La chanteuse Ingrid St-Pierre lancera vendredi son quatrième album. Oeuvre intime et dépouillée, Petite plage arrive comme une renaissance après un passage à vide d'un an.

Mis à jour le 21 janv. 2019
JOSÉE LAPOINTE LA PRESSE

«Quelqu'un qui écoute ça ne sait pas à quel point il me connaît», dit Ingrid St-Pierre en avouant qu'elle a conçu un album «égoïste». «Chaque toune a été faite pour moi, parce que j'en avais besoin, ou à cause d'une rencontre. Les histoires derrière sont plus grandes que les chansons.»

Le résultat est impudique et à fleur de peau, pourtant on se retrouve dans les histoires sensibles d'Ingrid St-Pierre. Qu'elle parle de son bébé qui ne dort pas (Les éléphants massaï), du noyau familial (Tout ça c'est nous), du deuil de sa grand-mère (L'enneigée), mais aussi de la vieillesse (Les joailliers) ou d'une histoire d'amour hors norme (Les amoureux scaphandres), la chanteuse décrit avec délicatesse des sentiments et des émotions qui peuvent toucher tout le monde.

La première chanson, À la mer, raconte aussi le gouffre dans lequel elle s'est enfoncée il y a deux ans. «J'ai voulu tous les rôles et puis tous les chapeaux/Mais plus rien ne m'auréole quand ma tête est sous l'eau», y chante-t-elle. En entrevue, Ingrid St-Pierre en parle ouvertement: elle a terminé sa précédente tournée «sur les genoux», en burn-out.

«Mon fils ne dormait pas - j'ai passé deux ans à ne pas dormir plus de deux heures d'affilée par nuit. J'ai fait ma tournée pareil, je l'emmenais partout avec moi... puis j'ai frappé un mur. Je ne me plains pas, il y a plein de mamans qui pratiquent toutes sortes de métiers qui vivent la même chose. Mais c'est comme si j'avais voulu prouver qu'avoir une famille n'allait rien changer, que tout pouvait continuer comme avant.»

Ce qu'elle a compris ensuite, c'est que son désir de remplir tous ses rôles comme si de rien n'était exerçait une pression inutile... qu'elle s'était mise sur les épaules toute seule. «Personne ne me demandait ça. Mais à un moment donné, à force de vouloir être parfaite partout, tu te casses la gueule.»

Lumière

Petite plage est donc le témoin de cette année de grandes remises en question, pendant laquelle l'auteure-compositrice-interprète a pensé tout lâcher. De tout ce sombre - «Je ne suis jamais allée aussi profond» - a pourtant émergé de la lumière.

«C'est le disque le plus lumineux que j'ai fait ! J'avais envie d'être vraie et libre.»

Enregistrées dans le studio Wild à Saint-Zénon avec le réalisateur Philippe Brault - «Je ne pourrai plus jamais faire d'album ailleurs» -, ces neuf nouvelles chansons sentent la forêt et l'eau du lac. Et on y retrouve une Ingrid St-Pierre qu'on ne connaissait pas, avec des touches d'électro, des effets dans la voix, des distorsions, et même une surprenante collaboration avec le duo Heartstreets, sur la très ludique Sac banane.

«Je n'avais jamais fait ça. Mais quand tu as peur de déplaire ou de déstabiliser, tu ne vas pas où tu devrais aller. J'écoute beaucoup de Sufjan Stevens, de Bon Iver, et ça s'entend. C'est plus en phase avec ce que je suis, et tant mieux si ça fitte dans l'univers!»

L'auteure-compositrice-interprète n'a jamais cherché à «être cool» - «C'est quoi, être cool?» - ni à connaître son «public cible». Si elle chante, c'est pour les rencontres qui en découlent, pour les bouts de vie que les gens lui racontent.

«C'est un beau métier que je fais. Le lien que tu crées avec les gens... Il y a quelque chose qui se passe grâce à la musique, ils me disent des choses que jamais ils ne m'auraient dites dans un bureau de psy. Des fois, le lien est plus fort et déstabilisant.»

Zen

Plus heureuse que jamais, la chanteuse de 33 ans entreprendra sa nouvelle tournée dans un état d'esprit zen et serein. «Ce ne sera sûrement pas aussi intense que la précédente», dit-elle, affirmant que «la petite Ingrid douce qui ne voulait pas déplaire» est maintenant capable de dire non. Des choix familiaux ont donc été faits, et la tournée sera aménagée pour que tout le monde y trouve son compte.

«Mon chum [le batteur du groupe Random Recipe Liu-Kong Ha, qui est aussi le nouveau directeur musical de Marie-Mai!] ne tourne plus avec moi. Ce sera plus simple pour Polo avec deux horaires différents. Mais j'ai juste hâte de partir, et je veux emmener cet esprit dans le spectacle, qui est de seulement faire du bien au monde et de passer un beau moment.»

Si elle reste surprise d'en être à son quatrième album en huit ans - «Jamais de ma vie je n'aurais pensé en sortir juste un!» -, elle voit d'un bon oeil l'idée de vieillir dans le milieu de la musique. Non seulement sait-elle maintenant qu'on peut être maman et chanteuse tout en étant imparfaite mais heureuse, mais elle assume complètement son âge.

«Je regarde des femmes accomplies comme Ariane Moffatt, Catherine Major, Marie-Pierre Arthur, qui sont des mères, des artistes, des femmes d'affaires. Elles m'inspirent beaucoup et sont belles à voir aller. Je suis fière d'être une maman, d'être une auteure-compositrice-interprète, de revenir avec un album. Je suis fière de ça, et je me donne le droit de le dire.»

Chanson. Petite plage. Ingrid St-Pierre. Simone Records. Sortie vendredi.