Après une soirée quiète orchestrée par The Lumineers au premier jour du festival Osheaga, le duo The Chemical Brothers n’a eu aucun mal à transformer l’île Sainte-Hélène en un vaste et délirant plancher de danse.

Charles-Éric Blais-Poulin Charles-Éric Blais-Poulin
La Presse

Mieux encore, les représentants du big beat britannique — on assume le pléonasme — ont réussi à concilier hédonisme et intelligence grâce à une performance audiovisuelle ambitieuse, faite sur mesure pour les grandes scènes du monde.

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L’élan était pris avec Go, tirée du très pop Born in the Echoes : « No time to rest, just do your best ». Derrière les bricoleurs Tom Rowlands and Ed Simons, des androïdes roses bondissent des trois écrans, comme s’ils sortaient, investis d’une mission, rejoindre notre monde.

A suivi la vraie sommation, puisée à même un poème de la militante Diane Di Prima, par l’entremise d’une voix métallique et répétitive. « Free yourself, free them, dance. » Et la foule de répondre au groove des basses lourdes et des bourdonnements psychédéliques par des déhanchements anarchiques. L’inertie durerait une heure trente.

Après avoir effleuré No Geography, récent album aux tensions pré-apocalyptiques, l’infatigable formation de Manchester a fait un saut d’un quart de siècle avec The Chemical Beats, titre de l’album fondateur Exit Planet Dust (1995), trame sonore de nombreux raves clandestins au Royaume-Uni.

Retour dans ce présent siècle : MAH, présentée sous l’œil d’une étrange créature couronnée, allait libérer des faisceaux rouges et une horde de coquerelles numériques.

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Les clips projetés sur les trois écrans, avec comme thèmes centraux l’anxiété, la performance et l’automatisation — tout de même adoucis par une touche d’humour — répondaient parfaitement à la trame sonore. Humains désespérés, humanoïdes épeurants ou encore combats de superhéros défilaient frénétiquement.

Clou du spectacle : deux gigantesques robots, l’un bleu l’un rouge, sont apparus sur scène au son de Get Up on It Like This, infusé de Hoops, en fin de piste. Le devis technique des diplômés en histoire médiévale était sans doute le plus compliqué qu’Osheaga a dû gérer ce week-end. C’est sans compter les averses de confettis et d’énormes ballons.

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Les frérots chimiques, qui ont assuré des transitions et des envolées impeccables, n’ont pas hésité à sortir des frontières de No Geography, au grand plaisir des fans de la première heure. Pendant Hey Girls Hey Boys, notamment, un cône stroboscopique allait éclairer Tom Rowlands and Ed Simons, jusque-là plutôt effacés derrière leurs consoles et leurs claviers. « Superstar DJ’s » trouvait illico son écho dans la foule : « Here We Go ».

Les quasi quinquagénaires (48 et 49 ans) bidouillaient, levaient le poing ou la main, bref, laissaient presque tout l’espace au génie multimédiatique d’Adam Smith et Marcys Lyall, artistes visuels et collaborateurs de longue date.

Lors d’une telle expérience collective, le spectacle émane presque autant de la foule que des haut-parleurs et des ingéniosités scéniques. L’on pouvait craindre que les festivaliers d’Osheaga ne soient pas exactement le public cible de The Chemical Brothers, mais la communion n’a en rien été entamée par quelque fossé générationnel qui soit. Il y a fort à parier que quelques nouveaux « J’aime » en provenance de Montréal apparaîtront sur la page Facebook des Britanniques.

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Le duo, qui pourrait aisément succomber à l’appel du EDM et accoucher de sons à la mode pour plaire à la jeune génération, préfère perfectionner son big beat. Entêté ? Enraciné, surtout.

À la fois honni et acclamé au tournant des années 1990, le big beat a rendu le « breakbeat » plus digeste en y incorporant des sons familiers : pop, rock, hip-hop, acid house et techno. La récupération du mouvement par la publicité et le cinéma a largement contribué à son essor auprès du grand public.

C’est à regret que nous devions quitter la scène principale pour écrire ces lignes, alors que Galvanize et Block Rockin’Beats étaient toujours au programme.