Bobby Ray Simmons Jr., alias B.o.B., a fait une entrée fracassante sur le Billboard il y a deux ans avec l'éclectique The Adventures of Bobby Ray. Le voilà de retour avec un Strange Clouds propulsé par un duo avec nul autre que Taylor Swift, intitulé Both of Us. «Je suis sans doute le seul rappeur capable d'avoir des collaborations avec Taylor et Lil Wayne sur un même album», dit-il en rigolant.

Philippe Renaud, collaboration spéciale LA PRESSE

Un peu en retard au rendez-vous, mais affable, la vedette de 23 ans arrive bien détendue, chaîne au cou, casquette noire, verres fumés Louis Vutton. On dit comment? B.o.B., Bobby Ray, comme vous vous êtes aussi fait appeler sur scène, ou simplement Bobby? «Just Bob, please.»

«J'ai essayé, à un moment, de créer deux personnages, B.o.B. et Bobby Ray», dit-il à propos de ce stratagème au coeur d'un concept en 2009, peu avant qu'il n'accède à la gloire. «Le mixtape était en deux parties: plus rap pour B.o.B. et, pour Bobby Ray, plus... éclaté, disons.»

Éclaté. Voilà qui résume bien l'univers musical du personnage, un rappeur qui fait de la pop et aspire, lui aussi, à lancer un album rock. Vous jouez de la guitare? Je veux dire, pour vrai, pas comme Lil Wayne? «Bien sûr, répond-il, amusé. Mais mon premier instrument est la trompette. Je sais lire la musique aussi.»

Né en Caroline-du-Nord, Simmons a grandi à Atlanta, où on trouve «une scène musicale riche, notamment pour le rap. Le son crunk, le Dirty South, mais aussi le son des Outkast, Cee-Lo, la Dungeon Family, des musiciens qui ont fait la preuve qu'on pouvait oser, être original, dans le cadre du hip-hop.»

Suivant un parcours similaire à celui de Kanye, B.o.B. s'est d'abord fait remarquer comme beatmaker, mais a rapidement cultivé son talent au micro; ses premiers mixtapes nous faisaient découvrir un rappeur articulé au style caméléon, capable d'un vaste registre d'intensité.

«Je n'ai rien prouvé»

«Souvent, on me demandait qui chantait ou rappait les refrains dans mes chansons ou qui jouait de la guitare ou de la batterie... C'est moi!», lance-t-il.

Après tant de polyvalence déployée dans ses premiers enregistrements, les attentes étaient élevées à l'endroit de son premier disque, The Adventures of Bobby Ray. L'album a été un succès populaire et s'est retrouvé au sommet du Billboard 200, mais ses fans ont raillé l'aspect ouvertement commercial de son travail - ils auraient souhaité y trouver autant d'audace que sur les mixtapes. Sur Strange Clouds, B.o.B. croit montrer «plus d'authenticité, d'honnêteté, au niveau des paroles», qui abordent le passage, non sans heurts, du statut d'inconnu à celui de célébrité.

«Pourtant, je ne suis pas encore là où je voudrais être», dit-il avec sincérité. «D'aucuns diraient avoir déjà réussi: pas moi. Je sais que dans cinq ans, je ferai encore du rap, mais je sais surtout que je n'ai encore rien prouvé.»