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La locomotive hip-hop

Le groupe Alaclair Ensemble en prestation lors de... (Photo François Roy, La Presse)

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Le groupe Alaclair Ensemble en prestation lors de l'événnement Hip-hop 101, au Beachclub de Pointe-Calumet, au début du mois de juin

Photo François Roy, La Presse

La montée du hip-hop au Québec, aussi tardive que fulgurante, transforme de nombreux événements et destinations culturels. Plus que jamais, les rappeurs se fraient une place sélecte sur les affiches tous azimuts. Les programmateurs ont-ils trouvé une nouvelle locomotive?

Le rap entre en gare

Sur la scène, le rappeur FouKi martèle ses rimes accoutré d'un gilet de sauvetage, de brassards gonflables et d'un chapeau de plage. Devant lui, sur le sable blond, des spectateurs légèrement vêtus bondissent et déclament les refrains par coeur, Coors Light ou pichet de sangria à la main.

Quelques minutes plus tard, un animateur s'enquiert: «Levez la main si c'est la première fois que vous venez au Beachclub.» La moitié du parterre, mobilisé de Gatineau jusqu'à Matane, pointe le ciel d'un bleu immaculé en cet après-midi de juin. Parmi eux : Krystel Deschamps et Alex Lamarre, qui ont pris la route uniquement pour la journée Hip-Hop 101, réunion festive d'une dizaine d'artistes phares de la scène «keb». «Ça casse l'image des gros bras qui dansent sur du house», s'accorde le couple dans la trentaine, qui se considère comme «un peu trop vieux» pour le club «balnéaire» de Pointe-Calumet.

«Il y a beaucoup de monde qui connaît le Beachclub par la télé - le paysage, la bouffe, l'ambiance -, mais qui ne l'a jamais consommé, note Jean-Louis Labrecque, directeur de la programmation. Le festival de rap était un moyen pour que ces gens-là prennent leur voiture et fassent le move de venir nous voir.»

«Avec le Grand Prix et le festival électro Ever After [en Ontario] ce week-end-là, on perdait pas mal de notre clientèle de 18-25 ans qui tripe EDM [electronic dance music].»

Juste place

Dans un nombre croissant de manifestations culturelles, le hip-hop agit comme locomotive. Ou, du moins, entre finalement en gare. «Le rap prend enfin la place qu'il méritait», a noté FouKi après son set au Beachclub. Quelques jours plus tard, soit le 16 juin, ce même FouKi était de la distribution étoile de Rapkeb Allstarz, sur la place des Festivals.

Il s'agissait du troisième spectacle hip-hop des plus récentes Francos, après Alaclair Ensemble et Dead Obies, présenté sur la scène principale. Du jamais vu. «Du hip-hop, ça fait au moins 15 ans qu'on en a fait, mais trois shows sur le gros stage, c'était la première fois, et on en est ravis», explique Laurent Saulnier, vice-président à la programmation chez Spectra.

«Ça fait longtemps qu'on suit la scène, qu'on la soutient et qu'on l'encourage. Il y a une espèce d'aboutissement de toutes ces années de travail.» 

Mieux encore, Laurent Saulnier croit que le rap aux Francos a franchi une nouvelle étape non seulement quantitative, mais aussi qualitative. «On commence à penser que le hip-hop se divise en plusieurs familles, avec plusieurs publics. Par exemple, pour moi, ce n'était pas choquant de programmer Alaclair le même soir qu'Omnikrom, TTC et Poirier.»

Selon le mélomane, le Québec est «à peu près le seul endroit au monde où le rap n'a pas encore pris le dessus du pavé sur la musique pop».

Koriass lors du concert Rapkeb Allstarz sur la... (Photo Bernard Brault, La Presse) - image 2.0

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Koriass lors du concert Rapkeb Allstarz sur la Place des festivals, dans le cadre des Francos.

Photo Bernard Brault, La Presse

Public élargi

Or, depuis le tournant de 2010, le hip-hop quitte peu à peu la voie de garage. Certains rappeurs internationaux ont, à eux seuls, influé sur la destinée d'un festival québécois. C'est le cas d'Eminem, qui a mis Osheaga sur la mappemonde en 2011. «On était complets pour la première fois, dit Évelyne Côté, programmatrice chez evenko. Il y a eu un véritable mouvement de foule, et depuis, le hip-hop joue un rôle déterminant.» Les rappeurs Travis Scott, Post Malone et Anderson. Paak., notamment, fouleront les scènes du parc Jean-Drapeau du 3 au 5 août.

En ce qui concerne le festival électro îleSoniq, autre festival du promoteur evenko, Évelyne Côté mise sur la trap - rythmes lents et dansants - made in Atlanta. Encore cette année, une scène sera dévolue au genre le 11 août, avec entre autres Lil Yachty, French Montana et Carnage. «Au début du festival, on invitait seulement les DJ qui remixaient des chansons trap. Maintenant, on invite aussi les artistes qui ont créé ces chansons.»

Le Rockfest, de son côté, a été marqué par la participation de Cypress Hill en 2014, «le moment fort de l'édition», note le fondateur Alex Martel. Depuis, le festival de Montebello programme du hip-hop tous les ans. Le collectif rap métal Prophet of Rage était la tête d'affiche du plus récent rendez-vous. Les rappeurs québécois Brown et Rymz ainsi que le mythique DJ Yella - feu NWA - se sont aussi faufilés parmi les propositions rock et métal.

Malgré des réticences chez certains fans, Alex Martel explique que les vedettes du rap old school siéent à de nombreux fêtards et permettent d'«élargir le public», à un moment où le festival doit revoir son modèle financier.

Selon Laurent Saulnier, de Spectra, le hip-hop est doté d'un important pouvoir d'attraction auprès des jeunes, et les programmateurs doivent impérativement y faire écho. «Les organisateurs ne sont pas cons. Si, ce qu'ils veulent, c'est d'avoir du monde dans leur place, et qu'Alaclair ou les Deado [Dead Obies] peuvent remplir des salles ou des sites gratuits, ils seraient fous de s'en priver. Oui, il y a plein d'opportunismes, mais, au final, c'est juste bon pour la scène.»

Le sourire qu'arboraient FouKi et ses collègues sur la plage de Pointe-Calumet semble lui donner raison. D'ailleurs, le Beachclub mettra le hip-hop à l'honneur encore l'année prochaine, dans une formule rehaussée, a confirmé le propriétaire Olivier Primeau. Pas de doute, l'avenir s'annonce beau et chaud pour le rap au Québec.

Le rappeur Loud, le 7 juillet dernier, sur... (Photo Pascal Ratthé, Le Soleil) - image 3.0

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Le rappeur Loud, le 7 juillet dernier, sur les plaines d'Abraham, dans le cadre du Festival d'été de Québec.

Photo Pascal Ratthé, Le Soleil

D'autres preuves de la déferlante

Woodstock en Beauce, 28 juin au 1er juillet

Smash Hit Combo, Loco Locass, Alaclair Ensemble... Dans les cinq dernières années, le rap s'est faufilé à dose homéopathique dans la programmation de Woodstock en Beauce. Or, cette année, les deux noms les plus en vue sur l'affiche officielle alignaient quatre lettres majuscules: LOUD et RYMZ, deux rappeurs millionnaires sur YouTube dotés d'un public jeune et assidu.

Festival d'été de Québec, Du 5 au 15 juillet

La venue de Kendrick Lamar l'an dernier à Québec a été l'un des moments forts du festival sis sur les plaines d'Abraham. L'événement hip-hop du rendez-vous de cette année mettait en vedette Future, dont le concert était précédé par les prestations des rappeurs Killy, Loud et Lil Yachty. Alaclair Ensemble, FouKi, Zach Zoya, Seba et Horg et Morpheus' Arms ont aussi trouvé une place de choix durant les 10 jours de festivités.

Les Block Party Montréal, 14 juillet, Gatineau 21 juillet

Si le festival Osheaga fait la part belle au hip-hop année après année, c'est aussi le cas de ses rejetons, les événements de quartier gratuits «Block Party». Rymz, Donzelle et Shash'U XXL étaient au programme à Montréal, tandis que Loud, FouKi, Poirier et Marie-Gold sont attendus à Gatineau samedi.

Le Heavy Montreal, 28 et 29 juillet

Tournant majeur pour le festival de métal, qui met à l'affiche deux propositions hip-hop, la formation rap rock Hollywood Undead et le mitrailleur de rimes Tech N9ne. Le choix des programmateurs a provoqué son lot d'insatisfaction parmi les «métalleux» purs et durs sur les réseaux sociaux.

Le Beachclub

La journée Hip-Hop 101, consacrée au rap «keb» le 9 juin, a annoncé un changement de cap artistique dans l'évolution du clinquant Beachclub. La venue du trio trap Migos, le 23 juillet, corrobore les intentions du propriétaire Olivier Primeau pour les prochaines saisons: pousser le rap et repousser un peu l'électro de Pointe-Calumet.




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