Quand le chanteur Wesley Schultz et le batteur Jeremiah Fraites, comeneurs de The Lumineers, entourés de leurs quatre musiciens, ont fait sonner les premiers accords de Sleep On The Floor, on pouvait déjà sentir dans l’air qu’on s’apprêtait à voir quelque chose de beau. L’aura qui les entoure exsude une certaine chaleur qui enveloppe tout ce qu’elle atteint. Une douce électricité s’est installée dans l’atmosphère.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

Elle a fait oublier un peu l’amertume ambiante, après l’annulation à la toute dernière minute du spectacle la vedette du reggaeton J Balvin, qu’on attendait juste avant sur la même scène.  

Place aux Lumineers, alors. Trois grandes structures de verres triangulaires entouraient les musiciens. Les pianos et la batterie se dressaient sur un étage de bois. De grands rideaux blancs encadraient l’arrière-scène. Sobre, mais efficace.

Schultz, ses longs cheveux blond-roux disciplinés derrière ses oreilles, vêtu d’un costume sombre et de chaussures blanches, guitare à l’épaule, a enchaîné après Sleep On The Floor sur les accords de Cleopatra. Fraites, derrière sa batterie, portait son habituel t-shirt blanc, monté de bretelles noires, un chapeau Fedora fiché sur la tête.  

« But I was late for this, late for that, late for the love of my life », a chanté Schultz, de sa voix un peu rauque, au trémolo envoûtant (qui sonne parfois comme celle de Marcus Mumford). La balade a fait monter la romance dans la foule. À deux pas de nous, un jeune homme a posé un genou à terre, dévoilant dans une petite boîte une jolie bague montée d’un diamant. La jeune femme en larmes devant lui a dit oui.  

Le côté sombre de The Lumineers

Sur scène, alors que les amoureux célébraient, The Lumineers enchaînait avec un de leurs nouveaux titres, Life in the city. Déjà, ils montraient à quel point leur ton a changé.

Oubliez Ho Hey. Vous savez, cette chanson impossible à se sortir de la tête une fois qu’on l’a entendue ? Le groupe qui nous la chantait pour la première fois il y a sept ans n’a pas hésité à nous l’offrir en milieu de concert hier. C’est grâce à elle qu’il a pu d’abord se démarquer après tout. Mais The Lumineers a bien insisté, tout au long de sa performance, pour nous faire goûter à sa nouvelle saveur. On a bien compris, lorsqu’ils sont sortis de scène, qu’il n’est plus question de seulement les associer à du folk rythmé. Le groupe américain a pris un sombre tournant depuis leur dernier album. Leurs nouvelles chansons donnent toujours envie de taper du pied. Mais donnent aussi quelque peu envie de se rouler en boule et de larmoyer.

S’ils n’ont jamais hésité à parler de cœurs brisés, de dépendance et de déchirement, ils le font maintenant de façon plus affirmée que jamais. Ça leur sied bien. On aime l’évolution de ce groupe qui n’est jamais tombé dans la pop sans personnalité, mais qui, au contraire, atteint de nouveaux sommets.  

Après Submarines, Wes Schultz s’est dit heureux de présenter une autre nouveauté : Leader of the Landslide. Un autre morceau qu’on a hâte de pouvoir écouter de nouveau sur disque. On a alors fait la rencontre officielle de Simon Felice, violoniste, maintenant membre du groupe à part entière. Depuis le départ de Neyla Parkarek, celle responsable du violon jusqu’à l’an dernier, Felice (qui se joignait souvent au groupe durant leurs concerts) a pris l’avant-scène.

C’est elle qui a donné le départ de l’entraînante Scotland. C’est elle aussi qui s’est chargée de préparer la montée en tension aux moyens d’un solo bref, mais enlevant.

Ho ! Hey !

Si le début et la fin du spectacle ont été quelque peu statiques, on a tout de même eu droit à un beau moment scénique lorsque les six musiciens se sont déplacés vers une haute plateforme au milieu de la foule. Ils ont alors offert la magnifique It Wasn’t Easy To Be Happy For You, une des plus belles compositions de leur plus récent essai.

Le public ne connaissait pas les mots (la chanson n’est sortie qu’il y a une semaine), mais a accueilli avec grand enthousiasme cette interprétation émotive.

On en est revenu au tapotement de pied avec Flowers in Your Hear. Toujours perchés sur leur piédestal géant, ils ont retenu l’attention de la foule plutôt distraite depuis le début du spectacle lorsqu’ils sont passés à la fameuse Ho Hey.

On dira ce qu’on voudra, cette chanson est accrocheuse, mais aussi très belle à entendre… quand elle ne joue pas toutes les 10 minutes à la radio.  

Prendre le risque

Après Ophelia, aux accords familiers, que Schultz a interprétée en se frayant un chemin à travers la foule (on lui lève notre chapeau pour la justesse de l’interprétation dans des conditions peu commodes), on a eu droit à Gloria. La chanson, premier simple qu’ils ont dévoilé cette année, très près du son qu’on leur connaissait à fait place à la mélancolique et lugubre (pour ne pas dire déprimante) Jimmy Sparks. Plus tard, Donna — The Lumineers adore nommer ses chansons de prénoms de femmes — a entamé le rappel. Toutes ces chansons sont de leur nouvel album — qui paraîtra le 13 septembre, mais dont tous les morceaux sont dévoilés au fil des mois depuis le printemps dernier.

« Même si on ne joue pas uniquement pour des fans de The Lumineers, on a décidé de présenter beaucoup de nouvelles chansons », nous a confié Wesley Schultz, chanteur du groupe, quelques heures avant de monter sur scène. De cette manière, ils peuvent sonder les réactions de spectateurs dont le cœur ne leur appartient pas encore. Les conquérir aussi.  

C’était risqué. Y aller avec des valeurs sûres aurait peut-être plus fait réagir la foule — un groupe derrière nous discutait en fin de spectacle de leur déception de ne pas avoir entendu plus de « leurs tounes ». Mais ces nouvelles chansons qu’ils ont tenu à offrir, bien qu’elles n’aient pas permis au public de chanter en cœur, sont de vraies perles. Et, somme toute, la foule a semblé beaucoup les apprécier.

En fin de concert, Angela, issue de leur deuxième album Cleopatta (2016) a redonné envie au public de chanter.

De ce temps-ci, le folk nerveux de The Lumineers flirte d’assez près avec le rock pour qu’on ne sache plus trop comment les définir. Mais qui s’intéresse aux étiquettes de nos jours ? Pas eux en tout cas. On le comprend à les voir manier les rythmes fiévreux rappelant les collègues Mumford & Sons, les alternant avec des tons minimalistes et sombres de leurs nouvelles chansons.

Stubborn Love a conclu le tout, avant un rappel pour lequel le groupe avait gardé en réserve leur version de l’exquise Democracy, de Leonard Cohen. Une longue finale pleine de grâce, tout en beauté.