Bellifontain d’origine, gadjo français établi dans la grande région de New York, le guitariste virtuose Stéphane Wrembel a entrepris de revoir en profondeur l’œuvre de Django Reinhardt, décédé en 1953. En témoignent quatre albums excellents de son cru, sous la bannière The Django Experiment, chacun sortis un 23 janvier, ce qui coïncide avec l’anniversaire de naissance du fameux manouche.

Alain Brunet Alain Brunet
La Presse

En voilà l’illustration sur scène : mercredi au Gesù, nous étions conviés à une rencontre très éclairante sur la djangologie selon Wrembel et ses musiciens. Les exécutions au programme furent rigoureusement orthodoxes pendant une bonne partie de cette heure et demie, plus créatives dans la conclusion.

Génie de l’harmonie, Django avait intégré le vocabulaire de l’impressionnisme français - Debussy, Ravel, Fauré, Satie... Dans cet esprit, il avait a composé 17 «préludes» sans les nommer ainsi. Et c’est pourquoi Stéphane Wrembel a d’abord joué trois de ces préludes. Improvisation no 1, «appel, envolée et conclusion onirique» ; Improvisation 2, «plus proche des univers fantastiques» ; Echoes of Spain, «mémoire, jeunesse, rêve, souvenirs, périphérie vibratoire d’Espagne».

Après quoi les accompagnateurs montent sur scène : Ari Folman Cohen, basse, Thor Jensen, guitare, Nicholas Anderson, batterie. Leur employeur nous cause alors valse musette des années 20, école de la nuit où Django apprit son métier alors qu’il était prépubère, ce qui nous mène à l’exécution de Montagne Sainte-Geneviève et Gin Gin… composées à l’âge de 12 ans! Le portrait sera complété par une fusion réussie de la valse Indifférence de Tony Murena (française) et la Valse de Wasso (manouche), beaucoup plus rapide.

Arrive le swing dans les années 30, Django s’appropriait le fameux rythme américain et l’adaptait à la musique française... Devant nous, c’est l’occasion de jouer Dinah, comportant des solos alternés des guitares et de la basse. Puis c’est l’incontournable Nuages, jouée dans les règles de l’art. Puis on observe les origines indiennes et nord-africaines de Django dans sa pièce Les flots du Danube, interprétée avec plus de liberté.

La dernière séquence sera plus actuelle : Bistro Fada, le thème composé par Wrembel pour le film de Woody Allen Midnight in Paris. Dernier sursaut swing avec I’ll See You in My Dreams, le tout conclu par une autre composition originale, train d’enfer assortie d’une coda intitulée Carbone 14. Le public en a redemandé jusqu’à l’Improvisation no 5 jouée par Wrembel comme un seul homme… Docteur ès djangologie!