Diane Tell lancera vendredi Haïku, nouveau disque réalisé par Fred Fortin qui s’inscrit parfaitement dans sa longue et fructueuse carrière. L’auteure-compositrice-interprète et productrice nous a parlé de ses nombreux aspects à travers six chansons.

Josée Lapointe
Josée Lapointe La Presse

La rencontre improbable

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La première chanson du disque, Vie, est aussi la première des trois chansons que Fred Fortin a écrites pour Diane Tell. « Il m’a envoyé ça, je ne l’avais même pas sollicité. “Je suis une rivière sortie de son lit, une bossa de l’Abitibi…” J’ai lu ça et je me suis dit OK, c’était vraiment le gars du Lac qui rencontre la fille de là-bas. » Conquise, elle lui a demandé s’il voulait réaliser son nouvel album. D’abord parce qu’elle a « une immense admiration pour l’originalité de son travail », mais aussi parce qu’elle s’est dit que la rencontre entre leurs deux univers pouvait être intéressante. Diane Tell assure d’ailleurs que leurs points communs sont plus nombreux qu’il n’y paraît. « Déjà, on aime tous les deux être au chalet, on est assez solitaires, un peu sauvages, on a tous les deux une mélancolie profonde. Aussi, on a un grand besoin de liberté et d’autonomie, et on doit toujours faire des tounes. Puis, la cerise sur le sundae : on a le même nom de famille ! » Bref, la parenté est totale. « Quand je lis les textes des chansons qu’il m’a données, c’est comme s’il avait lu dans mon âme tellement je me sens proche de ces mots-là. »

Les textes

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Une grande attention a été portée aux 12 textes de l’album. Trois chansons, dont la très belle Rien, ont été écrites par Slobodan Despot, un écrivain suisse d’origine serbe que Diane Tell a rencontré sur un plateau de télé et qui est devenu son ami. « Je lui ai demandé s’il avait des poèmes dans ses tiroirs, et je les ai mis en musique sans changer la moindre virgule. » Étrangement, toutes les chansons — celles de Slobodan Despot comme les autres — ont la particularité de ne pas être construites selon la structure traditionnelle couplet-refrain. « Il n’y a rien de répété, à peine quelques phrases qui reviennent. Tout le monde a écrit comme ça, sans se donner le mot. » Le résultat est un album très dense, tourné vers le « je » et l’intime. « Ce sont toutes des choses qui parlent de remue-ménage intérieur. »

La voix

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Comme la structure des chansons n’est pas habituelle, Diane Tell a beaucoup travaillé le phrasé et la manière de chanter « pour que ce soit le plus naturel possible, pour qu’on ne sente pas la difficulté, même si ce sont des mélodies difficiles ». Si sa voix est très présente et qu’on a l’impression que la chanteuse mord dans chaque mot, comme dans J’aurais voulu que tu saches, c’est par souci de clarté. « Dans la musique actuelle, les paroles sont souvent englouties sous la musique. Au début de ma carrière, je chantais les mélodies et j’utilisais ma voix comme un instrument, alors qu’aujourd’hui, je chante les mots. Je me mets dans la peau d’une comédienne au lieu d’être musicienne. Ce qui ne veut pas dire fausser ! Mais se pitcher dans les hautes, faire des effets vocaux, des petites dentelles, ce n’était pas du goût de Fred ni du mien. »

L’auteure-compositrice

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IMAGE FOURNIE PAR TUTA MUSIC

L’album Haïku, de Diane Tell

Sur Haïku, Diane Tell a écrit quatre chansons au complet — dont la très délicate Il ne m’aime pas —, ainsi que les musiques de quatre autres pièces. Après toutes ces années, la musicienne cherche encore et toujours à trouver le mot le plus précis, l’accord le plus intéressant, le choix harmonique le plus judicieux. Mais elle n’a certainement pas peur que la source se tarisse. « Je dis toujours que l’inspiration vient en travaillant. Ce qu’il ne faut pas perdre, c’est le goût. Si tu perds le goût, c’est là que ça peut devenir plate, ce que tu fais. »

La réalisation

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Lorsque Diane Tell a donné la maquette de la très expérimentale Spoiler aux musiciens, il n’y avait dessus que la voix et la batterie, « mais aucune structure harmonique », raconte-t-elle. « Quand les gars l’ont écoutée, c’est comme s’ils avaient vu un espace de liberté, et ils sont partis gosser dessus. » Les gars, ce sont Samuel Joly à la batterie, François Lafontaine aux claviers, Joe Grass et Olivier Langevin aux différentes guitares — des musiciens avec lesquels elle a partagé respect, plaisir et amour. « Mais c’est sûr que pour qu’il y ait cette connexion, il faut Fred Fortin à la réalisation. D’abord, ils aiment jouer entre eux, et ensuite, ils ont tellement confiance en lui que s’il leur dit : “voilà, j’ai Diane comme chanteuse et les musiciens, c’est vous”, ils viennent les yeux fermés. Si je les avais appelés un par un, je ne sais pas ce qui se serait passé… C’est Fred qui a orchestré ça. »

La productrice

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Diane Tell est catégorique : si elle est toujours dans le métier et qu’elle peut encore mener à terme un projet aussi ambitieux, c’est parce qu’elle est sa propre productrice. « Ça fait longtemps qu’une grande maison de disques m’aurait mise sur une tablette et m’aurait vendue en saucisson. Je ne leur en veux pas, c’est leur métier. » Diane Tell explique être « aidée par son passé » — elle a racheté depuis longtemps son catalogue —, ce qui lui permet de l’exploiter avec parcimonie et d’être indépendante financièrement. « Mon entreprise est petite, mais autosuffisante. Évidemment qu’il y a une part de sacrifice ! Ça signifie ne pas être propriétaire, ne pas avoir un char neuf, et que la majorité de mes revenus vont sur les productions. » Pour Haïku, pour lequel elle a voulu garder sa signature tout en étant « moderne et contemporaine », Diane Tell a vu à tous les aspects de la production, faisant le choix d’y consacrer plusieurs années de sa vie. « Mon rôle est de me donner les moyens d’engager les meilleurs, et de stimuler leur créativité pour qu’ils me donnent ce dont j’ai besoin et qu’ils soient contents de leur travail. Une productrice, c’est ça. »