Le festival Osheaga se met en branle demain sur son site originel du parc Jean-Drapeau, nouvellement rénové. Nos journalistes présentent leurs valeurs sûres et découvertes du week-end à venir.

Charles-Éric Blais-Poulin Charles-Éric Blais-Poulin
La Presse

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

Vendredi

Une valeur sûre : Kurt Vile & The Violators

Le folk-rockeur philadelphien incarne parfaitement le cliché de « valeur sûre ». Membre fondateur de The War on Drugs, qu’il a quitté en 2008 au profit d’une carrière solo, l’auteur-compositeur a su éviter les faux pas malgré un parcours prolifique : huit albums studio en une décennie, dont le récent Bottle It In. Sur scène, le band d’accompagnement The Violators se chargera de donner du tonus aux complaintes intimistes de Vile. Mélodies raffinées, voix flegmatique, guitare parfaitement domptée, penchant marqué pour l’americana (Bob Dylan, Bruce Springsteen, Neil Young) et le rock alternatif (Pavement, Sonic Youth) : le chanteur n’a besoin d’aucun artifice pour combler nos attentes.

Scène de la vallée, 20 h 30

Une valeur sûre : The Lumineers

PHOTO HENRY NICHOLLS, ARCHIVES REUTERS

The Lumineers

The Lumineers compte parmi les noms au sommet du folk contemporain. Mené par le charismatique rouquin Wesley Schultz, le groupe américain chante avec adresse la mélancolie (c’est du folk, après tout) et propose des mélodies brutes, bourrées de guitares, de violoncelle et de piano, tandis que le tempo folk est assuré avec vigueur par la grosse caisse et le tambourin. Les premiers essais de la formation, bien accueillis, avaient une parenté avec ceux des autres stars du genre, Mumford & Sons. Les quelques extraits du troisième opus (prévu pour septembre) penchent vers le côté rock du folk de manière plus concrète – on pense à It Wasn’t Easy to Be Happy for You, à la sauce Bob Dylan. Le groupe est un habitué des scènes montréalaises et devrait encore une fois ravir le public.

Scène de la rivière, 21 h 25

Une découverte : Mitski

PHOTO DAMON WINTER, ARCHIVES THE NEW YORK TIMES

Mitski

Le cinquième album de la musicienne nippo-américaine Mitski Miyawaki, Be the Cowboy, a figuré dans bien des palmarès de fin d’année en 2018. L’électron libre de la pop-rock indé reste trop peu connu en comparaison de ses qualités musicales et prosodiques. Sur scène ou sur disque, la chanteuse cultive les contrastes grâce à une galerie de personnages : textes sombres et airs dansants, faciès placide et générosité scénique, domination et fragilité… Toujours, la voix planante de Mitski, auréolée de mystère, berce les naufragés du cœur sur une instrumentation riche et complexe. Courez-y !

Scène verte, 19 h 40

Une découverte : Tom Walker

PHOTO PATRICIA DE MELO MOREIRA, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Tom Walker

Né en Écosse mais ayant grandi à Manchester, Tom Walker est sorti des frontières du Royaume-Uni grâce à sa chanson Leave a Light On. Alors que le clip de cette pièce a cumulé 123 millions de vues sur YouTube, on pourrait se demander pourquoi il figure dans notre section découverte. C’est que le « meilleur espoir britannique » des BRIT Awards 2019 n’en est qu’à ses premiers pas. Mais son premier album, What a Time to Be Alive, sorti au début de l’année, renferme un potentiel indéniable. Sa voix est convaincante, sa musique riche fusionne pop, folk et un soupçon de reggae. Il ne vient pas d’inventer la roue, mais c’est efficace. Le grand gaillard interprète des chansons presque exclusivement très sombres, mais la lourdeur est compensée par des mélodies variées et entraînantes.

Scène de la montagne, 13 h 40

Samedi

Une valeur sûre : The Chemical Brothers

PHOTO ROBERT ALTMAN, ARCHIVES INVISION/ASSOCIATED PRESS

The Chemical Brothers

Les frangins chimiques s’amènent à Montréal au mitan d’une tournée audiovisuelle qui collectionne les comptes rendus dithyrambiques. Rare survivant du big beat, le duo a, qui plus est, un solide neuvième album à défendre, l’apocalyptique No Geography. La proposition électro-futuriste de Tom Rowlands et d’Ed Simon, avec ses explosions irrépressibles, se prête à merveille aux foules festivalières et aux débordements scéniques. Laissons à The Chemical Brothers ces derniers mots : « Free yourself, free me, dance. »

Scène de la rivière, 21 h 20

Une valeur sûre : City and Colour

PHOTO JACK PLUNKETT, ARCHIVES INVISION/ASSOCIATED PRESS

City and Colour

Dallas Green, le Canadien derrière le projet City and Colour, n’a pas lancé d’album depuis 2015. De retour pour quelques concerts avec son ancien groupe Alexisonfire (aux antipodes de City and Colour), il a ravi les fans de son côté post-hardcore, mais ceux qui apprécient surtout son folk n’ont pas eu beaucoup de chance. La récente sortie de deux extraits est toutefois un très bon présage. Un nouvel album ne saurait tarder. Et avec celui-ci, une tournée s’amorce lentement cet été par quelques présences sur la route des festivals, dont à Osheaga. Selon ce qu’on a entendu du nouveau matériel de City and Colour, la voix vaporeuse et contrôlée de Green résonne encore aussi fort, ça donne toujours envie de pleurer, mais l’acoustique a fait place à plus d’électrique et de batterie. Quoi qu’il en soit, Dallas Green est un musicien de grand talent et City and Colour sur scène, ce n’est que du beau.

Scène de la rivière, 19 h 20

Une découverte : Yellow Days

PHOTO FRAZER HARRISON, ARCHIVES GETTY IMAGES/AGENCE FRANCE-PRESSE

Yellow Days

Méconnu à l’extérieur des frontières britanniques, le charismatique Yellow Days pose peu à peu les bases d’une carrière internationale prometteuse. George Van Den Broek, de son vrai nom, enrichit sa pop lo-fi de soul, de R&B et de blues. Fruit d’une génération do-it-yourself, le chanteur âgé de seulement 19 ans s’est fait connaître en disséminant sur SoundCloud de poignants récits sur le passage à l’âge adulte. Après avoir livré un EP et un puissant premier « long jeu » paru en 2017, Is Everything Ok In Your World ?, l’homme-orchestre à la voix séculaire est mûr pour du neuf. Ce concert sera l’occasion de mesurer le chemin parcouru et d’anticiper celui qu’il reste à tracer.

Scène des arbres, 18 h 50

Une découverte : King Princess

PHOTO RICHARD SHOTWELL, ARCHIVES INVISION/ASSOCIATED PRESS

King Princess (à droite), avec Mark Ronson sur la photo

Pour ceux qui se sentent interpellés par l’association des mots « pop » et « rétro », la jeune King Princess pourrait être la découverte du week-end. À 20 ans, Mikaela Straus sait exactement ce qu’elle veut, musicalement parlant. Fille d’un ingénieur du son, elle a grandi dans un studio d’enregistrement et s’est lancée en musique l’an dernier, en pleine possession de ses moyens. Multi-instrumentiste surdouée (elle s’est fait offrir un contrat par Virgin Records – qu’elle a refusé – à l’âge de 11 ans), la protégée du producteur Mark Ronson s’est définie dans un genre qui sied à la perfection à ce que demande le monde de la pop : frais, engagé, avec une touche rétro divergente de la masse. Icône montante de la nouvelle génération pop, elle met de l’avant son combat pour les personnes queers, n’hésitant pas à en faire le sujet de ses chansons.

Scène de la rivière, 15 h 55

Dimanche

Une valeur sûre : Childish Gambino

PHOTO CHARLES SYKES, ARCHIVES INVISION/ASSOCIATED PRESS

Childish Gambino

Donald Glover (alias Childish Gambino) sait à peu près tout faire dans le domaine des arts. L’acteur-scénariste-humoriste-DJ-producteur-rappeur américain fait beaucoup parler de lui ces dernières années, lorsqu’il sort un clip-choc (This Is America) ou lorsqu’il lance soudain un film qu’il a coécrit et dans lequel il joue (Guava Island). Peut-être parce qu’il joue en permanence avec toutes ses identités, il est difficile de définir Donald Glover le musicien. Sur son plus récent album, Awaken, My Love !, il a tâté du funk et de la soul, faisant une sorte de retour dans le passé de la musique afro-américaine. Trois ans plus tôt, Because the Internet flirtait davantage avec le hip-hop. Une constante s’impose : Glover a l’audace de critiquer avec véhémence les États-Unis qui l’ont vu grandir. On se plaît à imaginer comment il fera la transition entre ces genres une fois sur scène. Une chose est certaine, ce sera explosif.

Scène de la rivière, 21 h 35

Une valeur sûre : Tame Impala

PHOTO AMY HARRIS, ARCHIVES INVISION/ASSOCIATED PRESS

Tame Impala

Le groupe australien Tame Impala, fortement responsable du renouveau du rock psychédélique, est attendu du pied ferme dans l’île Sainte-Hélène. Après un crescendo de trois albums sans fausse note, la bande de Perth a récemment égrené les simples Patience et Borderline, extraits d’un nouvel opus à paraître dans les prochains mois. Le leader et chanteur Kevin Parker n’a pas l’habitude de « casser » de nouvelles pièces en concert, mais quelques inédits pourraient se glisser parmi les hymnes hypnotiques The Less I Know the Better, Feel Like We Only Go Backwards ou encore Let It Happen. De mauvaises langues croient que les collaborations récentes de Parker – Mark Ronson, ZHU, A$AP Rocky – annoncent un quatrième album platement commercial. Gardons la foi…

Scène de la montagne, 20 h 15

Une découverte : Bad Child

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE L’ARTISTE

Bad Child 

Le Torontois Bad Child n’a pas encore sorti d’album. On ne connaît de sa pop alternative électro que les quelques extraits qu’il a fait paraître dans la dernière année. Et c’est suffisant pour se rendre compte que le jeune homme a beaucoup à offrir. On trouve chez Bad Child un peu d’Alt-J, un peu de Lany (un groupe californien présent à Osheaga l’an dernier qu’il ne ferait pas de mal de garder à l’œil) et un peu de la voix d’Hozier. Bad Child a trouvé la musique, qu’il a apprise par lui-même, à la mort de sa mère. Une force particulière exsude de ses chansons. En attendant l’album, pourquoi ne pas profiter de sa présence à Montréal ?

Scène de la vallée, 13 h

Une découverte : Nilüfer Yanya

PHOTO PAUL HUDSON, LICENCE CREATIVE COMMONS

Nilüfer Yanya

La jeune Britannique, formée au piano à l’école classique, n’a qu’un seul album à son actif, mais tout un : Miss Universe. Issue elle aussi de la génération SoundCloud, Nilüfer Yanya écrit des chansons depuis l’âge de 6 ans et s’est mise à gratouiller la guitare après six autres années de vie. Pas étonnant que la pop retorse de la chanteuse de 23 ans dégage autant de confiance et de liberté : nombreuses voix off, inquiétante étrangeté, plongeon dans les années 80, contorsions vocales bien dosées, nécessaire révolte contre les absurdités contemporaines, guitares voraces et insoumises. Voici une rare chance de voir Yanya avant que le buzz devienne phénomène.

Scène de la montagne, 13 h 40