Le rappeur Tizzo remporte cette année le Prix de la chanson SOCAN grâce à son titre On fouette. Le hip-hop québécois remporte la victoire pour la deuxième année de suite. C’est le plus récent gage d’une scène « foisonnante » et de plus en plus visible.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

« L’industrie impose parfois ses choix au public, d’autres fois, le public convainc l’industrie qu’il y a des choses qu’elle ne peut plus ignorer, qu’elle aime ça ou non, observe Geneviève Côté, chef des affaires du Québec et des arts visuels de la SOCAN. C’est ce qui est en train de se passer avec le rap. »

Une nouvelle génération plus ou moins underground se démarque, de Tizzo à FouKi en passant par Naya Ali, Obia le Chef, 5sang14 ou Zach Zoya. L’an dernier, Loud a remporté le même Prix de la chanson. Avant ça, seul Koriass, en 2012, avait mené le hip-hop jusqu’à la victoire depuis la création du concours en 2006.

Le rap est « foisonnant et très vocal » en ce moment, dit Geneviève Côté. Alors le milieu s’adapte, rend ses frontières moins hermétiques à la vague de hip-hop québécois qui se répand dans la province. Par exemple, il est plus ouvert à ce que les contenus soient en « franglais », souligne Mme Côté. « Le métissage aussi commence à s’établir », ajoute-t-elle, donnant à titre d’exemple le rappeur MB, du collectif 5sang14, qui rappe en français, en anglais, ainsi qu’en arabe. 

En résulte une liste de nommés au Prix de la SOCAN 2019 composée à 40 % de chansons hip-hop et, pour couronner le tout, un rappeur qui remporte les honneurs. 

La compétition récompense la meilleure chanson écrite par un artiste canadien. Tizzo l’emporte dans la catégorie francophone, où il était en lice contre neuf autres artistes. FouKi, Hubert Lenoir, Lydia Képinski et Les Louanges étaient également dans la course. C’est le public, invité à voter en ligne durant deux semaines, qui les a départagés.

Parler de drogue

Si on comprend que le rap fait tomber les murs qu’on avait dressés entre lui et le milieu mainstream, la victoire de la chanson On fouette pourrait tout de même en faire sourciller certains. Le titre, qui met également en vedette Shreez et Soft, ne fait pas dans la dentelle. La drogue est omniprésente, les mots pour en parler sont crus. « Fouetter » signifie à l’origine « vendre de la drogue », même si le terme est maintenant utilisé à toutes les sauces. 

« Ce n’est pas une chanson qu’on apprend à l’école, mais elle joue dans la cour. On voit que cette musique existe et on n’a pas envie de juger. »  — Geneviève Côté, chef des affaires du Québec et des arts visuels de la SOCAN, à propose de la pièce On fouette, de Tizzo

« L’industrie musicale est-elle de plus en plus ouverte à un style moins propret ? Difficile à dire, mais la SOCAN ne voulait surtout pas censurer un titre parce qu’il traite de drogue, affirme Mme Côté. Ce serait ignorer la réalité de ces artistes. Ils parlent de ce qu’ils vivent dans un langage qui est le leur. »

Une écoute attentive des paroles d’On fouette permet de comprendre que Tizzo y parle de cannabis, de cocaïne, mais surtout de son parcours, du temps qu’il a passé derrière les barreaux, de son ambition de réussir en musique et de la mort de son frère.

« Lucy in the Sky With Diamonds des Beatles, Cocain d’Eric Clapton… De grandes chansons abordent la drogue, soulève la représentante de la SOCAN. Et même Gayé, de FouKi… on sait de quoi ça parle. »

Tizzo aborde des sujets difficiles, mais il le fait en français et les jeunes l’écoutent, fait remarquer Geneviève Côté. « La musique francophone n’est ni dépassée, ni pauvre, ni plate, se réjouit-elle. Elle est énergique, jeune, de toutes les couleurs et de toutes les origines. »

Tizzo et ses coauteurs recevront un prix en argent de 10  000 $, un clavier Yamaha PSR-S970, ainsi qu’un chèque cadeau de Long & McQuade