Pierre Lapointe clôture en quelque sorte, avec Pour déjouer l’ennui, une trilogie qui s’inscrit dans un même élan créatif, enclenché en 2017. La cohérence tient davantage de la complémentarité que de la similitude.

Charles-Éric Blais-Poulin Charles-Éric Blais-Poulin
La Presse

Il y a eu la tête – le très cérébral La science du cœur —, le corps — le très rock Ton corps est déjà froid en compagnie des Beaux Sans-Cœurs (2018) — et il y a désormais le cœur : un opus de 12 pièces où s’adjoignent mélancolie, finesse et simplicité. Un album par an, pardi.

Le piano ? Très peu. Des guitares, surtout, qui empruntent tour à tour au minimalisme chansonnier de George Brassens et aux airs latins du Buena Vista Social Club. Parfois, les deux familles se rencontrent et font naître, par exemple, la déchirante Le cœur qui saigne, composée par Félix Dyotte. Ce dernier et Amélie Mandeville ont d’ailleurs peaufiné, avec Lapointe, l’un des rares sursauts piano-voix du chanteur iconoclaste, Amour bohème. « La vie serait-elle trop cruelle, pour les amoureux fidèles ? »

La liste des autres acolytes qui ont trimé sur la trame sonore est impressionnante : Daniel Bélanger, Philippe B, ainsi que les frangins Hubert Lenoir et Julien Chiasson, mis à profit sur l’entêtante pièce-titre. Qui encore ? La Française Clara Luciani, qui a manié mots et musique sur le somptueux duo Qu’est-ce qu’on y peut, voué à devenir un classique revisité en direct à heure de grande écoute. « Quand deux corps se séparent, font leurs adieux, que l’on soit pour ou contre, au fond, qu’est-ce qu’on y peut ? »

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Toute énumération de talents établis ne vaudrait rien s’il n’y avait pas, à la clé, une cohérence et une connivence dans le ton. Si Pierre Lapointe s’en charge en partie grâce à une livraison plus sereine qu’à l’habitude, un autre homme a su tisser des toiles esquissées dans des paysages sonores bien distincts, de Rio à Paris, en passant par La Havane. Cet homme, Albin de la Simone, a visiblement — ou plutôt « audiblement » — réussi à modérer les influences afin de ne pas entamer le fil conducteur : une succession de ballades douloureuses et nostalgiques sur les petits et grands moments qui déçoivent.

Petit couac : Amour ou songe, sciemment naïve, détonne et siérait davantage à un film d’animation de Disney qu’à ce neuvième album studio.

Sans surpasser le disque phare La forêt des mal-aimés (2006), Pour déjouer l’ennui trouvera sa place parmi les œuvres indémodables du chanteur consacré.

★★★★

Chanson. Pour déjouer l’ennui. Pierre Lapointe. Audiogram.