Le 14 octobre, Beach House pourrait aisément remplir une plus grande salle que le Club Soda. Choisi pour l'escale montréalaise du tandem dream pop que Victoria Legrand forme avec Alex Scally, l'amphithéâtre affiche complet depuis quelques semaines, parce que Beach House crée une dream pop tout simplement irrésistible.

Publié le 14 oct. 2012
Alain Brunet LA PRESSE

Équilibre idéal entre voix féminine, guitares, sons de synthèse. Mélodies poignantes, romantiques. Goût indiscutable des arrangements, réalisation à la fois simple et subtile. Ce tandem de création homme-femme s'inscrit parmi les meilleurs de la pop de création. On pense notamment à ceux de la génération précédente, Cocteau Twins et Everything But The Girl.

Au bout du téléphone, quelque part au Texas, Victoria Legrand ne passe pas par quatre chemins. Ses réponses sont succinctes, pour employer un euphémisme. Pas de tataouinage. Le ton sera sec d'entrée de jeu, à la limite de la dureté.

«Je parle français, mais je ne veux pas le parler maintenant», dit-elle en anglais lorsqu'on lui demande dans quelle langue elle veut accorder cette interview. «J'aime la langue, remarquez. Je vous assure», nuance-t-elle après avoir exprimé son refus. Nièce de Michel Legrand, elle est plus américaine que française. À ce titre, Beach House a été enregistré à Baltimore.

Quatre albums

On comprendra que Victoria Legrand trouve un peu futile sa propre analyse de la progression de Beach House au fil des quatre albums - sans titre, 2006, Devotion, 2008, Teen Dream, 2010, Bloom, paru au printemps 2012 sous étiquette Sub Pop.

«Lorsque vous écoutez les albums, dit-elle, vous vous rendez compte que chaque album est différent des autres. On ne peut résumer cela par quelques mots, il faut écouter pour ressentir. Tout ce que j'en dirais ne pourrait résumer l'affaire. Il faut plutôt écouter, et constater que tout y a été ressenti et absorbé naturellement, via le subconscient d'Alex ou du mien. Je crois tout simplement à une évolution graduelle puisque nous avons suivi la même piste.»

«Nous n'avons pas fait un album de rap après en en avoir fait un de country, poursuit-elle. Les changements n'ont pas été draconiens, ils ont été naturels. C'est évident à l'écoute, mais difficile à expliquer avec des mots ou des couleurs - noir, blanc, orange, rouge. Nous produisons des bruits heureux, sons graves. Nous faisons de la musique, point. Chacune de nos chansons a son existence propre, relève d'une histoire unique.»

Modeste et autonome

Lorsqu'elle se dresse devant la marée humaine, la maison de plage se veut modeste et autonome.

«Au fil du temps, nos spectacles ont été peaufinés avec une bonne dose de délicatesse. Nous nous sommes assurés que notre présentation sur scène resterait en phase avec l'univers musical que nous avions imaginé en studio. Dans cette optique, Alex et notre éclairagiste ont créé un concept de scène que j'estime spécial. Bien sûr, ça n'a rien à voir avec un spectacle de Kanye West, c'est plutôt un format abordable, qui repose sur le système «démerde». Ça vient de nous, personne n'a créé le show pour nous. Nous préférons assurer ainsi notre indépendance. Nous en sommes très heureux et nous maintenons le cap depuis huit ans dans cette direction.»

Depuis 2008, le duo devient un trio sur scène, Daniel Franz en est le batteur, Alex Scally officie aux guitares, Victoria Legrand aux claviers et à la voix soliste.

«Nos spectacles sont à la fois intenses et intimes. Nous essayons d'y retransmettre les émotions de nos chansons, recréer l'esprit qui les anime depuis leur naissance. Nous ne faisons pas de chansons impossibles à recréer sur scène, nous avons jamais envisagé faire l'album blanc des Beatles! Cela dit, l'interprétation de notre matériel sur scène peut conduire à une expérience magique. C'est d'ailleurs pourquoi il est important de continuer à assister aux concerts live car c'est une expérience physique et émotionnelle, différente à chaque occasion.»

Beach House, 14 octobre au Club Soda; Poor Moon en première partie.