« On se marie après 20 ans de vie commune », a résumé Yannick Nézet-Séguin. Une image qui a bien plu aux musiciens de l’Orchestre Métropolitain, qui étaient unanimes hier à saluer l’engagement « à vie » de leur chef.

Jean Siag Jean Siag
La Presse

Des sentiments réciproques

« Il n’y a personne dans l’orchestre qui a peur de cet engagement et il n’y a rien de forcé, nous a dit Yukari Cousineau, violon solo depuis 10 ans et musicienne avec l’OM depuis 21 ans. Il y en a qui comparent le mariage à un emprisonnement. Là, c’est l’inverse, tout le monde est fier et heureux. On est déjà très proches, mais ça nous rapproche encore plus. » Pierre Tourville, altiste à l’OM depuis 2002 et conjoint de Yannick Nézet-Séguin depuis plus de 20 ans, abonde dans son sens. « Ce qui est drôle, c’est qu’en tant que musicien d’orchestre, on est déjà marié à vie, donc c’est comme si Yannick devenait un collègue. C’est comme s’il n’y avait plus de barrières. Et puis, on ne se fera plus demander s’il va quitter l’OM ou s’il va diriger l’OSM », a-t-il laissé tomber en rigolant. Cette relation très forte entre les musiciens et leur chef a été relevée par tous. « Quand on se connaît mieux, on fait de la meilleure musique » a insisté Yannick Nézet-Séguin.

« Ça tombe sous le sens »

PHOTO IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE

Jean-Marie Zeitouni, directeur artistique de l’ensemble I Musici

Jean-Marie Zeitouni, qui dirige l’ensemble I Musici depuis huit ans, n’est pas surpris de la nouvelle. « La relation entre Yannick et l’OM a tellement de cohérence, elle est tellement belle et constructive et humaine que, pour moi, ça tombe sous le sens. Ça dépasse le côté business ou l’effet de mode, on atteint ici un niveau beaucoup plus profond que ce qu’on voit généralement dans notre travail. » Inspirant, le chef de l’OM ? Jean-Marie Zeitouni le croit. « Yannick est tout un chef ! Quand quelque chose l’habite musicalement, il va réaliser sa vision tout en obtenant l’adhésion de tout le monde. Il est seul maître à bord, mais tous ses musiciens ont l’impression de participer. Ils sont aimés, écoutés et respectés, il y a quelque chose de très raffiné dans son leadership. C’est très, très rare. » Est-ce que Jean-Marie Zeitouni aimerait avoir un contrat à vie avec son orchestre ? Le chef rigole. « Je ne voudrais pas leur imposer ça ! »

« Bon pour Montréal »

« C’est sûr que la réputation de Yannick Nézet-Séguin rejaillit sur l’OM », nous dit François Colbert, titulaire de la Chaire de gestion des arts à HEC Montréal. « Sa qualité et sa rigueur artistique profitent à l’orchestre, donc c’est très bon pour Montréal. Mais c’est vrai que c’est rare et audacieux. Ça montre à quel point la direction de l’OM et son conseil d’administration ont confiance en lui. C’est une décision fascinante. Ça devient en quelque sorte son orchestre, même s’il n’en est pas le fondateur. » Y a-t-il un danger dans ce modèle ? « C’est sûr que si, pour une raison ou une autre, il devait quitter l’orchestre, ce serait un grand défi pour l’ensemble de s’adapter à quelqu’un d’autre, après qu’il a mis l’orchestre à sa main. Est-ce qu’il pourrait perdre la touche ? Avec un homme de son envergure, je n’ai pas l’impression que ça arrivera. »

« Une bonne nouvelle » et « un risque de dérive »

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Renaud Loranger, directeur artistique du Festival de Lanaudière

Le directeur artistique du Festival de Lanaudière, Renaud Loranger a lui aussi vanté les qualités de Yannick Nézet-Séguin et la rareté de la démarche de l’OM. « Je pense peut-être à Daniel Barenboim, qui a été désigné directeur musical à vie de la Staatsoper de Berlin, mais c’est très rare, nous a-t-il dit d’Amsterdam. Il faut savoir que Yannick est probablement l’un des trois ou quatre chefs de sa génération les plus demandés dans le monde, donc c’est sûr que cet engagement dans la durée lui permet de garder un lien permanent avec Montréal, avec l’orchestre qu’il a vu grandir. C’est aussi une bonne nouvelle pour le festival de Lanaudière, qui a toujours pu compter sur la présence de l’OM. Ce lien-là est encore plus solide. Mais, tient-il à ajouter, ça vient aussi avec un risque de dérive vers une institution qui se confond avec une personnalité. Disons que la relation de Yannick avec l’OM est particulière et qu’en 20 ans, il a amené l’institution vraiment très loin. Mais en temps normal, il faut que l’orchestre se tienne au-delà de son lien intime avec son directeur musical. »

L’OSM se réjouit pour l’OM

L’Orchestre symphonique de Montréal espérait-il remplacer son chef sortant Kent Nagano par le fougueux Yannick Nézet-Séguin ? Depuis deux ans que les supputations allaient bon train. La direction de l’OSM n’a pas voulu dire si elle avait entrepris des démarches en ce sens, évoquant la confidentialité des travaux du comité de recherche. Mais la chef de la direction de l’OSM, Madeleine Careau, a envoyé ce court mot de félicitations à l’intention du nouveau chef à vie de l’OM. « L’OSM félicite Yannick Nézet-Séguin et l’Orchestre Métropolitain pour ce renouvellement de contrat. Il s’agit d’un développement qui tombe sous le sens compte tenu de l’étroite relation qu’entretiennent depuis plusieurs années M. Nézet-Séguin et l’OM. Nous leur souhaitons du succès dans leurs projets futurs. » Le successeur du maestro Nagano, qui entame ce soir sa dernière saison, n’a toujours pas été désigné. « Aucune décision concluante n’a été prise sur ce dossier », a indiqué la direction de l’OSM.