Jean-Philippe Fréchette, connu sous le nom d'artiste Navet Confit, loue un espace de création à LaTraque, dans Rosemont. Son (petit) local lui sert à la fois de lieu de répétition et de studio d'enregistrement.

Publié le 14 août 2017
Philippe Beauchemin LA PRESSE

«J'ai beaucoup enregistré ici, dit-il d'emblée. Presque toutes mes pistes sont faites dans ce local, mes prises de son et mon mixage. Je fais tout moi-même de A à Z, parce que les logiciels de création et d'enregistrement sont devenus accessibles dans les dernières années.»

La démocratisation des moyens d'enregistrement a été profitable à certains artistes qui se situent en marge de la consommation grand public. Jean-Philippe Fréchette a pu enregistrer, mixer et réaliser quatre maxis (simplement intitulés  EP1,  EP2, EP3  et  EP4), sept (!) albums, de même qu'une compilation (mixtape).

Productif, le jeune homme travaille visiblement dans l'urgence.

«J'aurais pu attendre d'avoir des budgets d'enregistrement, de déposer des demandes de financement, de chercher un label pour m'aider à entrer en studio. Mais ça aurait pris quatre ans pour sortir quelque chose. Ce ne sont pas juste les conditions d'enregistrement qui comptent, il y a aussi l'impulsion et le goût de sortir des chansons.»

Sélection naturelle

La numérisation des méthodes d'enregistrement a permis à Jean-Philippe Fréchette de devenir l'artiste qu'il est aujourd'hui.

«Quand tu grandis dans l'autoproduction, tu deviens hyper créatif avec pas grand-chose... et c'est une qualité très importante de nos jours. Au Québec, l'artiste se transforme de plus en plus en entrepreneur: il doit trouver de l'argent, s'autofinancer, chercher des contacts, trouver des gens avec qui travailler. Et il doit diversifier ses talents pour survivre, toucher à la réalisation, au montage, au mix, à la prise de son, aux instruments...»

Et rien n'indique que cette situation changera, estime Jean-Philippe Fréchette.

«C'est pour la passion qu'on fait ce métier, parce que l'argent, il se fait rare. Les labels investissent moins, alors l'autoproduction va augmenter et on retrouvera encore plus de gens qui se disent réalisateurs. Mais il y a une sélection naturelle qui s'opère déjà: devenir un producteur indépendant sérieux, ça coûte cher. Un bon ordinateur, une bonne carte de son, un bon programme, des  préamplificateurs, des micros... Ça monte vite.

«Pour moi, le vrai débat du futur, c'est l'impact du streaming sur les redevances versées aux artistes. Il faut se poser la question: comment fera-t-on pour mettre notre culture à l'avant-scène dans cette mer de chansons qui arrivent de partout? On vit une sorte de crise identitaire et il faudra s'attaquer à ce problème.»