Jusque-là au sommet du mont Royal, l’Orchestre Métropolitain (OM) passe cette année à son pied, promettant d’y atteindre ce soir de plus hautes cimes encore

Natalia Wysocka
La Presse

« Notre cadeau annuel aux Montréalais. » C’est ainsi que Yannick Nézet-Séguin décrit le concert de l’OM à la montagne. Une tradition née il y a six ans qui, pour le chef, représente une façon de dire merci. « Merci à tous ces gens qui nous soutiennent à l’année, merci à tous ceux qui viennent nous voir pour la première fois. »

Pour la première fois, d’ailleurs, ce « concert gratuit d’été » se déroulera non pas devant le chalet du Mont-Royal, mais non loin du monument à sir George-Étienne Cartier. Nous mettons des guillemets à « concert gratuit d’été » puisque Yannick Nézet-Séguin se dit depuis longtemps opposé à l’idée que cette description soit systématiquement synonyme de « petites pièces pas trop longues ». 

Après tout, il fait soleil, le temps est bon, qui veut se prendre la tête avec du sérieux, de l’étoffé ? Eh bien, des milliers de personnes. Et c’est par vagues qu’elles déferlent à l’événement chaque année, malgré la chaleur, malgré les vacances, malgré tout. Au point que les lieux sont incapables de toutes les accueillir. « Cette fois-ci, il n’y a pas de limite au nombre de gens, nous assure le chef, lorsque nous le rencontrons à la sortie d’une répétition. On attend tout Montréal ! »

Et à quoi Montréal doit-il s’attendre ? À entendre, notamment, la majestueuse Symphonie n5 de Tchaïkovski. « L’une des plus grandes symphonies du répertoire, d’une durée de 45 minutes. Jouée en plein air. Ce n’est pas rien ! »

Pas rien, non plus, le Boléro de Ravel, classique des classiques, qui met si bien en valeur tous les solistes. 

Pour donner de l’émotion, il faut présenter ce que l’on aime, remarque à ce sujet le chef. Nous avons tous des goûts très éclectiques. Les musiciens, moi aussi. Mais le Boléro vient me chercher d’une façon différente.

Yannick Nézet-Séguin, chef de l’Orchestre Métropolitain

Différente puisqu’il s’agit de l’une des pièces qui a donné à Yannick Nézet-Séguin le goût de pratiquer ce métier. Vous avez peut-être vu passer cette vidéo maison dans laquelle il dirige avec verve les effectifs de l’œuvre bien-aimée au son d’un enregistrement. Il est placé devant un mur coloré, il porte un nœud papillon, il semble absolument ravi. Il a 10 ans. « Ça remonte à loin ! », s’esclaffe-t-il.

Depuis ce temps, celui des années 80, il a présenté la pièce composée en 1928 tantôt avec l’OM, tantôt avec le Philadelphia Orchestra. « Mais je n’ai pas eu le temps de m’en lasser », assure-t-il.

Comment le pourrait-on ? Car il s’agit là d’émotion à l’état pur. C’est d’ailleurs cette dernière, l’émotion, dans sa forme plurielle qui promet de marquer l’événement d’aujourd’hui. Celle que les musiciens ressentiront, celle qu’ils nous transmettront.

Animé par Pénélope McQuade, dont le maestro admire « l’énergie, l’éclectisme, l’ouverture », le concert promet aussi de vibrer de cette unité qui a fait la signature de l’ensemble. Ensemble, voilà du reste un mot qui tient à cœur au maestro. « On dit souvent qu’un chef doit tirer le meilleur des gens autour de lui. Mais pour moi, tirer le meilleur, c’est avoir le sentiment que nous sommes tous dans la même équipe. La musique gagne alors en confiance. En humanité. »

Et encore une fois, ce soir, nous risquons d’être des milliers à le constater.

L’OM au pied du mont Royal, ce soir, à 20 h, près du monument à sir George-Étienne Cartier, à l’angle des avenues du Parc et des Pins