De France, Biréli Lagrène a débarqué dans notre île comme un seul homme. Venus à sa rencontre mardi au Gesù, ses fans finis savent fort bien qu’il existe si peu de guitaristes manouches et gadjos (non gitans) ayant atteint cette maîtrise. Stochelo Rosenberg, Tchavolo Schmitt, Angelo Debarre, Stéphane Wrembel, Joscho Stephan, Samson Schmitt.

Alain Brunet Alain Brunet
La Presse

Le niveau d’exécution de la guitare manouche a bien changé depuis la mort prématurée de Django Reinhardt en 1953, artiste fondateur du style. Des générations d’interprètes et improvisateurs se sont succédé depuis, Biréli a maintenant 52 ans et demeure un des chefs de file de cette expression. Pas tout à fait, doit-on préciser : l’expression de ce surdoué se situe bien au-delà du jazz manouche.

De passage à Montréal pour 48 heures bien tassées, il s’amène sur scène sans accompagnateurs. Sa guitare acoustique est assortie d’un microphone interne, cet instrument de luthier s’inspire des fameuses Selmer que préférait Django Reinhardt à l’époque où il sévissait dans le Hot Club de France aux côtés du violoniste Stéphane Grapelli.

Tenue relaxe, t-shirt et pantalons sport, Biréli s’assoit sur une chaise droite. D’une simplicité désarmante, il cause à ses fans sans micro, comme s’il était dans leur salon. Il leur confie n’avoir rien préparé et que, s’il l’avait fait, ils se seraient probablement ennuyés.

Le supravirtuose préfère ainsi se surprendre lui-même, pour reprendre ses dires. Pendant une heure vingt de musique improvisée, il y parviendra : composition en direct assortie de nombreuses citations de standards connus - All The Things You Are, The Entertainer, tant d’autres.

Ces balises permettent à son public de s’orienter à travers son récit, et lui permettent de déployer sa mirobolante technique. Merveilleux amalgame d’harmoniques, notes étouffées, accords, riffs, mélodies brillamment articulées, jeu simultané de lignes mélodiques et progressions d’accord.

Bien au-delà du style manouche et autres formes de jazz (moderne ou fusion), surgissent des éléments de folk, bluegrass, rock, blues. Si ces choix stylistiques ne sont pas étonnants en soi, ce qu’en fait Biréli l’est totalement !

L’enchaînement de ces techniques, la perfection de l’articulation mélodique en haute vitesse, les recherches de timbres, les changements de réglage, quel buffet ! Vers la fin de sa prestation, il entreprend d’enregistrer des suites d’accords à l’aide d’une pédale de boucle (loop), au-dessus desquelles il exécute des mélodies improvisées à une vitesse folle.

Aurez-vous déduit que les rappels étaient pleinement mérités. Ç’aurait pu déraper dans le cabotinage et le spectacle, ce ne fut pas vraiment le cas… un peu quand même… mais le tout servi sans sans pompe ni affectation.

La série manouche se poursuit mercredi au Gesù avec Stéphane Wrembel, et jeudi avec notamment Samson Schmitt (guitare), Pierre Blanchard (violon), Ludovic Beier (accordéon)