Heavy Montréal célèbre aujourd’hui et demain sa 10e présentation avec les spectacles de plus de 50 groupes sur quatre scènes au parc Jean-Drapeau. C’est la plus grande messe métal au pays et l’une des plus importantes en Amérique du Nord. La programmation est plus que jamais variée, à l’image des quelque 60 000 festivaliers attendus ce week-end. 

Pierre-Marc Durivage Pierre-Marc Durivage
La Presse

Éric Jarrin, qui va sauter sur scène demain après-midi avec ses potes du groupe québécois Despised Icon, pionniers du deathcore, est un bel exemple de ce qui caractérise le métal en 2019. Père de jumelles de 8 ans, il est aussi chef des opérations à ICI Radio-Canada Première. « On n’a plus besoin de se peindre des croix à l’envers dans le front ou de cracher du sang, nous affirme en rigolant le guitariste du groupe. Ça vient démystifier l’image du gros poil méchant un peu abruti. D’ailleurs, le changement qui est survenu est probablement plus générationnel qu’autre chose ; il y avait un côté macho à l’époque qui accompagnait le métal et l’évolution de la société a fini par démonter le stéréotype du métalleux méchant. »

Une réalité qui est constatée par l’organisation de Heavy Montréal qui, signe des temps, accueille les enfants gratuitement en plus de leur fournir des bracelets d’identification spéciaux, entre autres attentions. « En comparaison de plusieurs autres festivals, il y a vraiment des gens de toutes les générations qui viennent à Heavy Montréal, affirme Jean-François Michaud, responsable de la programmation des festivals chez evenko. On crée donc un festival pour toute la famille et on veut que tout le monde soit à l’aise avec ça. »

Certains vont préférer le métal technique, inspiré par le rock progressif que leurs parents écoutaient. Le folk métal fonctionne aussi très bien à Montréal, probablement parce que ça évoque des univers fantastiques à la Game of Thrones, mais aussi parce que les groupes jouent avec des instruments semblables à ceux utilisés en musique traditionnelle québécoise.

François Michaud

Jean-François Michaud souligne aussi la présence cette année du groupe Evanescence, qui a débuté dans les années 90, et de sa leader Amy Lee, qui, selon lui, a eu une influence majeure sur toutes les filles qui ont depuis commencé à jouer dans des groupes métal. « Le groupe a des fans fidèles et a permis de faire découvrir le métal à une nouvelle génération de filles », soutient le programmeur de Heavy Montréal.

Les adieux de Slayer

De son côté, Pierre Lemieux sera l’un des nombreux amateurs présents demain pour voir le dernier spectacle sur le sol québécois du légendaire groupe thrash métal Slayer. Il sera justement aux premières loges en compagnie de son meilleur ami Éric Jarrin, avec qui il a assisté à des centaines de spectacles au cours des 15 dernières années. 

PHOTO FOURNIE PAR PIERRE LEMIEUX

Pierre Lemieux et Éric Jarrin à un concert de métal

« J’écoute du métal depuis l’âge de 7 ou 8 ans, depuis l’époque de l’album Powerslave, d’Iron Maiden, se souvient le directeur de la commercialisation des innovations des Industries créatives et culturelles chez PME MTL. Après quoi je me suis tourné vers le Big Four du thrash metal – Metallica, Megadeth, Slayer et Anthrax – et plus tard vers des groupes plus hardcore comme Pantera et Sepultura. À l’époque, on disait que c’était la musique de gens troublés ou poqués, alors que ce n’était absolument pas le cas ! On n’était pas des criminels ou des gens qui broyaient du noir, c’est juste qu’on aimait ça et que c’était bon. Aujourd’hui, on est des papas et des professionnels, mais on adore encore ça ! Bon, on est trop vieux pour les mosh pits, mais on aime encore ça, headbanger ! »

Si Pierre Lemieux soutient que c’est l’énergie brute qui émane du métal qui est venue le chercher quand il était ado, c’est la complexité musicale de certains groupes qui est venue renforcer cet amour au cours des dernières années. Et le programme proposé cette année par Heavy Montréal lui plaît tout particulièrement, tout comme à Éric Jarrin. « Je ne suis pas campé dans un seul style de métal, j’aime aussi le stoner rock, le glam, je peux écouter toutes sortes de choses, affirme-t-il. La programmation de Heavy Montréal répond à l’ensemble de mes goûts, et ça démontre qu’il y a un engouement pour toutes les formes de métal au Québec. »

Les choix d’Éric Jarrin et de Pierre Lemieux

Slayer

Incontournable. C’est encore bon, j’écoute encore ça et c’est en plus leur dernier show au Québec. En mode festival, sur une grande scène, l’énergie est encore plus palpable. On va se dire au revoir, je ne serais donc pas surpris que les fans soient très démonstratifs.

Pierre

Rivers of Nihil

Leur dernier album est celui que j’ai le plus écouté en 2018. C’est un groupe de ti-culs dans la vingtaine, mais leur son est assez mature et ils sont musicalement très développés.

Éric

Anthrax

Ils jouent encore aussi bien que quand ils avaient 20 ans. Ils ont du fun et sont toujours restés fidèles à leur style, même s’ils se sont retrouvés un peu plus à l’ombre.

Pierre

Ghost

Tête d’affiche du samedi, ils ont une mise en scène vraiment impressionnante, des décors et des costumes. C’est plus léger comme métal, ça frôle le pop métal – on sent même des influences d’ABBA ! – mais mes filles aiment bien, je vais les emmener voir ça.

Éric

Despised Icon

Évidemment, je ne peux pas manquer le show d’Éric. Mais ça reste tout de même un des très bons bands sur la programmation, ils sont excellents en concert, surtout sur une grande scène en plein air.

Pierre

Knocked Loose

Des petits nouveaux à surveiller. C’est du hardcore punk du Kentucky que j’ai entendu sur des playlists et j’ai vraiment hâte de voir ça live. Des jeunots qui n’ont l’air de rien, je ne suis pas sûr qu’ils ont 20 ans !

Pierre