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Les femmes en musique cassent le moule

Sarah Dion fait partie d'un groupe punk entièrement... (Photo Bernard Brault, La Presse)

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Sarah Dion fait partie d'un groupe punk entièrement féminin, NOBRO.

Photo Bernard Brault, La Presse

Josée Lapointe

Le débat sur la parité et la place des femmes a secoué le milieu de la musique depuis un an. Une semaine avant le gala de l'ADISQ, six femmes qui pratiquent des métiers plus ou moins traditionnels nous ont parlé de leur parcours, des préjugés auxquels elles ont fait face - ou non -, mais aussi de leur passion pour leur travail.

«Ouain, ça va pas jouer trop, trop fort ce soir...» Sarah Dion joue de la batterie depuis qu'elle a 10 ans. Des commentaires de ce genre, elle en a entendu toute sa vie - et même encore récemment.

«Une autre affaire que j'ai vécue souvent en tournée: tu arrives dans une salle et les gens serrent la main de tout le monde, sauf toi, parce qu'ils pensent que tu es la blonde d'un des membres du band ou que tu es la fille qui vend des t-shirts. Quand on arrivait au test de son, ils étaient surpris.»

Mais la drummeuse de 27 ans, qui accompagne Émile Bilodeau sur scène depuis bientôt deux ans, précise qu'elle a vu une grande évolution depuis quelques années, tant de la part du public que des musiciens et des équipes techniques. «Le mouvement pro-femmes depuis quelque temps, en musique et en plein d'autres choses, on ne se rend peut-être pas compte, mais ça fait son chemin.»

Le public d'Émile Bilodeau, en tout cas, ne fait pas tout un plat de sa présence, et la musicienne ne sent plus comme avant le besoin de prouver quelque chose.

«Quand j'ai commencé, les gens assumaient en me voyant que je serais poche. J'étais fâchée, mais je gardais ça en dedans et après je jouais encore plus fort et plus vite. J'ai transféré ça en carburant.»

Malgré tout, jamais Sarah Dion n'a regretté son choix d'instrument. «Je ne me suis jamais posé cette question. Et tant mieux si je peux servir de modèle», dit celle qui fait partie aussi d'un groupe punk entièrement féminin, NOBRO.

Sarah Dion, comme la plupart des musiciennes et techniciennes interrogées, ne croit cependant pas à une parité imposée. «J'ai peur que les mauvaises personnes se retrouvent sous le spotlight. En même temps, il faut pousser, sinon ça ne se fera jamais.»

C'est aussi la réflexion de Fanny Bloom. «La parité, ce sera peut-être un passage obligé pour qu'on n'ait plus à y penser. Pour que ce ne soit plus the big thing», dit l'auteure-compositrice-interprète, qui est en nomination à l'ADISQ cette année pour la coréalisation de son disque Liqueur.

Il y a un an, Fanny Bloom aurait trouvé bien insultant qu'on la choisisse seulement en fonction de son sexe. Mais il n'y a pas que du négatif dans la parité, a-t-elle constaté.

«On prend-tu vraiment la place d'un dude? Il y a plein de filles capables de faire plein de jobs, mais on n'a pas tendance à leur tendre la main d'emblée. Il faut casser ça, et c'est ce qu'on est en train de faire tranquillement... En fait, rapidement, je trouve!»

Fanny Bloom ne laisserait jamais tomber son métier de chanteuse, mais elle s'intéresse depuis toujours à la réalisation - elle a coréalisé tous ses albums et n'a jamais senti qu'elle devait en mettre plus pour montrer sa compétence. «On m'a beaucoup validée dans mes idées.» Elle songe d'ailleurs à réaliser son prochain en solo. Mais comment se fait-il qu'il y ait si peu de réalisatrices?

«Peut-être qu'on laissait les places aux garçons parce qu'ils savent donc bien ce qu'ils font. C'est une question de confiance. Plus on va voir de femmes, plus ça va débouler parce que les autres vont pouvoir s'identifier.»

L'auteur-compositrice-interprète Fanny Bloom a coréalisé tous ses albums.... (Photo Bernard Brault, La Presse) - image 2.0

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L'auteur-compositrice-interprète Fanny Bloom a coréalisé tous ses albums. On la voit ici avec Thomas Hébert.

Photo Bernard Brault, La Presse

Ouvrir les yeux

Ce qui est certain, c'est que le débat sur la parité aura servi à ouvrir les yeux et les oreilles des gens. C'est ce que constatent même celles qui n'ont pas vécu de difficultés particulières. 

Sandra Armstrong est directrice de tournée, entre autres pour Ariane Moffatt et Alex Nevsky. «C'est un peu comme de la gérance, mais en spectacle. Je fais l'arrimage entre les diffuseurs et les artistes, et je m'assure que tout le monde soit bien», explique Sandra Armstrong, qui a aussi fondé avec deux associés la compagnie de direction de production Hublot 51.

Si elle n'a jamais senti d'a priori négatif à son égard, et qu'elle a souvent travaillé dans des équipes féminines, elle estime que la dernière année a permis de mettre le sujet en lumière.

«Ce qui est important, c'est de mettre l'accent sur le positif. Maintenant, on a ça en tête. Dans ma compagnie, on engage beaucoup de gens et on est sensibles à cette réalité.» Le débat lui a aussi permis de réfléchir aux biais inconscients «qui viennent de loin».

«La réflexion entraîne la réflexion. Ça va changer à long terme, mais chaque geste compte.»

La bassiste Amélie Mandeville affirme s'être toujours sentie... (Photo Olivier Jean, La Presse) - image 3.0

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La bassiste Amélie Mandeville affirme s'être toujours sentie à sa place dans le milieu musical.

Photo Olivier Jean, La Presse

La bassiste Amélie Mandeville croit elle aussi que le débat sur la parité est utile et que «c'est une question de temps avant que ce ne soit plus une question». On a beaucoup vu la musicienne sur scène ces dernières années: récemment avec Vincent Vallières, mais aussi aux côtés de Pierre Lapointe, Coeur de pirate, Stefie Shock et Ariane Moffatt, entre autres. Elle crée aussi des chansons en solo qu'elle aime lancer pièce par pièce. 

«Marie-Pierre Arthur a été un modèle pour moi», dit celle qui affirme s'être toujours sentie à sa place dans le milieu musical.

«C'est comme dans tous les métiers, il faut faire ses preuves quand on commence. Mais si je peux servir de modèle, ça me fait plaisir. Quand je vois une jeune fille en spectacle qui me regarde avec des yeux admiratifs, je m'assure d'avoir un bon contact visuel avec elle.»

Dans ce milieu majoritairement masculin - «la présence des femmes n'est pas à nier non plus», tient-elle à préciser -, il ne lui est jamais arrivé d'être la seule fille d'une équipe à partir en tournée. «Mais au début, j'étais plus one of the boys. Ma féminité s'est affirmée un peu sur le tard.»

Parler fort

Pour les techniciennes, savoir s'imposer est la seule option. «C'est vrai que je parle fort», dit en riant la conceptrice d'éclairages Catherine Fournier-Poirier, qui déplore cependant que ce soit une condition sine qua non pour faire partie du métier. 

La jeune femme de 28 ans a beaucoup forcé le hasard pour réussir à travailler avec Émile Proulx-Cloutier. Issue du théâtre underground - «C'est vrai qu'il y a des filles éclairagistes en théâtre, mais elles sont plus du côté de la marge, on ne les voit nulle part avec les grands théâtres» -, elle a conçu pour le chanteur les magnifiques éclairages de son spectacle Marée haute. Elle adore son métier pour la liberté qu'il lui donne et l'expression artistique qu'elle y déploie.

En tournée, l'accueil est inégal, a-t-elle constaté. «Des fois ça se passe bien, mais des fois, ça paraît qu'ils n'ont pas confiance. Mais quand ils regardent le show, leur attitude change. Ils viennent me voir après pour me féliciter.»

Il est clair pour Catherine Fournier-Poirier que plus on verra de femmes dans les équipes techniques, plus elles auront envie de se diriger vers ces métiers.

«Des femmes m'ont ouvert la voie, et je veux le faire pour d'autres aussi. Plus on leur donne de premières chances, plus elles vont développer des complicités artistiques.»

Catherine Fournier-Poirier a conçu les éclairages du spectacle... (Photo Olivier Jean, La Presse) - image 4.0

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Catherine Fournier-Poirier a conçu les éclairages du spectacle Marée haute d'Émile Proulx-Cloutier.

Photo Olivier Jean, La Presse

Si le débat sur la parité est nécessaire - «Non seulement au niveau homme-femme, mais aussi de la diversité» -, l'idée des quotas imposés est difficilement applicable, croit Catherine Fournier-Poirier. C'est plutôt la manière d'embaucher qui doit changer.

«On ne se base que sur ton expérience, avec qui tu as travaillé, ce que tu as fait, mais jamais sur ton concept ou ce que t'inspire l'oeuvre. Il y a moyen d'ouvrir le milieu à la diversité, avec de la volonté, sans avoir besoin d'être l'ami de l'ami de l'ami pour y entrer», dit Catherine Fournier-Poirier. 

«C'est vrai qu'il y a beaucoup de camaraderie dans la manière d'embaucher, confirme la sonorisatrice Catherine Sabourin. C'est très politique. Ça dépend aussi avec qui tu as fait le party...»

Catherine Sabourin est une des rares femmes spécialistes du son au Québec. «C'est un parfait mélange de geek et d'artistique. Pour moi, la personne à la console, c'est comme un autre musicien.»

Elle travaille donc «à l'accueil» au Lion d'or - «ma deuxième maison» - et fait aussi de la tournée avec de nombreux artistes: Rosalie Vaillancourt, Maude Audet et Ari Cui Cui, par exemple, ou Jamil pendant plusieurs années. «C'est à lui que je dois mon caractère de tournée!»

Il faut un caractère particulier pour pratiquer ce métier?

«Ça prend des gosses en acier. Le monde n'est pas doux. C'est toujours de la faute du soundman

La femme de 36 ans, qui a fait des tournées du Québec plus d'une fois, a vu le regard des gens changer au fil des années. «Normalement, personne ne s'occupe du son, mais parce que c'était une fille, les gens devenaient plus attentifs. Maintenant, ils sont moins surpris, ils se sont habitués à me voir. Et la prochaine fois qu'une fille va passer, ce ne sera pas nouveau.»

Reste qu'encore la semaine dernière, un groupe de musiciens est arrivé au Lion d'or en lui demandant à quel moment allait arriver le soundman. Regrette-t-elle son choix de métier parfois? «C'est sûr que dans l'année, l'énergie fluctue... Disons qu'il y a beaucoup de soupirs intérieurs.»

Mais elle n'hésiterait pas à encourager une jeune fille qui voudrait se diriger vers ce travail. Surtout qu'elle constate que les nouvelles générations de musiciens sont de plus en plus ouvertes. «Il y a cinq ans, je ne l'aurais peut-être pas fait, mais aujourd'hui, oui. Ça a bougé vite dernièrement. Il y en a de plus en plus, des filles qui travaillent, et qui travaillent bien.» Elle réclame cependant «le droit de se tromper». 

«J'ai croisé à quelques reprises des techniciens incompétents. Mais leur incompétence ne mettait pas en jeu celle de leur genre. J'imagine que ça changera lorsqu'il y aura davantage de filles, pour comprendre que la mauvaise est juste mauvaise et pour avoir des exemples pour relativiser.»




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