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Concours musicaux: ça ne change pas le monde, sauf que...

Le label Bonsound a récemment pris sous son aile l'artiste Safia Nolin, qui a remporté le prix de la meilleure chanson au Festival de la chanson de Granby, en 2012.

Le réalisateur Philippe Brault faisait partie du house band du concours. «ll a tripé sur elle et il m'a envoyé un lien sur Bandcamp», raconte Jean-Christophe Aubry, directeur de Bonsound.

Outre la guitariste et chanteuse, native de Québec (qui lancera son premier album prochainement), Bonsound s'occupe de plusieurs artistes qui se sont fait connaître dans les concours, dont Lisa LeBlanc. Trois ans avant de recevoir un disque platine pour son premier album solo, l'artiste acadienne a remporté le Festival de la chanson de Granby.

Un gage de succès, les concours? Non, répond le directeur de Bonsound. «Je ne cours pas les concours, mais on les suit à cause des journaux, dit-il. C'est un bon outil médiatique et de découvertes.»

Bonsound compte parmi ses protégés le groupe Dead Obies, finaliste aux Francouvertes l'an dernier. Or, Jean-Christophe Aubry avait vu le groupe de la Rive-Sud six mois plus tôt au Quai des brumes, à l'invitation du vice-président à la programmation de Spectra, Laurent Saulnier.

Pour un label, les concours «sont une façon comme une autre de découvrir des artistes». Et pour les artistes, les concours apportent de l'eau au moulin promotionnel, sans le faire tourner tout seul.

«Le buzz de Lisa a commencé à Granby», reconnaît Jean-Christophe Aubry. Selon lui, «le fait qu'un artiste remporte le concours ou non ne change pas grand-chose, mais cela lui donne de la visibilité».

Même si les Soeurs Boulay et Lisa LeBlanc ont gagné des prix de la relève, «n'importe qui travaillant dans la business savait que ça allait marcher», ajoute-t-il.

Participer ou pas?

Des artistes comme Jimmy Hunt évitent de participer à des concours. D'autres décident de s'y faire connaître. Certains les multiplient. La patère rose (ancien groupe de Fanny Bloom avec deux membres de Misteur Valaire) a remporté les Francouvertes en 2008. Cinq ans plus tôt, Fanny Bloom s'était hissée en finale de Cégeps en spectacle, devant Misteur Valaire qui avait pris la troisième place de la finale locale du Cégep de Sherbrooke.

Maritza a voulu faire valoir son talent d'auteure-compositrice-interprète en s'inscrivant aux Francouvertes cette année, 10 ans après avoir été choisie comme interprète dans la première cuvée de Star Académie. Andréanne A. Malette a fait le parcours inverse en participant à la téléréalité quatre ans après son diplôme à l'École nationale de la chanson de Granby.

En 2012, le milieu de la musique ignorait que le comédien Émile Proulx-Cloutier était musicien à ses heures. Il est débarqué à Petite-Vallée, en Gaspésie, avec ses compositions au piano. Il a épaté la galerie et remporté à peu près tous les prix, soit sept récompenses.

Son triomphe a eu des échos jusqu'à Montréal. Il a fallu attendre à l'été dernier avant que le pianiste et auteur-compositeur lance son premier album, Aimer les monstres, porté par un vent d'enthousiasme qui avait commencé à souffler lors de son sacre à Petite-Vallée.

Qui dit concours dit controverse. Quand Bernard Adamus a remporté les Francouvertes devant Alex Nevsky et Monogrenade, en 2011, plusieurs journalistes et représentants de l'industrie ont trouvé injuste la longueur d'avance qu'il avait sur ses rivaux. Adamus avait remporté les grands honneurs à Petite-Vallée, lancé un album (Brun) accompagné d'un bon buzz médiatique et bénéficié d'une réédition avec l'étiquette branchée Grosse Boîte.

À l'époque, Alex Nevsky avait déjà été recruté par le label Audiogram. À la suite de cette 14e présentation des Francouvertes, les organisateurs ont modifié les règlements. La directrice Sylvie Courtemanche avait déclaré vouloir miser davantage «sur les découvertes».

Chacun son créneau

«Chacun des concours a son créneau et son identité. Tu ne vas pas à Granby en espérant obtenir la même chose que les Francouvertes», lance Laurent Saulnier, de Spectra (FrancoFolies, Montréal en lumière, Festival de jazz).

Ce n'est pas tant les artistes qui intéressent Laurent Saulnier dans les concours, mais la réaction du public. «C'est rare qu'un public s'expose autant à de nouveaux visages et de nouveaux sons, souligne-t-il. Le public des concours connaît déjà mieux que moi qui seront les favoris. Le rapport est inversé.»

Outre les concours établis, Laurent Saulnier rappelle l'importance des Word Up! Battles dans le milieu du rap québécois. «Tu arrives là et il y a 12 MC qui ont déjà leur crowd. Tu découvres une autre personnalité des MC. C'est le public qui vote et c'est intéressant à voir.»

À chacun son concours

Dix ans après sa participation à la première année de Star Académie, Maritza a repris la voie des concours en s'inscrivant à celui des Francouvertes en tant qu'auteure-compositrice-interprète. Une décision audacieuse qui lui a donné raison, puisque Maritza - mère d'un bébé - s'est rendue jusqu'aux demi-finales dans un cadre qui reflète mieux sa personnalité artistique.

Q: Disons-le: il fallait beaucoup de courage pour participer aux Francouvertes 10 ans après Star Académie. Pourquoi avoir choisi de t'inscrire à une autre forme de concours?

R: Pour moi, ce n'est pas l'aspect du concours qui fait l'intérêt des Francouvertes, mais la vitrine et la possibilité de se faire découvrir autant du public que des gens de l'industrie. C'est une belle occasion de me révéler en tant qu'auteure-compositrice-interprète, alors qu'à l'époque de Star Académie, j'étais seulement une interprète. L'an dernier, j'ai décidé que je voulais vivre de la musique et que cette fois-ci, je me lançais pour vrai.

Q: Pourquoi as-tu pris une pause dans ta carrière musicale?

R: Même si mon passage à Star Académie date de 10 ans, je sentais que l'étiquette était toujours là, alors que je suis passée à autre chose depuis longtemps... Si je me suis retirée de la scène musicale, c'est que je ne me sentais pas à la bonne place... Avec le recul, beaucoup de remises en question et la découverte de qui j'étais comme artiste, je suis prête à «m'exposer» à nouveau. Mais dans un contexte où je me sens bien avec mes chansons.

Q: Qu'est-ce que les Francouvertes t'apportent par rapport à Star Académie?

R: C'est complètement différent comme expérience. Derrière les Francouvertes, il y a un large réseau qui me ressemble plus que celui de Star Académie. En tant que demi-finaliste, j'ai la possibilité de gagner des prix vraiment intéressants, des bourses et des participations à des festivals [Tadoussac, FMEAT, Osheaga]. J'aime beaucoup l'équipe des Francouvertes et j'y fais la rencontre d'artistes inspirants. Star Académie a confirmé que j'aimais chanter, mais pas à tout prix, et que j'avais beaucoup à apprendre avant de monter sur une scène.

Q: La musique que tu composes est introspective, douce et sensible. À quel point tes goûts et ton approche musicale ont-ils changé depuis 10 ans?

R: Je n'ai pas de formation en musique et en chant. Les dernières années ont été ma véritable école. La musique a été plus présente que jamais dans ma vie. Je me suis ouvert les oreilles. J'ai découvert beaucoup d'artistes: Mazzy Star, Bon Iver, Emily Haines, Cat Power, Feist, Timber Timbre... J'ai aussi écouté beaucoup de musique francophone: Paul Cargnello, Émilie Proulx, Amylie, Peter Peter, Jimmy Hunt, Chloé Lacasse, Philémon Cimon, Dumas... J'ai côtoyé beaucoup de musiciens qui m'ont inspirée et appris des choses. La réalisation de mon mini-album a pris du temps, au terme d'une véritable démarche.

Q: Où en es-tu rendue dans ton exploration musicale?

R: La musique me permet d'exprimer différentes facettes de ma personnalité et d'évoluer. Maintenant, j'ai envie de faire de la musique un peu plus groovy, plus électrique avec une couleur soul, d'explorer autant ma force que ma vulnérabilité. En apprenant à jouer de la guitare et de la basse, je suis devenue plus autonome pour composer, alors c'est sûr que l'album à venir me ressemblera encore plus.

Q: Quel état d'esprit faut-il adopter en participant à un concours?

R: C'est différent pour chacun. Je crois qu'il faut y aller en donnant le meilleur de soi, et en se disant que, peu importe comment ça se passe, ce sera bénéfique autant sur le plan personnel que professionnel.

Q: Qu'est-ce qui attend Maritza après les Francouvertes?

R: Quelques spectacles, mais surtout beaucoup de création et de studio. Je travaille à de nouvelles chansons et, si tout va bien, j'aimerais présenter un album au printemps 2015. Parallèlement à ma carrière solo, j'ai un nouveau projet de groupe francophone qui s'appelle Lisbonne Télégramme avec trois musiciens [François Dufault, Martin Farmer et Éric Rathé, membres de The Blue Seeds]. Nous lancerons un album l'hiver prochain. Et je me souhaite de voyager avec la musique!

Attirer l'attention

Jérôme Couture s'apprête à lancer son premier album le 29 avril. Le succès de son premier extrait, Goodbye Girl, est de bon augure pour la carrière du disque...

Il faut dire que le chanteur de Jonquière a joui d'une belle rampe de lancement grâce à La voix. Le protégé de Marc Dupré s'est rendu en finale de la première mouture du concours télévisé.

Le jeune homme a hésité avant de faire les auditions à l'aveugle, car il craignait d'être étiqueté comme un pur produit commercial alors qu'il avait étudié en jazz.

Il s'est toutefois ravisé devant les avantages d'une participation. «Quand il y a autant de produits sur le marché, il est difficile de dire: «Hey, écoutez-moi! Moi aussi, c'est l'fun, ce que je fais.» Aller sur un plateau aussi écouté que La voix, ça donne la chance de rencontrer le public et de voir s'il aime ça ou non.»

La fougue de Brach

Philippe Brach roule sa bosse depuis cinq ans à travers les vitrines consacrées à la relève. Mais ces jours-ci, le chanteur de 24 ans touche du bois. En plus de lancer mardi La foire et l'ordre, son premier album épaulé par la «grosse machine» de Spectra Musique, le Saguenéen d'origine a obtenu l'une des trois places pour la ronde finale des 18es Francouvertes.

Comment explique-t-il cette lancée? «C'est sûr que, dans les concours, s'il y a un buzz autour de toi, ça risque de t'aider à faire partie des candidats, admet l'auteur-compositeur-interprète en entrevue avec La Presse. Moi, ces concours-là, je les fais avant tout pour aller chercher des ressources.»

Lorsqu'il revisite sa feuille de route, Brach s'arrête sur sa rencontre en 2012 avec Alain Simard, président-fondateur des FrancoFolies, qui l'avait poussé à persévérer après l'avoir vu sur la scène principale du festival. «J'ai réussi à l'étonner et ça a vraiment été le début», raconte-t-il.

Bien qu'il ait été primé à plusieurs reprises depuis deux ans - remportant le premier prix de Ma première Place des Arts (2013) et lauréat de trois prix au dernier Festival en chanson de Petite-Vallée  , Philippe Brach n'a rien perdu de sa signature folk-rock-country qu'on trouvait dans ses premières compositions.

Son parcours a-t-il changé sa perception de la scène émergente ? «Complètement, enchaîne-t-il. Les festivals comme Granby, Petite-Vallée ou St-Ambroise ont compris la notion d'échange entre les candidats. Le fait de pouvoir se retrouver, par exemple, avec 22 participants pendant plusieurs jours à Rouyn-Noranda, ça crée des échanges qui valent énormément pour des artistes de la relève.»

Il classe les autres concours comme les Francouvertes dans une catégorie d'événements «qui s'adressent davantage à l'industrie», même s'il reconnaît leur nécessité. «Tu viens épater la plèbe montréalaise. C'est une carte de visite incroyable, mais je trouve ça moins stimulant.»

La faune au quotidien

Ce premier album, qu'il considère comme «un solide pas vers l'avant», met en relief tous les contrastes de son répertoire. Un carambolage entre le folk intimiste, le rock plus dynamique et les airs groove et country, le tout soutenu par des mélodies délicates ou d'autres qui secouent.

Dans tous les cas, le compositeur ne laisse aucune place au compromis. « Je voulais que ce premier album soit tout sauf disparate », explique-t-il.

Tantôt posé, tantôt divaguant, l'esprit de l'auteur est souvent au lâcher-prise. 

Ses nombreux honneurs, il les doit en partie à son côté bête de scène. L'artiste agrippe d'ailleurs un lynx sur la pochette de son album. Un «trip» qu'il s'est permis pour ce premier opus. «Je fais de la photo avec des animaux depuis tout le temps. Ça ajoute à mon esthétique.»

Cette fougue lui permettra-t-elle de continuer sur cette lancée? On le sent néanmoins prêt à défendre ce premier album sur toutes les tribunes, en particulier sur scène.

Charles D'Amboise

Six concours d'importance

LES FRANCOUVERTES

Existe depuis: 1995

Quelques lauréats: Les Soeurs Boulay, Bernard Adamus, Loco Locass.

Avantages: Tremplin majeur au Québec, les Francouvertes permettent aux candidats de se faire voir par des représentants de l'industrie. Après le concours, les finalistes jouissent du soutien et de l'expertise de l'équipe. La panoplie de prix secondaires multiplie les vitrines pour les artistes.

Limites: Le vote du public compte pour 50 % de la note. Les groupes montréalais peuvent donc être avantagés, tout comme les artistes qui arrivent à remplir la salle. Les participants doivent avoir les reins solides quand ils lisent les commentaires des juges.

Date: Grande finale au Club Soda le 12 mai.

LA VOIX

Existe depuis: 2013

Lauréats: Valérie Carpentier, Yoan Garneau.

Avantages: Tout musicien amateur ou professionnel peut participer à La voix, dont la couverture médiatique n'a pas d'égal au Québec. Si un coach choisit un participant, des semaines d'apprentissage et de conseils précieux l'attendent, sans compter un auditoire de 2,5 millions de téléspectateurs.

Limites: Difficile de se tailler une place parmi 5000 participants. Pendant les auditions, les participants n'ont qu'une chanson pour se faire valoir. Ensuite, le stress est énorme vu les cotes d'écoute de l'émission. Un candidat peut également se retrouver sous l'aile d'un coach qui colle peu à son univers.

CÉGEPS EN SPECTACLE

Existe depuis: 1979

Quelques lauréats: Martine St-Clair, Ariane Moffatt, Vincent Vallières.

Avantages: Il s'agit du concours étudiant le plus prestigieux, qui a révélé autant Isabelle Boulay et Yann Perreau que Ken Scott ou Marc-André Coallier. Il permet aux participants d'acquérir de l'expérience de scène, et il a une portée provinciale.

Limites: Cégeps en spectacle n'a pas la couverture médiatique des autres concours et se déroule dans un cadre scolaire, plus formel. Il donne davantage d'expérience que de visibilité aux participants.

Dates: Grande finale le 26 avril à Joliette.

FESTIVAL EN CHANSON DE PETITE-VALLÉE

Existe depuis: 1983

Quelques lauréats: Catherine Major, Lisa LeBlanc, Bernard Adamus.

Avantages: Les candidats sélectionnés sont encadrés par des artistes connus et suivent des stages de perfectionnement. Ils travaillent loin des grands centres, dans un milieu propice à la création et devant un public qui a soif de découvertes. Le concours idéal pour un auteur-compositeur.

Limites: Huit chansonniers, deux compositeurs et deux paroliers sont mis en vitrine, et non un seul grand gagnant, couronné au terme d'un processus d'élimination. De plus, comme le festival a lieu en Gaspésie, il ne reçoit pas la même couverture médiatique que les concours se déroulant plus près des grands centres.

Dates: Du 27 juin au 5 juillet.

MA PREMIÈRE PLACE DES ARTS

Existe depuis: 1994

Quelques lauréats: Nicola Ciccone, IMA, David Marin.

Avantages: Le concours permet aux candidats de participer à l'émission Ma première Place des Arts, diffusée sur les ondes de MAtv. Parmi les prix à gagner: une résidence à la salle Claude-Léveillée de la Place des Arts, une participation à des événements comme les FrancoFolies et la série Découvertes de la chanson Québecor.

Limites: Une victoire à Ma première Place des Arts est rarement le point culminant d'une «carrière de concours». Il n'est pas rare de voir d'anciens lauréats (comme Philippe Brach, Chloé Lacasse ou David Marin) se faire valoir dans d'autres concours par la suite.

Dates: Du 22 avril au 7 mai.

FESTIVAL INTERNATIONAL DE LA CHANSON DE GRANBY

Existe depuis: 1969

Quelques lauréats: Alexandre Désilets, Dumas, Luc De Larochellière.

Avantages: Véritable institution, le concours jouit d'une réputation enviable et d'un public fidèle. Il ratisse large en récompensant à la fois les interprètes, les groupes et les auteurs-compositeurs-interprètes. En marge du concours, ces derniers ont droit à une formation avec plusieurs ateliers et conférences.

Limites: La participation au stage de formation d'une semaine est obligatoire, donc il faut considérer le concours comme une école. À l'issue des finales, le lauréat et les finalistes s'engagent à être disponibles pour diverses activités relatives au festival.

Dates: Du 3 au 14 septembre.




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