L'album Duophonique, dont la version québécoise sort ce mardi, est né d'une intention bien précise: souligner les 20 ans de la Rochmania en France. «Ce n'est pas le premier album de duos, mais arranger les chansons à la façon classique, ça ne s'était pas fait», explique Roch Voisine assis au beau milieu d'une pièce habitée par des instruments à cordes.

Publié le 27 oct. 2013
Alain De Repentigny LA PRESSE

La mouture française de Duophonique a été lancée outre-Atlantique l'hiver dernier. Au programme, des invités de France, de Patricia Kaas à Julie Zenatti, de Chimène Badi à Élisa Tovati, actrice de son métier et muse de la chanson Et si... créée en sa présence à la fin des années 1990. Mais aussi des chanteuses québécoises qui se débrouillent pas mal merci chez les cousins: Coeur de pirate, Isabelle Boulay, Lynda Lemay et même Véronic DiCaire, une amie de longue date, dont la carrière d'imitatrice a connu récemment le succès que l'on sait là-bas.

Tout ce beau monde a chanté avec Roch Voisine sur des musiques orchestrées par le réalisateur Marc Ouellette, qui a dirigé leur enregistrement par l'Orchestre Filmharmonique de Prague. D'autres voix québécoises, et une belge, se sont substituées à des voix françaises dans la nouvelle version, où l'on retrouve encore Patricia Kaas et Chimène Badi.

Cinéma symphonique

Un album symphonique donc, mais pas au prix de gommer toute le reste. Si La légende Oochigeas commence par une musique proche du cinéma, celle-ci cède bientôt la place à un rock de guitare que jouait déjà le groupe de Voisine sur scène.

«Je pense tout simplement que d'aller full symphonique aurait été une grossière erreur, explique le chanteur. On a le droit de dénaturer un peu une chanson, mais à un moment donné, on passe une limite où on ne la reconnaît plus, où ça ne fonctionne plus très bien. Le but n'était pas du tout de faire un album symphonique, une grande oeuvre susceptible d'être jouée par tous les orchestres symphoniques du monde. C'était de revisiter, de relire ces chansons-là sous un autre jour et de faire des métissages intéressants.»

C'était aussi une petite folie qu'il pouvait se permettre, lui qui adore les musiques de film à grand déploiement et qui cite James Newton Howard ou John Williams pour appuyer son propos. Il ajoute: «Marc Ouellette n'était pas insensible à ça. On avait travaillé ensemble sur les arrangements de chansons de mes albums pop et de mon album de Noël, et on était mûrs pour faire un projet de cette envergure-là.»

L'exercice permettait du même coup de rafraîchir des chansons qui, à l'origine, portaient la marque des claviers des années 1980 et de revenir à la base d'une chanson écrite à la guitare ou au piano. «Un peu comme sur scène où le but n'est pas de reproduire exactement les chansons enregistrées il y a 25 ans, commente Voisine. Tu peux différencier les chansons vraiment fortes, celles qui avaient un charme malgré des arrangements qu'on n'a plus aujourd'hui.»

Les idées nouvelles

Roch Voisine a une confiance inébranlable en Marc Ouellette, ce qui ne l'a pas empêché d'afficher son désaccord à l'occasion. Il cite en exemple les chansons La berceuse du petit diable, que Ouellette a vraiment transformée en berceuse dans sa plus simple expression, clochettes en prime, et Avant de partir, à laquelle il a adhéré quand il a trouvé une nouvelle façon de la chanter. «Avec le temps, j'ai appris à prendre une respiration, à aller prendre une marche et à donner le temps aux idées nouvelles, même si ça m'agressait un peu», dit le chanteur en riant.

Dans la version française de Duophonique, Voisine chantait seul L'Idole qui n'attendait que la participation d'un Patrick Norman pour trouver une nouvelle identité. «L'important dans un duo, explique-t-il, c'est que, quand la deuxième personne arrive, il faut qu'il y ait un frisson. C'est le passage de l'un à l'autre. En fait, le jeu est de chanter ensemble et de se ressembler le moins possible. Un duo bien réussi, c'est ça: deux personnalités complètement différentes qui réussissent à chanter ensemble et dont les voix se marient.»

Aucun hasard

Aucun de ses invités n'a été choisi au hasard ou par simple calcul. Pour chaque chanson, Voisine et son équipe se demandaient quel interprète autre permettrait une conversation plus intéressante, plus fluide. Le chanteur voulait à tout prix éviter le piège des émissions de télé à la française qui «font chanter n'importe qui ensemble. J'ai toujours été contre ça».

Il n'est pas impossible que Duophonique soit transposé sur scène en 2014. Déjà, au moment de la sortie de la version française, des orchestres québécois ont manifesté leur intérêt. La composition des duos pose évidemment un problème de logistique, reconnaît Voisine: «Je peux faire toutes ces chansons-là tout seul, mais l'intérêt de tout ça, c'est peut-être de ne pas donner nécessairement beaucoup de concerts, mais d'avoir un petit groupe d'invités chaque soir, plus ou moins différents.»

Ce n'est pas tout. Les chansons de Duophonique auront bientôt une petite soeur qui devrait être de circonstance à l'approche des Fêtes: «C'est une surprise. Je ne l'ai pas encore enregistrée, mais si tout va bien...»

POP SYMPHONIQUE

ROCH VOISINE ET INVITÉS

DUOPHONIQUE

RV INTERNATIONAL/SÉLECT >EN MAGASIN MARDI

Photo photothèque La Presse

L'album nouvel album de Roch Voisine, Duophonique