils ont une façon particulière d’exprimer leur amour et leur colère. Chavela Vargas possède aussi cette chose très brute que les Tziganes ont. J’aime l’art en relief. Ce qui m’allume dans la vie, ce n’est pas plat ni lisse. »

Toutes ces émotions ont fait leur chemin en elle sans qu’elle comprenne les paroles en espagnol de la fameuse chanson. 

« C’est magique de se faire transpercer par quelque chose de si loin de soi. Cette chanson représente plus que juste de la musique. C’est une voix de femme, comme celle de Björk ou de PJ Harvey, qui représente quelque chose d’inadéquat par rapport à ce que les médias nous transmettent. »

Instinctivement, Ines Talbi sentait qu’elle faisait partie de cette lignée féminine atypique. « À 14 ans, j’étais une petite fille de 4 pi 11 po avec les cheveux crépus qui faisait du cirque. Je savais que je n’entrais pas du tout dans le moule. Je me souviens qu’en découvrant la voix de Chavela et son histoire, je me suis sentie libre et accompagnée. »

Des années plus tard, lorsqu’elle entend la chanson, elle dit revivre quelque chose de doux. « Je suis heureuse d’avoir écouté ce genre de chansons trop intenses beaucoup trop jeune… Je pense que ça m’a créée en tant que femme. En ce moment, je regarde en arrière en me disant que tout ce que j’ai vécu a du sens pour la première fois depuis longtemps. »