Une écoute superficielle mènerait à croire que le groupe Butcher Brown se vautre dans la nostalgie jazz funk des années 70-80.

Alain Brunet Alain Brunet
La Presse

Et puisque cette musique a depuis longtemps migré vers les plateaux de télévision et les cabinets de dentiste, elle est aujourd’hui sans intérêt. Restons prudents avec ces observations dans le cas qui nous occupe : Butcher Brown n’a strictement rien à voir avec quelque gel antiseptique.

Ce qu’on entendait mardi en fin de soirée au Gesù n’avait pas cette mince couche de vernis qui fait reluire les musiques surannées, ce groupe rejetait clairement toute allure proprette inhérente au jazz fusion devenu fusak.

On était clairement ailleurs, dans le Deep South états-unien. La sueur dégoulinait de ces charges rythmiques et propositions harmoniques, de sensibilité sudiste… Quelque part entre Booker T Jones, Steve Cropper et les Headhunters de Herbie Hancock, Butcher Brown suggère un style rétro-nuovo pas piqué des vers.

Marcus Tenney, sax ténor, trompette et rap, Morgan Burrs, guitare, Corey Fonville, batterie (on l’a entendu la veille aux côtés du chef afro-amérindien Christian Scott aTunde Adjuah), Andrew Randazzo, basse, Harris Devonne, claviers.

Inspirés, doués, musicalement éduqués, rompus au groove, sans autre prétention que de celle de souder la southern soul et le jazz funk de pointe, ces superbes musiciens ont pour laboratoire les Jellowstone Studios de Richmond, Virginie. Pas New York, pas L. A., pas Chicago, pas Atlanta… Richmond !

On vous recommande d’ailleurs l’opus Camden Session, paru l’an dernier sous étiquette Geabox. La résultante sur scène est d’autant plus épidermique, contagieuse. Insistons : bellement sale.