On s'est fait du souci pour sa voix angélique quand le concert de Simon&Garfunkel au Centre Bell a dû être annulé en 2010. Deux ans plus tard, Art Garfunkel lance la compilation The Singer, il repart en tournée et n'exclut pas des retrouvailles avec Paul Simon.

Publié le 18 août 2012
Alain de Repentigny LA PRESSE

Quand le concert montréalais de Simon&Garfunkel a été reporté de deux mois en 2010, plusieurs fans ont conservé leurs billets en espérant que la paralysie des cordes vocales dont souffrait le ténor aux cheveux bouclés était temporaire. Ils n'allaient surtout pas rater ces retrouvailles avec le célèbre duo qui n'avait pas chanté à Montréal depuis l'Expo 67. Peu après, le verdict est tombé: la tournée Old Friends a dû être annulée.

«Fin janvier 2010, ma voix a tout simplement cassé, se souvient Garfunkel au téléphone. Au retour d'un spectacle au Nicaragua, l'une de mes deux cordes vocales a raidi. Je ne pouvais plus chanter. J'étais très secoué. Quelques mois plus tard, on m'a demandé de combien de temps devait-on reporter la tournée prévue au printemps. J'ai répondu que j'aurais sûrement recouvré ma voix en juillet. J'avais tort et cette erreur bête m'a fait mal paraître. J'aurais dû faire annuler le spectacle. C'est une guérison qui exige beaucoup de patience. Depuis deux ans, j'ai souvent gardé le silence, j'ai beaucoup chanté en écoutant mes bandes de James Taylor ou de Chet Baker, j'ai chanté dans des salles vides et j'ai même donné des concerts en catimini sans critique dans la salle, sans cachet, juste pour renouer avec l'énergie que procure l'adrénaline: le public est dans la salle, fais de ton mieux!»

La semaine dernière, Garfunkel a donné son premier véritable concert à Williamstown, au Massachusetts. Tout s'est bien passé et il entreprendra bientôt une tournée jusqu'en décembre. «Je jure que je ne pourrais pas vivre sans chanter, dit-il spontanément. C'est au coeur même de mon identité.»

Peut-on espérer de nouvelles retrouvailles avec Paul Simon? Oui, répond Garfunkel sans élaborer davantage. Simon serait d'accord? «Je peux seulement essayer de deviner ce qu'il dirait, répond-il en étouffant un rire. Je suppose qu'il dirait "la perspective de retravailler avec Arthur dans la tournée Old Friends me sourit, faisons une répétition et voyons comment se porte sa voix". Toutefois, même si j'adorais le concept de la tournée Old Friends, il faudrait peut-être retourner au tableau noir et se demander que faire cette fois.»

The Singer

Art Garfunkel lancera le 28 août la compilation The Singer qui fait le tour de sa carrière en 32 chansons, dont sept de Simon&Garfunkel, et deux nouveaux enregistrements. Il y reprend son tout premier succès en solo, All I Know, dans une version où il n'est accompagné que de l'auteur-compositeur Jimmy Webb au piano.

«Ce fut peut-être un succès, d'autres l'ont aimée, mais j'ai toujours trouvé qu'il y avait trop de cordes et que la finale était trop grandiose. Je suis très heureux d'en refaire une version plus simple.»

La toute première chanson du premier CD est l'immortelle Bridge Over Troubled Water qui procure encore des frissons une quarantaine d'années après sa création. Quand Garfunkel a chanté avec abandon le fameux troisième couplet de cet hymne au 25e anniversaire du Rock and Roll Hall of Fame, au Madison Square Garden en octobre 2009, Simon s'est contenté de l'admirer et de sourire avant de l'applaudir chaudement. Aujourd'hui encore, cette «performance olympique» dont Garfunkel a eu l'idée le comble d'aise. «La plus belle forme de critique pour moi, c'est encore les pleurs ou la chair de poule», dit-il en riant.

Garfunkel n'est pas très porté sur l'autocongratulation et il faut insister pour qu'il nous dise que les Fleet Foxes comptent parmi ses fans et qu'il se reconnaît un peu dans un certain folk actuel. Mais pour plusieurs, il restera toujours l'éternel second. Il pouffe de rire quand je lui apprends que le festival Just For Laughs a déjà accueilli un duo de comiques baptisé Garfunkel&Oates, comme dans John Oates qui a vécu, lui, dans l'ombre de Daryl Hall.

A-t-il souffert de la comparaison avec Paul Simon? «Soyons honnêtes: si vous me posez la question, c'est que vous connaissez un peu la réponse. Si j'avais à en parler à un psychiatre, je lui dirais que c'est très difficile d'atteindre une certaine parité et un équilibre avec un ami et un partenaire très talentueux. Et quand en plus on ajoute à l'équation l'aspect compétitif, ça provoque presque inévitablement des tensions. Le mot souffrance n'est pas mal choisi. Mais au fil des ans, j'ai trouvé de plus en plus ma propre identité, je sais qui je suis et j'apprécie beaucoup ma carrière. The Singer est le disque d'un chanteur qui sait chanter. Je suis ce chanteur, je n'ai pas besoin d'un partenaire.»

ART GARFUNKEL

THE SINGER

COLUMBIA/SONY

En magasin le 28 août